‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 92 sur 102 · DE LA VIE BIENHEUREUSE · texte numérisé non relu

DE LA VIE BIENHEUREUSE

L Nous avons non-seulement posé les fonlemens de notre ouvrage , comme dit un eicelent orateur , mais nous l'avons élevé presque usqu'au comble. Il ne reste plus que la couverure et les omemens, sans lesquels il serait nutile et désagréable. Que servirait-il d'être lélivré des fausses religions et de connaître la éritable? Que servirait -il de surmonter les I ifHcuItés qui se rencontrent an service de Dieu , i Ton n'en recevait la récompense? Je parlerai laus ce livre-ci de la béatitude étemelle, qui '^t la récompense que Dieu propose à ceux qui énoncent aux douceurs des biens de la terre, )our suivre la vertu avec toutes ses amertumes. le rapporterai les témoignages formels de l'Écriure et les raisons solides sur lesquelles cetfe promesse est fondée , et je ferai voir clairement iu*il Faut préférer Tavenir au présent, le ciel i la terre, et Téternité au temps. Je commencerai par la création du monde , et je dirai en ]uel temps et pour quelles raisons Dieu $y est )ccupé. Platon a parlé de la structure de ce nerveilleux ouvrage. Mats comme il ne savait ien des mystères que l*on n'apprend que de >ieu et des prophètes, il a dit qu'il avait touours été; ce qui n'est pas véritable. Tous les orps pesans et solides ont en un commencecent et auront une fin. Aristote ne pouvant oniprendre comment un édifice d'une si vaste étendue pouvait périr , a dit qu'il avait toujours ïié , et quil serait toujours. Il est certain qu'il l'y entendait rien ; car tout ce qui est, a eu un »>mmencement et, rien ne peut être, s'il n'a x>nnmeDcé d'être. Nous voyons que la terre, 'eau et le feu se dissipent , s*éoouleot et s'éteipient : ce sont -cependant les parties les plus M>lides de Tunivers: il faut donc croire que le :out n'est pas d'une autre nature que ses parties. Tout ce qui est né peut mourir ; tout ce qui tsi visible etcorporel peut se résoudre et se per- Ire, comme dit Platon.

n n'y a eu parmi les philosophes qu'Ëpicure, qui , selon le témoignage de Démocrite, ait découvert la vérité , et quiait dit que le monde a eu un commencement et qu'il aura une fin. Il n'a pourtant pu ni expliquer la manière, ni marquer le temps auquel un si grand ouvrage finira. Nous qui le savons, non par des conjectures, mais par la révélation que Dieu a eu la bonté de nous en ftire, nous le déclarerons et remarquerons, en même temps que les philosophes ont si imparfaitement découvert les traces de la vérité, qu'ils n'ont jamais pu la suivre. Je crois devoir avertir en cet endroit ceux qui prendront la peine de lire cet ouvrage, que les esprits corrompus ne comprendront point ceci , parce qu'ils sont appesantis par les concupiscences terrestres, ou que s'ils le comprennent, ils feront semblant de ne le point comprendre , et souhaiteront qu'il ne soit pas véritable, parce qu'ils sont entraînés par le poids de leurs vices, qu'ils aiment leur maladie et qu'ils se détournent de la vertu dont l'amertume les dégoûte. Ceux qui brûlent d'avarice et du désir insatiable de s'enrichir, ne pouvant se résoudre ni à vendre, ni à donner le bien qu'ils aiment avec une excessive passion , pour vivre ensuite dans une grande modération, veulent que cette doctrine, qui est si contraire à leurs déréglemens, ne soit qu'une ftible. Ceux qui sont piqués par l'aiguillon de la volupté, entrent en foreur, trouvant tout ce que nous disons incroyable. Les préceptes de la cont inence qui les privent des plaisirsauxquels ils se sont abandonnés, blessent leurs oreilles. Ceux qui sont enflés d'ambition et possédés du désir de la grandeur, ne songeant qu'aux moyens de parvenir aux honneurs et aux dignités, ne demeureront jamais d'accord jde la vérité d'une doctrine , qui ordonne de renoncer à la grandeur et à la puissance pour vivre dans l'humilité et dans la bassesse ; et de quelque lumière qu'on éclaire leur esprit , jamais on ne les pourra porter à se réduire volontairement i un état où ils soient exposés .à recevoir les injures les plus atroces, sans pouvoir les repousser ni en tirer aucune vengeance. Toutes ces personnes-là ferment les yeux pour ne point voir la vérité, et ouvrent la bouche pour rire contre elle de toute leur force. Ceux qui ne sont pas si incurables, c'est-à-dire qui ne sont pas plongés si avant dans le bourbier de leurs vices,

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demeureat aisément d'accord de ce que noua leur proposons et reconoaissent que cela est incontestable. U n'y a que ceux qui sont eapaUea de la vertu qui lui soient favorables. Tout le monde n'en est-il pas capabieP Pour Tètre, il faut avoir souffiert la pauvreté, et les incommodités qui en sont inséparables. Si le priœipal emploi de la vertu est de supporter le mal^ceux qui sont accoutumés au bien sont incapables de la vertu. C'est pour cela que les pauvres sont plus disposés à croire les maximes de notre religion que les riches : ils ne trouvent pas dans leur condition tant d'obstacles à la foi. Les autres sont non*seulement embarrassés dans la ÎQuissauce des biens du monde , mais chargés de cbabies; ils sont accablés du joug de la concupiscence, cette maîtresse impérieuse qui les attache à la terre, et qui les empêche de lever les yeux au ciel. Le chemin de la vertu est si étroit que Ton n'y saurait entrer avec beaucoup de bagage. Il faut être presque nu pour y être conduit, par la maia de la justice, jusqu'à la porte du del. Ces riches superbes, suivis d'un grand train et d'un long équipage , marchent dans le chemin de la mort , qui est un chemii fort large. Les lois que Dieu nous a laissées et que nous tâchons de publier, ne sont pour eux que de l'aigreur et du poison. Us ne peovrat néanmoins les rejeter sans se déclarer ennemis de la vertu et de la justice.

J'achèverai maintenant ce qui reste à oHm ouvrage , et il n'y reste plus rien que de parler du jugement que Dieu établira sur la terre, lor»qu'il y sera revenu pour rendre à chacun selon ses (ouvres , et pour y ordonner des peines et des récompenses. J'ai parié dans le quatrième livre de son premier avènement ; je parlerai dans celuKÎ du second que les Juift confessent et qu'ils espèrent en vain , parce que ce second avènement ne sera que pour la consolation de ceux qui auront été assemblés en son nom. Ceux qui ont été assez impies pour l'outrager dans Tétat de sa faiblesse, reconnaîtront avec frayeur sa puissance i et sut»ront, par un ordre inévitable de la justice, les chàtimensqu'ils lisent dans les prophètes sans les entendre, lis seront coudamnés au feu éternel par la bouche de celui dont ils ont répandu le sang. Mais je ferai un ouvrage exprès pour découvrir leurs erreurs et

leurs crimes. Tkhons oepoidaiit d*e vérité à ceux qui Tignorent.

IL Dieu a ordonné que ce siède injuste finirait après avoir doré un certain espace de temps, et que le péché étant détruit et le bonheur an gens de bien assuré, il y aurait sous son règne un siècle tranquille, heureux, et qui méritefaii d'être appelé le siècle d'or, à plus juste titre que celui des poètes. L'égarement des philosophes procède principalement de ce qu'ils n'out rien su de la création du monde, qui renferme les plus rares secrets de la divine saigesse. Ayant entrepris de les pénétrer par leurs propres lumières, bien que cela soit impossible, ils se sont engagés en des erreurs et des cootradictions d'o6 ils ne peuvent sortir. Ils oui entrevu quelques vérités; mais ils n'en ont pa trouver les preuves, qui ne dépendent que de ia révélation. Si Thomme pouvait pénétrer les oeuvres de Dieu , il pourrait les imiter , Tun étant presque la même chose que l'autre. Or, comme il ne les peut imiter, revêtu qu'il est d'un oor|g feible et mortel, il ne les peut non plus pénétrer. Si nous consâdérons attentivement le monde et les merveilles qu'il renferme , nous reconnaîtrons aisément combien ce vaste ouvrage da mains de Dieu est au-dessus de tous les ouvrages des mains des hommes. Or, la sagesse de Dieu n'est pas moins au-dessus de la sagesse des hommes, que ses ouvrages sont au-dessos de leurs ouvrages. Comme Dieu est parfait, para qu'il est immortel et incorruptible, sa sagesse est aussi parfaite. Gomme il n'a rien qui lui soit contraire, il n'a rien aussi qui soit au-dessos de lui. Mais ONume l'homme est sujet à plusieun imperfections , sa sagesse est sujette à rerreor; et comme il y a plusieurs obstacles qui empèclieot que sa vie ne soit éternelle, il y a 9ussà plusieurs défauts qui empêchent que sa sagesse ne soit parfaite. Cette sagesse est extrêmement faible quand elle veut s'élever d'eUe-mème à h connaissance de la vérité. L'âme étant enfermée dans le corps comme dans une prison fort obscure, n'a pas la liberté de s'étendre ni de regarder la lumière : il n'y a que Dieu qui connaisse ses ouvrages. L'homme ne peut arriver à la connaissance de la vérité , ni par la force de son esprit, ni par la subtilité de ses raisonnemens , mais seulement par Tattention qu'il pix^te aux discours de celui qui peut seul renseigner.

INSTITUTIONS DIVINES. - LIVRE VII

et par la docilité qu*il a pour recevoir sa doctrine. Gicéron , après avoir traduit un passage où Platon feit dire à Socrate que le temps était venu auquel il était prêt de sortir de la vie, au lieu que ceux devant qui il parlait, vivaient encore , ajoute : « Les dieux immortels savent lequel des deux est le plus avantageux; mais je j suis persuadé que nul homme ne le sait.» Ainsi toutes les sectes ayant été inventées par des hommes sigets à Terreur et établies sur un autre fondement que celui de la parole de Dieu qui est infaillible, elles ne peuvent être que très-^loignées de la vérité.

m. Puisque je parle ici des erreurs des philosophes, je puis marquer, comme en passant, celles où les stoïciens sont tombés touchant la nature. Us la divisent en deux parties , dont l'une a la force d*agir , et l'autre est -maniable et traitable; Tune a du sentiment, et l'autre n'en a point; mais elles ne peuvent être Tune sans l'autre. Gomment ce qui manie et ce qui forme, peut -il être la même chose que ce qui est manié et formé? Ne serait-ce pas une manifeste extravagance de dire que le potier et la terre ne sont qu'une même chose? C'est ce que font les stoïciens quand , sous le nom de nature, ils entendent deux choses aussi différentes, que le sont Dieu et le monde, l'ouvrier et Tonvrage, et quand ils disent que l'un ne peut rien faire sans l'autre; comme si la nature était un mélange de Dieu et du monde. Quand je supposerais ici que Dieu est Tàme da monde, et que le monde est le corps de Dieu, il ne s'ensuivrait pas qu^ils seraient de même temps, et que Dieu n'aurait point fait le monde. Ils avouent eux-mêmes que Dieu Ta fait pour Tusage des hommes, et que quand le monde ne serait pas. Dieu ne laisserait pas que d'être, parce qu'il est on esprit étemel et qui n'est point attaché ù un corps. Gomme ils n'en ont pu comprendre la grandeur, ils l'ont joint à son ouvrage, comme une âme à un corps; et c'est pour cela que Virgile a ditque:

C*etl eomoé on ciprit fépaada én$ foMei 1» parUn di ronlf en, qui lef «aile et let anime.

Gonunent cela s'accorde-t-il avec ce que les stoïciens disent : que Dieu a fait le monde, et qu'il le fpnverne par sa providence? S'il afait le monde , ti a été sans le monde. S'il le gouverne, il le gouverne non comme l'âme gouverne le corps, mais conune le maître gouverne sa maison, comme

le pilote gouverne son vaisseau, comme le coo . ducteur d'un chariot gouverne ses chevaux , et sansêtre mêlés ni confondus avec leschosesqu^iis gouvernent. Si les parties de l'univers sont les membres de Dieu, elles foront un Dieu privé de sentiment et sujet à la mort, puisqu'elles sont elles-mêmes insensibles et mortelles.

Il est aisé de faire le dénombrement des tremblemens qui ont ébranlé b terre, des inondations qui ont abîmé les lies et les villes , des feux souterrains qui consument les montagnes , et des autres changemens qui surviennent dans la nature. Gela fait voir le peu de soin que Dieu aurait de conserver son corps , si Topinion des stoïciens était véritable. Mais ce serait peu qu'il négligeât si fort de le conserver, s'il ne. l'exposait aux injures que les hommes lui veulent faire. Les uns bâtissent dans la mer; les autres coupent les montagnes; les autres ouvrent la terre pour y chercher de l'or. Geux qui la labourent déchirent la peau de Dieu , ce qui ne se peut feire sans impiété. Dieu permet-il que son corps soit coupé de la sorte? Est-ce que cette âme céleste se retira au centre de la t$nre, et qu'elle en abandonne la surface pour ne point sentir de douleur? Si cela est impertinent et ridicule, ces philosophes ont eu aussi peu de sens que la terre même, puisqu'ils p'om pas reconnu que Tesprit d^ Dieu est répandu de telle sorte dans toutes Ips parties du inonda» qu'il ne laisse pas de demeurer incorruptible et immuable.

Gequ'ilsontapprisdePlatonesttr^veritable: .

que Dieu a créé le monde et qu'il le gonveme par sa providence. Ge phikisopliç et les autres qui ont suivi son s^ti«i9nt devaieni «ipliquer la manière dont Dieu a eréé le monde , l« nison et la fin pour laqudle il Ta créé. Les sUIeiens disent qu'il Ta eréé pourTusegf des hommes; mais Épicure déclare qu'il ne sait pour quelle fin h^ hommes mêmes ont été créés. «C'est une folie, dit-il , que d'avancer que les beautés de l'uBlYers ont été produites en faveur de l'homme; car, quelle utilité les dieux penvent-ils tirer dénoua, pour se mettre en peine de faire quelque dmee en notre considération I» Il semble que oda ait t quelque sorte de fondement , car ces philotephea n'apportaient aucune raison pour laquelle Dien a créé les hommes. G'est â nous, à qui Dieu a . révélé ses secrets, de les expliquer, et non à ceux

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qui n'en avaient point de connaissance, bien qu*i!s eussent reconnu, comme je Ta! déjà dit, que Dieu avait créé le monde pour l'usage des hommes : n^ayant pas néanmoins reconnu la suite de ces vérités, ils n'ont pn soutenir le principe. Platon, appréhendant d'attribuer à Dieu un ouvraf;^ imparfait et de peu de durée, a dit qu'il était étemel. Pourquoi donc les hommes ne sont* ils pas aussi étornelsP Les hommes pour lesquels le monde a été fait devant finir, pourquoi le mmide ne doit-il pas finir ? Est-il probable qu'il soit plus stable et plus durable que ceux à l'usage desquels il se rapporte?

Si Platon avait fait une sérieuse réflexion sur ces conséquences , il aurait reconnu que le monde ayant eu un commencement, il doit aussi avoir une fin, et que rien de ce qui est visible et palpable n'est éternel.

Ceux qui nient, au contraire , que le monde ait été h\t pour Pusage des hommes , ne sauraient dire pourquellefinil a été bit; car s'ils assurent que Dieu ne Ta fait que pour soi-même, nous leur demanderons pour quelle fin il a créé l'homme. Pourquoi jouissons-nous du monde? Pourquoi appliquons-nous à notre profit ce qui n'a pas été préparé pour nous? Pour quelle fin les espèces diffifirentes des animaux ont-elles été créées? Pourquoi est-ce que nous croissons, que nous cessons de croître, et que nous mourons? A quoi se rapporte la génération et la succession continuelle des hommes? Dieu a voulu nous voir et imprimer sur nous son image , comme sur une cire, pour prendre plaisir à la regarder : ce qui étant ainsi , il a aussi voulu avoir soin des animaux, et principalement de l'homme, auquel il les a assi^ettis. A l'égard de ceux qui soutiennent qtae le monde est de toute éternité , je ne propose point maintenant une difficulté qu'ils ne sauraient jamais résoudre, sinon que le monde n'a pu être de tonte éternité sans avoir un principe; mais je dis que s'il avait été. de toute éternité , ce serait un ouvrage où l'on ne pourrait remarquer aucune trace déraison ; car quel bien la raison aurait-elle pu avoir dans la construction d\in ouvrage qui n'aurait point eu de commencement ? Avant que de faire un ouvrage , il faut en concevoir le dessin , et on ne le saurait jamais achever que l'on n'en ait conçu l'idée. Ainsi l'idée que la raison conçoit d'un ouvrage précède IVuvrage même ; et partant, ce qui n'a point été

fait n'est point l'ouvrage de la raison. Or k monde est disposé et gouverné par la raison, et ainsi il faut qu'il ait été fait, et qu'ayant eu ua commencement, il doive avoir une fin. Qaeceax dont je parle nous disent donc , s'ils en sont capi- Mes, ou la raison pour laquelle le monde a été créé, ou celle pour laquelle il sera détroit. Épicore, oo plutôt Démocrite, n'ayant pu comprendre cette raison, a dît qu'il était né de lui-même par on concours et par un mélange fortuit de semenon, et qu'il finirait et serait résolu par leorséparatioo. Il a donc corrompu les bonnes idées qa'il avait conçues, et a renversé la raison par l'ignoranee de la raison même. Il a réduit le monde, et ce qui se passe dans le monde , à la condition d'im songe. Mais, puisque nous voyons qu'il n'y a aucune de ses parties qui ne soit gouvernée par la raison, que les mouvemens des cieux , le cours des astres, la vidssitude des saisons, la fiertOîié des plaines, la beauté des montagnes et des forêts , la source et le pn^ès des fontaines et des rivières, la vaste étendue de la mer, la diversité des vents, et tout le reste qui le compose en dépend absolument, y a-t-il qoelQu'on assez aveugle pour dire qu'un ouvrage où les traits de la Providence sont si visiblement marqués, ait été Fait sans raison? Que s'il est certain que rien ne se fasse ni se conserve sans raison , si la sagesse de Dieu parait dans la disposition de ses ouvrages, sa puissance dans leur grandeur, il faut que ceux qui ont osé douter de la Proridence aimt été des insensés et des stupides. ib n'auraient pas eu tort s'ils n'avaient nié qnll dY eût point des dieux , à dessein de soutenir qo'l n'y en a qu'un. Mais, comme ils ne Font nié qoe pour soutenir qu'il n'y en a point, quiconque ne doute qu'ils soient tombés dans la dernière ik toutes les ^extravagances y est lui-même tombé. IV. Nous avons parlé assez au long de h Providence dans le premier livre. Que s'il y en a une, comme il parait si clairement parla beauté de ses ouvrages qu'il n'est pas permis d'en douter, il faut nécessairement qu'elle adt produit lliomme et le reste des animaux.GbercboBi donc la raison pour laquelle le genre bnmain a été créé , puisque ce que les stoïciens assurent est constant : cqoe c'a été pour son senriœ que le monde a été fait,» bien qo1ls se trompent ea ce qu'ils disent qu'il a été Fait pour le service humain , au lieu de dire qu'il a été fait pour le

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lenrice de l'homme; car sous ce nom singulier d'homme Ton comprend généralement toute la nature. Mais parce que ces philosophes ne sa* vent pas que Dieu n'a formé qu'un homme, ils s'imaginent quil en a formé plusieurs , qui sont nés de la terre comme des champignons. Hermès na pourtant pas ignoré que Dieu a formé Thomme, et qu'il Ta formée son image. Mais retournons au si:uet d'où je m'étais éloigné. Rien n'a été fait pour soi-même, et rien n'a été fait qui n'ait quelque usage; car qui serait ou assez actif, ou assez imprudent, pour entreprendre de faire une chose dont on ne pourrait faire aucun profit? Quiconque élève une maison, ne félève qu'à dessein qu'elle soit habitée. Quiconque construit un navire, le construit à dessein que Ton s'en puisse servir pour passer la mer. Quiconque fait un vaisseau , le finit pour y renfermer quelque chose. Ainsi l'on ne fait aucune chose en vain et sans la destiner à quelque nsage. Le monde n'a donc point été créé pour soi-même, puisque étant insensible, il n'a besoin ni de la chaleur du soleil, ni de la lumière de la lune, ni du souffle des vents , ni du rafraîchissement de la pluie, ni des alimens que l'on tire des fruiut. On ne peut pas même dire que le monde ait été fait pour Dieu, puisqu'il n'a pas plus besoin du monde,ni des espèces différentes qu'il renferme, qu'il n'en avait avant qu'il l'eût créé, et qu'il n'en tire aucun usage. Il est donc clair que le monde a été fait en faveur des animaux, puisqu'ils se servent de tons les biens qu'il renferme,et que s'ils ne les recevaient dans la saison, ils ne pourraient subsister. Il est clair d'ailleurs que tous les animaux ont été faits pour l'homme, qu'ils lui ont été donnés pour son usage et pour son service, et qu'aucun d'eux , soit qu'il soit sur la terre ou dans l'eau, ne peut comprendre comme lui la raison de la création du monde. Je vais être obligé de répondre en cet endroit à une diflBrulté qni nous est faîte par les philosophes, et >rincipalement par Gicéron. Voici à peu près la nanière dont il raisonne. Dieu n'ayant créé le Donde qu'en notre faveur, d'où vient qu'il a irodoit un si grand nombre d'insectes , de aériens et de vipères? D'où vient qu'il a répandu m si {^rand nombre de poisons sur la terre et ur la mer? Cette matière est fort ample; mais e suis obligé de l'abréger, puisque je ne puis I toucher ici que comme en passant. L'homme

est composé de deux parties fort diffifrenfes et fort contraires, d'une àme et d'un corps, c'està-dire du ciel et de la terre, de la lumière et des ténèbres, d'un esprit subtil , invisible et étemel, et d'une chair grossière, sensible et mortelle. Ainsi il y avait quelque sorte de nécessité de lui proposer et les biens qu'il devait poursuivre, et les maux qu'il devait éviter; car ce n'est que pour les discerner qu'il a reçu la raison et la sagesse. Les autres animaux, qui sont privés de cet avantage, ont reçu, comme en revanche des mains de la nature, et des habits pour se couvrir et des armes pour se défendre. L'homme n'a rien reçu de tous ces biens-là. Mais il a reçu la raison, qui est un bien plus excellent; il a été formé nu et sans armes, afin que la sagesse lui servit d'armes et de vêtemens. Que Gicéron apprenne donc : que la raison a été donnée i l'homme, afin qu'il put prendre les poissons pour se nourrir, et qu'il put éviter les piqûres des serpens et des vipères pour sauver sa vie. Ces biens et ces maux lui ont été proposés parce qu'il avait reçu la sagesse, dont le principal emploi est de les discerner. 11 faut donc avouer que l'homme a une force et une puissance admirable, puisque Dieu a créé en sa faveur le monde avec tout ce qu'il renferme, et qu'il Ta élevé au-dessus de toutes les cMatures, parce qu'il est seul capable d'admirer la beauté et l'excellence de ses ouvrages. C'est pourquoi Asdépiade , mon cher ami, a eu raison d'écrire ce qui suit , dans le livre de la Providence , qu'il m'a fait Thonneur de me dédier : c II y a sujet de se persuader que la Providence a placé l'homme immédiatement au-dessous d'elle , parce qu'il est seul capable de reconnaître ses œuvres ; car qui est-ce qui , en voyant le soleil , comprenne asses combien il répand de beautés et d'omemens? Qui est-ee qui , en voyant le del , l'admire autant qu'il mérite d'être admiré? Qui est-ce qni cultive la terre? qui navigue sur la mer? qui ae sert du feu? Dieu n'a créé aucune de ces choses pour lui , puisqu'il n'-en avait pas besoin. Mais il les a créées pour l'homme , afin qu'il en fit uo bon usage.»

V. Rapportons maintenant la raison pourquoi Dieu a créé l'homme. Si les philosophes l'avaient connue, ou ils auraient soutenu les vérités qu*ils avaient découvertes, ou ils auraient évité de grandes erreurs où ils sont tombés. C'est id le

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principe le plus important, c'est le point doù fes autres dépendent, et où Ton ne saurait manquer sans s'égarer ; c'est ce qui est cause que les maximes des philosophes ne s'accordent point avec la vérité , car s'ils en avaient eu quelque connaissance et que le mystère de la création de l't^omme leur eût été révélé , jamais leurs sentimens et les preuves dont ils se servaient pour les appuyer n'auraient été renversées par l'Académie. Si Dieu n'a point fait le monde pour soi-même, parce qu'il n'en a pas besoin, mais pour l'homme, qui se sert de tout ce qu'il renferme, il a £ait l'homme pour soi : «En quoi donc, dit Êpicure, Thomme peut-il être utile à Dieu , et quel motif pouvait-il avoir de le créer ? • Il le créait afin qu'il y eût sur la terre une créature capable de reconnaître le prix de ses ouvrages , l'étendue de sa providence , la grandeur de son pouvoir, un esprit qui pût l'admirer et lui donner le^ louanges qu'il mérite; c'est-ù-dire, en un mot, qui pût l'honorer et lui rendre le culte qui lui est dû. Gelui-li rend à Dieu le culte qui lui est dû, qui connaît le mérite de ses ouvrages, qui le respecte comme Tauteurde l'univers, et qui juge de sa majesté par la grandeur du pouvoir qu'il a déployé en concevant le dessein du monde et en l'achevant. Le même raisonnement peut être proposé en moins de paroles, en disant que Dieu a fait le monde pour rbomm^ et l'homme pour m > et que c'est pour cela qu'il a seul la stature droite et le viaage tourné vers le ciel, comme û Dieu avait tendu la main pour le retira de la terre et pour l'attirer à soi, « Mais puisque Dieu , dit Épicure , n'a besoin de rien dans le comble de son bonheur, de quoi lui sert le culte que l'homme lui rend?» Il ajoute encore cette demande : cSi Diea a si fort considéré Tliomme, qu'il ait bien voulu créer le monde en sa faveur , lui inspirer la sagesse, lui donner le commandement sur le reste de ses créatures, le chéru* comme son Sis, pour* quoi l'a-t-ilcréé stiyet à la mort et à tant d'autres faiblesses? Pourquoi l'a-t-îl expoaé à tant de misères, au lieu qu'étant étroitement uni à lui, il devait être immortel comme lui, et généreux P» J'fd touché celle matière dans les livres précédena. Mm parce qu'elle semble regarder principalement celui-ci oi!k je traite de la vie bienheureuse., je crois en devoir parler un peu plus amplement, pour expliquer quelle a été

l'intention de Dieu dans la disposition de sa ouvrages. Bien qu'il fût en son pouvoir de créa un nombre innombrable d'âmes, corame il a créé un nombre innombrable d'anges qui joaissent de l'immortalité, sans être dans le danger ou dans l'appréhension de la perdre, il a créé une multitude presque infinie d'âmes, qu'il a attachées à des corps faibles et mortels,et qu'ils mises entre le bien et le mal, afin de ieor proposer la vertu, et de leur faire mériter la vieéte^ nelle par des travaux extraordinaires. GomiSÊ elles n'auraient pu subsister dans le vide, il a eu dessein de les mettre dans un corps; et po« cet effet il leur a préparé un lieu où elles pussent demeurer. C'est pour cela qu'il a disposé les parties de l'univers avec un ordre dcmt la beauté donne de l'admiration ; qu'il a placé en haut les plus légers des élémens et en bas les pla pesaos ; qu'il a comme suspendu le ciel et aflemi la masse de la terre. Il n'est pas nécessaire d'à faire ici une longue énumération , |iarce que je Tai fait assez exactement, â je ne me tronipe,dass le livre second. Il a placé les astres dans le cid, et a tempéré leurs mouvemens et leurlomiiR d'une manière convenable aux besoins des hommes. Il a donné â la terre, qui leur devait servir de demeure, la itScondité pour prodoift les fruits et les herbes qui les noonissent^Liinqu'il eut achevé le monde, il forma llnaimede terre, c'est-à-dire qu'il renferma l'âme dans aa corps terrestre, afin qu'étant composé de daa parties « différentes et thème si cootraîres, i fût capable du bien et du mal. Gomme ia terre est de sa nature fertile, et qu'elle a la faroe de produire des herbes et des fruits, ainsi le corps, qui a été tiré de la terre, a la puissance d'ea produire de semblables; de sorte qu'à mesure que , suivant la loi de sa naissance qni le rcad périssable et mortel , il se corrompt et cesse de vivre , il en substitue d'autres qui réparent oetie perte et eonservent la nature par une snocessiei oontmuelle. Mais, puisque Dieu, cUnnt-on, a créé le monde en faveur de l'homme , ponrqwi lui a-t-îl donné un corps faible et sojet â h mort ? 11 le lui a donné, prem lèrement â dessdo de créer un grand nombre d'âmes et d'en rempfr la terre; ensuite, pour lui fournir roccasiOB de faire paraître la vertu, et de supporter constsDment des travaux et des fatigue^ par Icsqoeà il pourrait acquérir l'immortalité. Goouk

INSTITUTIONS DIVINES. — LIVRE VII

homme est composé d'un corps terrestre et *une àme céleste, il a aussi deux vies, une Miiporelle, qui est propre au corps, et une [ernelle, qui est propre à Tàine. Nous recevons I première quand nous naissons ; mais nous ne urvcnons à la seconde que par notre travail, arce que, comme nous Pavons déjà dit, nous e devons pas jouir sans peine de Timmortalité. a première vie est terrestre comme le corps, l a une fin comme lui; au lieu que la seconde st (éleste comme Tàme , et n'a point de fin non lus qu'elle. Nous recevons la première sans en voir aucune connaissance; au lieu que nous vons une entière connaissance de la seconde uand nous la recevons, parce qu'elle est la écompense de la vertu et non Tapanage de la lature, et que Dieu a voulu que nous la pusions mériter par celle que nous menons ici-bas. l nous a accordé la vie présente, ou afin que tous perdions par nos péchés la vie véritable tt éternelle, ou que nous l'obtenions par nos ertus. Le souverain bien ne se trouve point lans la vie du corps, parce que, comme elle a m commencement par un ordre immuable de )ieu, elle doit, par le même ordre, avoir une in. Or il est certain que ce qui est siyet i ivoir une fin ne peut renfermer le souverain )ien. La vie spirituelle que nous pouvons acqué- *ir, étant au contraire exempte de désirs et de out mal, elle contient le souverain bien. La tructure naturelle de notre corps semble fourlir une preuve de cette vérité; car, au lieu que >s autres animaux sont tournés vers la terre !*oû ils sont sortis, et quMls ne sont nullement apables de recevoir Timmortalité, qui vient du iel , rbomme regarde le ciel et attend l'immoralité qui lui est promise , bien qu'il ne la puisse osséder que quand il platt à Dieu de la lui ac- Drder. Si Dieu ne l'accordait , il n'y aurait point e différence entre les méchans et les geos de ien, puisque les uns et les autres seraient éga- ;meot immortels. L'immortalité n'est donc pas, omme je l'ai dit, un apanage de la nature, Aals uoe récompense de la vertu. L'homme n'est »as droit dès le moment de sa naissance : il est f abord courbé vers la terre comme les animaux errestres , parce qu'il a un corps et une même lature que la tour, et que la vie qu'il mène ici- »as ressemble fort à celle des bêtes. Mais il nrend ensuite des forces et s'élève vers le ciel ;

il délie sa langue et en apprend Tusage. Gela nous montre que l'homme, étant né mortel, de* vient immortel lorsqu'il commence à vivre de la vie de Dieu , c'est-àndire à suivre la justice , qui consiste dans le culte de Dieu , dès que Dieu même l'attire à la vue du ciel et à la considération de .soi-même. Gela arrive, lorsque l'homme étant lavé dans ce bain céleste, y laisse toutes les faiblesses de l'enfance et toutes les taches de sa vie passée, et y prenant l'accroissement d'une force toute divine, arrive k un âge parfait. Ainsi, quelque étroite que soit l'union du corps et de l'âme, ces deux parties qui nous composent ne laissent pas d'être dans un combat perpétuel , parce que Dieu nous a proposé la vertu pour récompense. Les biens de Tàme sont les maux du corps, comme la fuite des richesses, la privation des plaisirs, le mépris de la douleur et de la mort Les biens du corps sont aussi les maux de l'âme, comme Tamour des richesses, les plaisirs et les divertissemens, qui corrompent l'esprit et le perdent. Voilà pourquoi il est absolument nécessaire qu'un homme qui a de la sagesse et de la vertu soit attaqué par les maux, afin qu'il les puisse surmonter par son courage, et que les méchans soient au contraire dans l'abondance des biens de la terre , tels que sont les plaisirs, les emplois et la puissance. Ges derniers mènent une vie toute charnelle, et étant plongés dans les voluptés, qui soiu les ennemies de la vertu , ils ne peuvent arriver à l'immortalité. La vie temporelle doit donc être sujette à la vie étemelle, de la même sorte que le corps doit être sujet à l'âme. Quiconque aime la vie de l'âme méprise celle du corps, et nul n'arrivera jamais à la possession du souverain bien, qu^en se souciant fort peu de tous les autres. Gelui, au contraire, qui aura préféré la vie du corps et qui se sera attaché â la terre par ses désirs, ne pourra jamais jouir de la vie céleste. Gelui qui voudra être heureux pendant l'éternité, sera malheureux pendant le temps, et ne goûtera point la consolation que Dieu donne dans le ciel, qu'il n'ait essayé toutes sortes de fatigues et de peines sur la terre. Gelui qui aura voulu être heureux dans le temps, sera malheureux dans l'éternité et sera condamné par un effet de la justice divine à un châtiment éternel , pour avoir préféré lès biens de la terre^ â ceux du cieL Dieu veut être adoré et honoré'

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comme on père, afin que les hommes en Tbo- Doraot acquièrent la sagesse et la vertu, par laquelle on parvient à rimmortalîté. Gomme c'est une récompense que lui seul peut donner, il n'y a aussi que celui qui l'aura suivi et honoré qui puisse y prétendre.

VI. J'abrégerai maintenant le long raisonnement que je viens de proposer, et le réduirai en peu de paroles. Le monde a été créé, afin que rhomme y pût natlre. L'homme est né afin de pouvoir connaître le créateur du monde , et son propre auteur; il le connaît afin de lui rendre le culte qui lui est dû ; il Ini rend le culte qui lui est dû, afin d'obtenir Timmortalité en récompense; il obtient Timmortalité en récompense des travaux qui sont attachés au service de Dieu, afin de devenir semblable aux anges, et de servir son père et son seigneur dans son royaume. Voilà l'abrégé de toute la religion et le mystère qui est caché à ceux qui, ayant attaché leurs affections aux biens de la terre, se sont plongés comme dans la boue des plaisirs charnels.

Examinons maintenant si le culte que l'on rend aux dieux peut être appuyé de quelque raison.S'il y a plusieurs dieux, et si les hommes ne leurrendent des bonneursque pourobtenir d'eux des richesses, la victoire et d'autres semblables avantages qui ne servent que durant la vie présente; si nous ne naissons pour aucune fin, et s'il n'y a point de providence qui prenne aucun soin de nous; si noas ne venons au monde que par hasard , que pour nous-mêmes et pour notre plaisir ; si nous ne sommes rien après notre mort: qu'y a-t-il de si vain et de si inutile que l'homme, et que le monde même, sa vaste étendue et sa merveilleuse structure ne serviraient de rienPSi nous ne sommes d'aucune conlidération devant Dieu , si la mort détruit tout notre être, si notre vie ne sert de rien, pourquoi est-ce que toute la nature travaille pour la conserver? Pourquoi est-ce que les vents agitent les nuéeii, que les éclairs remplissent l'air, que les tonnerres grondent , que les pluies arrosent la terre, que la terre produit des fruits et porte des animaux. Que s'il n'est pas permis de dire ni de croire que le monde, qui est composé avec tant d'art et avec tant de sagesse , ait été créé pour rien, comment peut-on soutenir M les extravagances des Fausses religions , ou

les erreurs des philosophes qni révoquent «t doutent de l'utilité de Tàme? Car quelle raim peuvent-ils rendre du soin que les dieux pninent de fournir aux hommes & chaque saison s quileurestnécessairePEst-ceafinqu^ib leurptsententdu blé et du vin , de rencens et des victimes P Os biens-là étant périssables , ne peofot plaire à des essences immortelles, ni serrai des êtres dégagés de la matière. Mais enfin,! les dieux souhaitaient d'en jonir , ils les povraient avoir sans les recevoir de la main do hommes. Soit donc que les âmes soient ou vaoh telles ou immortelles , sur quelle raison peot^ appuyé le cuite des dieux? Par qui le moodcit-il été créé P Pour quelle raison, ea quel tcmp, de quelle manière, et pour quelle fin les W mes ont-ils été faits ? Pourquoi est-ce quik Basent et qu'ils meurent, et que , par une sot»sion continuelle, ils renouvellent et oonsmeti leur esprit P Quel avantage les dieux tirent-ft du culte de l'homme que la mort réduira onjov au néant P Quelles promesses et quelles mema peuvent-ils faire qui soient dignes on desbo» mes ou des dieux? Que si les âmes survivait a corps, qu'est-cequeles dieux veulent faîred^dki, et pour quel dessein les réservent-ils? D'oàrânent ces dieux eux-mêmes P Quel est leur pncipe? Pourquoi sont-ils en si grand nombre? Tout ce que je viens de dire fait voir cto^ ment, si je ne me trompe, que dès que Tod iéloignedu principe que j'ai établi, on abandon entièrement la raison.

Vn. Les philosophes n'mit point compris fa vérité, pour n'avoir pu comprendre ces priobpes avec leurs suites et leurs dépendances. Jk en ont vu quelques conséquences détacbéfs: mais ne les ayant pas réunies, ils n'ont fde. formé de raisonnement parfait II est aisé è faire voir qu'il n'y a presque point de vérité sr laquelle les philosophes ne se soient partaf& Nous ne prétendons pas renverser la phite»phie par la méthode. Les académiciens ont l^ coutume de suivre en réfutant, on plutôt et éludant, tout ce qu'on leur objecte. Riais nos voulons montrer qu'il n'y a jamais en de setH n fort engagées dans l'erreur, ni de philosq^ si fort trompés par la vanité de leurs pensés, qu'ils n'aient vu quelque chose de la vérité. 2 est vrai pourtant que les philosophes sftf portés aux dernières extravagances par mitjif

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grand désir de dispute, et ayant entrepris de toutenir opiniâtrement leurs erreurs, ont renversé les meilleurs maximes des autres, et ont laissé échapper la vérité d^entre leurs mains. Qiie si quelqu'un avait ramassé les vérités qui sont répandues parmi les diverses sectes des philosophes, et qu*il en eût formé un corps de doctrine, il ne se trouverait pas éloigné de notre sentiment. Mais c'est une entreprise que nul ne peut fiiire s'il n'est bien informé de la vérité, et il ne peut en être bien informé s'il ne Va apprise de Dieu même; car à moins de cela , il ne sera jamais capable de la reconnaître et de la discerner de la fausseté. Que s'il la pouvait découvrir par hasard, il ne laisserait pas de raisonner solidement; et bien qu'il ne pût l'appuyer sur le témoignage de l'Écriture , il la proposerait assez évidemment pour la feire reconnaître. C'est pourquoi il me semble que Terreur de ceui-là est tout à fait insupportable, qui, après avoir approuvé les maiimes d'une secte, ets'ètredéclarésensafaveur,condamnent toutes les autres comme fausses ou inutiles, et se préparent à une dispute opiniâtre, bien qu'ils ne sachent, ni ce qu'ils doivent soutenir, ni ce qu'ils doivent réfoter, et rejettent indifféremment tout ce qui est avancé par ceux qui ne' sont pas de leur avis. La chaleur et l'opiniâtreté de leurs disputes a été cause qu'aucune secte n'a possédé entièremment la vérité, bien que chacun en ait découvert une partie. Platon a dit que Dieu avait créé le monde. Les prophètes ont assuré la même chose, et les sibylles l'ont confirmé par leurs vers, il feut donc que ceux-là se trompent, qui disent que toutes choses sont nées d'elles-mêmes, ou par le concours de quantité de semences fort petites et fort déliées; car il est impossible qu'un ouvrage d'une si prodigieuse grandeur et d*une si merveilleuse beauté, ait pu être produit autrement que par la puissance et par la sagesse d'un autre être parfait. La manière dont il se conserve et se gouverne est une preuve convaincante qu'il est l'ouvrage d'un être sublime, intelligent. Les stoïciens soutiennent que le monde et ce qu*ilcontient,aétéfait pour l'homme. L'Écriture nous enseigne la même vérité ; et ainsi Démocrite s'est trompé quand il a cru que les hommes étaient sortis au hasard de la terre comme des vers. Ce philosophe n'ayant pu pénétrer le

secret de la formation de rhomme,l'a réduit comme au néant. Ariston a prétendu que les hommes étaient nés pour pratiquer la vertu. Les prophètes ont enseigné la même doctrine, et partant Aristippe a eu tort de les assujettir au plaisir comme des bêtes. Phérécide et Platon ont soutenu l'immortalité de l'âme, et c'est la croyance de tous les chrétiens, et partant Dicéarqoe et Démocrite sont tombés dans l'erreur, quand ils ont dit qu'elle périssait avec le corps. Zenon le stoïcien a soutenu : qu'après cette vie il y a des lieux séparés pour recevoir les âmes des gens de bien et celles des méchants ; que les unes jouissent d'une parfaite tranquillité, au lieu que les autres sont tourmentées dans une région obscure et dans un bourbier plein d'hor^ reur. Les prophètes nous ont fait une description toute semblable des peines et des récompenses qui sont préparées par la justice divine aux siècles à venir. Ëpicure s'est donc trompé quand il a cru que ce n'était qu'une fiction poétique, et qu'il s'est imaginé que les supplices qu'on attribue aux enfers sont ceux que les médiants souffrent sur la terre avant leur mort. 11 est donc clair qu'il n'y a point de vérité, ni de mystère dans notre religion, que les philosophes n'aient soutenus et qu'ils n'aient eir quelque sorte touchés. Mais ils n'ont pu soutenir les vé^ rites qu'ils avaient découvertes, parce qu'ils n'en avaient pas formé un corps, comme nousTavons fait.

Vin. L'immortalité est donc le souverain bien auquel nous sommes destinés dès notre commencement et dès notre naissance. C'est la fin où nous tendons et où nous arriverons par la vertu. 11 est bien juste d'en parler, puisque nous avons été assez heureux pour la découvrir. Quelque justes qu'aient été les argumens de Platon, ils n'avaient pas toute la solidité néces^ saire pour établir parfaitement la vérité, parce qu'il n'avait pas compris les raisons de ce mystère. Il avait les sentimens qu'il faut avoir de l'immortalité de l'âme, mais il n'en parlait pas comme du souverain bien. Nous pouvons parler avec plus d'assurance, puisque nous avons, non des conjectures et des doutes, mais une connaissance que nous avons tirée de la doctrine de Dieu même. Quant â Platon, il a raisonné de cette sorte : «Tout ce qui a, dit-il, du sentiment et du mouvement par soi-même est immortel, car

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ce qui o'a point de principe de soo mouvement, n'a point aussi de fin, puisquUI n a garde d'èlre abandonné par soi-même. » Il aurait atlribué par cette manière de raisonner Timmorlalilé aux bêtes, s'il ne les en eût exclues, en ajoutant qu*il n'f a que l*âme de Thomme qui soit éternelle. Il explique celte proposition, en remarquant la subtilité de ses inventions, b promptitude de ses pensées, la facilité de ses conceptions, le souvenir qu'elle conserve du passé , la prévcqrance qu'elle a (jour Tavenir, et la connaissance d'une multitude presque incroyable d*arts et de sciences dont les autres animaux n'ont pas la moindre teintuie.« Cette âme,ajoute-t4l, qui est capable de tant de grandes choses, descend sans doute du ciel, puisque Ton ne saurait trouver son origine sur la terre. Elle n'a rien de terrestre, et tout ce qu'il y a de terrestre dans l'homme retourne â la terre d'où il a été tiré; au lieu que ce qu'il y a de subtil et de céleste retourne au dd , dès qu'il est délivré du corps où il avait été renfermé comme dans une prison. »Voilà un abrégé fidèle de la doctrine de Platon , qui est expliquée fort au long dans ses ouvrages. Pytliagore avait été dès auparavant dans le même sentiment, aussi bien que Phérécide, son maître, qui, selon le témoignage de Cicéron, a parlé le premier de l'immortalité de l'àme. Mais bien que ces philosophes aient excellé en éloquence, ils n'ont remporté aucun avantage dans cette dispute sur Dicéarqùe, sur Démocrile et sur Spîcure,qni ont soutenu le sentiment contraire; et la matière est demeurée si peu éclairée , que Cicéron , après avoir rapporté toutes ces opinions différentes, avoue franchement qu'il ne sait laquelle il doit embrasser : «0 faut, ditHl , avoir ■ne lumière divine pour découvrir laquelle de ces opinions est U véritable. » Et dans un autre endroit, il écrit ce qui suit: «Chacune de ces opinions ayant été soutenue par de savans hommes y on ne saurait deviner ce qu'ils ont dit de certain.» Nous n'avons pas besoin de deviner, nous, à qui Dieu a révélé la vérité.

IX. Il y a desargumens qui n'ont été inventés ni par Platon, ni par aucun autre philosophé, qui ne laissent pas de prouver fort solidement rimmnrtidité de Tâme. Je les renfermerai en peu de paroles, parce que j'ai hAte de représenter ie jourdu jugement où les actions de tous les hommes seront examinées à la fin des siècles. Gomme

Dieu est invisible, de peur q«e riiiei|iiQii«| les yeux du corps ont de le découvrir ne dot suite de douter de son existence, panuioniQ les merveilles il a produit des dioset dom h force se fait sentir, bien que leur sobsuoceii imperceptible aux yeus. Noos coooaissoittli voix, rôdeur et le vent, quoique ooos ne 1b puissions voir. Et ce sont des exemples qQinoi apprennent à connaître Dieu par des eficii, bien que nous ne le voyons point par les ym du corps. Qu*y a-t-ildesiclairquehfoiii si fort que le vent, de si violent que ïési Cependant nous n'apercevons aacao de n corps , quand ils remplissent Tair ou qn'ils^ peut nos sens. Ainsi nousconnaissonsDieu,!»! par les yeux, ni par aucun auU% semcorpoRi. mais par l'esprit et par la considération de» ouvrages. Bien loin de metu^ au nombre ds philosophes ceux qui assurent qu'il n'y aion Dieu, à peine s'ils méritent que je les mette i nombre des hommes. Us sont plutôt seioblaliB aux bêtes , puisque, ne découvrant rien parb esprit, ils croient qu'il n'y a rien que ce qui t» che leurs sens, et que, parce qu'ils voient ib adversités aux gens de bien et des prospériià aux médians, ils se sont imaginé que tout cefi se fait se fait par hasard , et que le moQde,a lieu d'être l'ouvrage d'une sage providdce, n'est qu un effet de la nature. Us sont lonliè ensuite dans les extravagances où leur prenio égarement devait les jeter. Que si Dieu est iocorporel, invisible et éternel, on ne peut pe en inférer que l'àme ne survive point ao oorptt qu'elle est invisible dès le moment qu'eUeas séparée, puisqu'il est certain qui! yades^ qui subsistent et qui ont le sentiment deiaÀ bien qu'ils ne puissent être aperçus par Io yeux. Mais il est difficile, dira-t-on, decooO' voir de quelle manière Tàme conserve lesetfment, lorsqu'elle n'a plus les organes par où In puissances sensitives reçoivent leurs fonciloiB Que dirons-nous de Dieu? Est-il aisé de a* prendre la manière dont il subsiste sansani de corps ? Gomme ceux dont je parle sont ^ suadés qu'il y a des dieux, si cesdieui-^àeiL^eï en effet, il esr certain qu'ils n'ont point de corp» f xsâmes subsistent de la même sorte lorsque sont séparées, et cela est fondésur la ressembla» qui est entre Dieu el l'âme à Pégard delaraisjcc de la Providence. Enfin , il y a cocw m a^f^

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Argument assez Fort , et dont Gicéron a eu connaissance , pour prouver riaiBiortalité de TAoïe, qui eil : qu'il n'y que Thonime qui ait quelque idée judicieuse de la religion. Or, la religion nous étant propre et particulière, c'est sans doute une preuve que nous désirons et recherchons une nature excellente, à laquelle nous devons nous unir étroitement. Quelqu'un peut-il considérer la structure des autres animaux, que la providence étemelle n'a faits courbés vers la terre que pour montrer qu'ils n*ont aucun rapport au ciel , sans reconnaître que l'homme seul est un animal céleste et divin, dont la taille droite et le visage élevé vers le ciel semble mépriser la bassesse de la terre, chercher le lieu de son origine , et tendre vers le souverain bien, qui est son principe. Trismégiste a très4»ien nommé «Miirt^a l'action par laqudle Thomme tend à Dieu , qui est une action dont les autres animaux ne sont pas capables. La sagesse, qui est un bien qui n'a été accordé qu'à Thomme , n'étant autre chose que la connaissance de Dieu, il est clair que l'âme, au lieu de finir avec le oorps, subsi$te toi^ours , et que , sentant comme par un instinct naturel et le principe d'où eHe est sortie et le lieu où elle doit retourner, eUe aime et cherche Dieu , qui est éternel. Il y a encore une autre preuve fort considérable de 'immortalité de l'àme, qui est que l'homme €iil a l'usage du feu , qui est un élément céleste, foute la nature étant composée du feu et de eau* qui sont deux éléomis contraires, dont un est attribué à la terre et Taulre an ddj les utres animaux , conune grossiers et terrestres, s servent de l'eau, qui est l'élément de la terre ; homme seul a l'usage du Feu , qui est un éléleat léger, sublime et céleste. Ce qui est pesant baisse et entraîne vers la mort, au lieu que ce ui est léger élève et porte à la vie, qui est en aut. CioQame il n'y a point de (en sans himière, n'y a point de vie sans lumière. Le feu est onc rélénent de la lumière et de la vie, d'où «'ensuit que l'iKMame, qui en a l'usage, est *une condition immortelle. On peut encore tirer ne autre preuve de l'immortalité de l'âme e Tavantage que l'âme a seule de posséder la ;rtu; car si l'âme périssait avec le corps, la ;rtu serait contraire ù la nature, puisqu'elle >as nuirait durant le cours de la vie pr^nte. I vie que nous menons sur la terre et qui nous

est commune avec les animaux, poursuit le plài- $îr et fuit la douleur, A^nt le simtiaiettt eal ineommode ei donne quelquefois la morl« Que si la vertu nous prive de la jouissance des sens qne nous recherchons naturdleraent, et qu'elle nous porteiaoufFrir les mauipourlescpieis oousavona de Boiis-mteiea de l'aversion , la vertu est un mal contraire à la nature , et il feut avouar que c'est une folie que de la poursuivre, puisqu'en la poursuivant on se prive des biens priions , et qu'on souffre les maux sans espérance d'auoun profit; car n'est-ce pas avoir perdu toute aorte de sentiment que de renoncer aux plus charmantes vohiptés , pour vivre dans la bassesse, dans la pauvreté, dans le mépris et dans la honte, ou plutôt pour ne pas vivre , mais pour gémir, pour être tourmentés et pour ipourir I N'est-ce pas être stopide et aveugle qne de se jeter dans des maux dont on ne tire aucun bien qui puisse récompenser la perte de plaisir dont on se prive ! Que si la vertu n'est pas un mal , si elle agit honnétenent quand elle méprise les voluptés criminelles et infâmes^ si ellefeit paraître de la force quand, pour s'acquitter de son devoir , elle n'appréhéade ni la douleur, ni la mort, it feut donc nécessairement qu'dle obtienne quelque bien plus considérable que oeux qu'elle r^te. Or qdel bien peut-on espérer après la mort, si œ n'est Télemiié?

X. Parlons maintenant de ce qui est eonlriire à la vertu, pour en tirer de nouvelles preufes de l'immortalité de l'âme. Tons les vjoei sont SHJflts au temps, et oe n^est qae pour le temps q« ils s'élèvent. La vengeance apaise la c^ère; le défsaùt qui suit la îauiasaace modère ou éteint absolument le vite de la volupté; l'ambition qui redierche ks honneurs s*en lasse dès qu'eUe 1^ a possédés. Lesautres vioes s'arrêtent aux ol^ets qui les avaient tzciiés; et ainsi ils passeaten un temps pourrevcair dans un autre; an lien que la vertu demeure ferme et iOMnwiUle, sana ahaadonner jamais cehiiqal l'a nue fois reçae, car dès que nous la perdons, les vices, qui sont ses ennemis, retournent : ainsi quand «Ue s'éloigne, et qu'elle se retire, c'est une preuve que nous ne l'avons jamais bien possédée. Qwaod elle est une fois solidement établie dans noire cceur, elle parait dans tontes nos aaions, et elle ne pourraft exterminer toas les vices si elle ne demeurait ferme dans le cMr dont elle s'est tout

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à flic emparée. La fermeté et la couitance de h vertu est mie marque et mi témoignage de celle de Fàme où elle est reçue. Le vke et k vertu étant contraires, tout œ qui leur arrive Test aussi. Les vices sont les mouvemens et Fagilation de l'àme; la vertu est sa paix et son repos. Les vices sont sujets au temps, et les plaisirs, qui sont leurs fruits, passent prompCement aussi bien qu^eux. La vertu est stable, durable, et égale à elle-même. Le fruit que l'on tire des vices est propre au temps présent ; la récompense de k vertu est réservée à l'avenir ; et comme Fespace de cette vie est b carrière où k vertu s'exerce, ce n'est point le lieu où elle reçoit la cauronne; elle ne b reçoit que quand elle s'est acquittée de tous ses devoirs et quand elle a aAcvé tous ses travaux. Mais cela ne vient jamais avant bmorr, parce que le principal devoir de b vertu est d'accepter b mort avec joie et de b subir avec constance. La vertn ne reçoit donc sa récompense qu'après cette vie. Bien que Gicéron ait témoigné quelques doutes sur cette matière dans ses Questions tuscuUmes, il n'a pas laissé de dire que nous ne jouissons du souverain bien qu'après b mort : « Il fiiut, dit-il, aller & b mort avec assurance lorsque cela est néeessaire, parce que Ton sait, ou qu'elle nous met en possession du souverain bien, ou qu'au moins elle exempte de toute sorte de mal. » La mort ne détruit donc pu l'homme entier, mais elle le met en état de jouir de la récompense de la vertu. «Quiconque, ijoute le même orateur, se sera rendu esclave de la volupté, sera corndamné à un supplice étemel.» Ce supplice-là dont il parle est le même que l'Écriture appelle ta seconde mort, qui est une mort qui n'a point de fia et qui est accompagnée de tourmens très-rigoureux. Gomme il y a deux vies, l'une du corps et Taotre de l'àme, il y a aussi deux morts, dont Tune n'est qu'un effet de b nature, et l'autre est le châtiment du passé. Gomme la vie que nous menons sur b terre est sujette au temps, et qu'elle a un terme, b mort qui la détruit en a un aussi. XI. La mort finira elle-même lorsque le temps fue Dieu lui a prescrit sera arrivé, et comme elle aura ses bornes de la même sorte que b vie qui l'a précédée, les âmes ressusciteront et prendront possession d'une vie qui n'aura jamais de fin. Gomme b vie de Tàmc est étemelle et qu'elle jouit d'une récompense que nul lan«

gage ne peut exprimer, la mon l'est an»; « ses tourmens sont aussi infinis dam leur èîè que dans leur rigueur. Ainsi, ceux qui sont l(^ reux durant b vie que nous menoos «^ terre, seront étemdlementiittlheurcQi,|)g^ qu'ils auront joui des biens qu'ils sunNit prS. rés,etce sera le tort de ceux qui loroot |^ prisé Dieu pour adorer des idoles. Ceu, « contraire, qui auront été malheuFem^pui^ et méprisés durant cette vie, qoiaurootSNftn des affronts et des veulioos pour h justice e d'autres peines qui sont inséparables de it vertu, seront éternellement bienbeareni; e après avoir souffert des maax pasngm, » posséderont les biens étemels; et ce scnb condition de ceux qui auront méprisé b fa et les biens de la terre pour eoibrasscr m religion dont b récompense est étemel!e.i;^ dirons-nous maintenant des ouvrages dac«|t et de l'esprit? ne prouvent-ils pas qoerâotsi exempte de b mort? Le corps étant fragile e mortel ne fait rien qui ne soit de même oodi tion. « 11 n'y a rien, dit Gicéron, decequteii faitparb main des hommes qui nedoiveoDjai? finir, soit qu'il soit rainé par b maindeslnni mêmes, ou consumé parla longueur desisin> Mous voyons au contraire que lesouvragesiie?» prit durent toujours. Ceux qui mépriieotia biens du monde ont laissé à la postériitài monumens de leur esprit et de leur verte ett quis une réputation immortelle. PùsqttiD ouvrages du corps sont sujets à la iDort,{»s que le corps y est lui-même sujet, ^pf ger que l'àme en est exempte, parce que ouvrages le sont. Les délices du coiptti l'àme peuvent encore servir à prouver qiefs est mortel et l'autre immorteUe. Leorpf désire rien que de temporel, de quoi boiite quoi manger, de quoi se vêtir, da repftii plaisir, bien qu'il ne puisse ni désirer Dips^ der aucune de ces cbases que par les seaxn^ les moyens de l'àme. L'àme désire au (o^ beaucoup de choses qui ne regardent poi:^ corps et qui ne lui apportent aucun profit,*^ la réputation et la gloire; elle endésired'stf^ qui sont contraires à l'intérêt du corps, co» de s'abstenir de pbîsirs, de souffrir la do^ et de s'exposer à la mort. Le pouvcrir qoel'^ a d'agir sans le corps, au lieu queleoorpi^ a aucun d'agir sans l'àme, est une \xm$

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hmmnqQisépire rame dtt corps et ne la détroit point. On se sert encore d'un autre argonent poor éUMir la même mérité, qui est : que tout œ qui est exposé aux yenx on à l'attoiicbement, est sujet à être détroit par la force, et partant qu'il nepeot être étemel,mais ce qui ne tombe ni sous l'attouchement ni sous les yeux et ce qui ne se Ait sentirque par ses effets^est étemel, parce qu'il ne peut souffrir aucune violenoe étrangère. Le corps est dcmc sujet à la mort, puisqu'il est exposé à la vue et à l'attouchement, et l'àme estimmortelleparcequ'eUen'yestpointexposée.

XU. Répondons maintenant aux argumens que proposent ceux qui soutiennent un sentiment contraire, et que Lucrèce a rapportés dans son troisième livre :

Pttiiqiie Fine, dtt-fl , ntft «vee le eorpi, il finit nécemliMieDt qa'eUe meure avec loi.

0 y a grande difKrence entre l'une et l'antre. Le corpsest 80lide,visible et palpable; l'àme est subtile et imperceptible aux sens : le corps est formé de terre; l'àme n'a rien de la grossièreté ni de la pesanteurde la terre, comme Platon le reconnaît; car si elle ne tirait son cMrigine du ciel, elle ne pourrait avoir autant de promptitude, d'adresse et de force qu'elle en a. Le corps est visible et palpable, si^et à la corruptiotf et à la mort, parce qu'il est formé d'un élément pesant et corruptible. Mais l'âme est immortelle, parce qu'elle est subtile et imperceptible à l'attouchement; die est hors des atteintes et de toute violoice étrangère. Il est vrai que le corps et l'àme naissent ensemble, et que le corps, qui est foit de terre, est comme un vase qui reçoit l'àme. Lor»que ces deux parties souffrent la séparation à laquelle on a donné le nom de mort, chacune d'elles retourne à sa nature ; le corps retourne à la terre d'où il a été tiré, et l'àme, qui a été créée par Tesprit de Dieu, demeure immortelle, parce que l'esprit de Dieu est étemel. Enfin, ce poète ayant ouMié ce qu'il avait avancé, de la doctrine qu'il avait entrepris de soutenir, arjoute ce qni soit : »

Ce qui a ëlé tiré de la terre retoume à 11 ferre; ce qol eit deeoeado dn del remoote au cki.

Il est certain que ce discours ne convient pas à une personne qui est persuadée que l'Ame meurt avec le corps; ma» Lucrèce a été vaincu par la force de la vérité, et 11 Ta laissé éch^opcr de sa plume. La conclusion qu'il tire

de ce que l'àme naît avec le corps, «qu'elle meort aussi avec lui,» est fausse et peut-être tournée contre lui-même. H est faux que le corps périsse lorsqu'il est séparé de l'àme ; il demeure entier plusieurs jours, et se conserve même très-longtemps quand il a été embaumé. S'ils mouraient ensemble, comme ils naissent ensemble, l'àme ne se retirerait pas et n'abandonnerait pas le corps comme die le fait, mais ils périraient tous deux au même moment, et le corps se dissoudrait avec la même vitsese avec laquelle l'àme disparaît ;ou dès que le corps serait dissons, l'àme se dissiperait de la même sorte qu'une liqueur se dissipe dès que le vase qui l'a contenue est rompu.Maispuisque le corps, qui est si fragile, ne se dissout pas aussitôt que l'àme en est séparée, et ne retourne pas à la terre d'où il est sorti, il fout conclure que l'àme, n'ayant rien de fragile, retourne au ciel comme au lieu de son origine et y vit éternellement.

L'aecroiaiement, dil-il, qne lee lent pNmient daoi lee ea* fliiis,la?igaeiiri|a1ltoiit dam lee jeunet gène, et la dini notioa qa^Oê Moment dans les veillardt, eit une preafc éfidente qœ rame eit mortelle.

Pour répondre à cette objection , je dirai d'abord qu'il y a de la différence entre l'esprit qui est la source de nos pensées, et Tàmequi est le principe de notre vie. Le sommeil qui assoupit l'esprit, n'assoupit pas l'àme. La folie qui Atel'usage de la raison ne prive pas de la vie, et c'est pour cela que l'on appelle insensés ceux qu'elle attaque, et que Ton ne les appdle pas morts. Il est don^ vrai que Fesprit, ou la force d'entendre et da concevoir,crolt ou diminue selonles divers âges ; mais il n'est pas vrai que l'àme croisse ou diminue ; au contraire, elle est toi^ours au même état depuis le moment auquel elle a été créée , jusqu'à celui auquel elle est délivrée de la prison du corps, et auquel elle retoume au lieu de sonor^^ Quoique cette àme ait été créée de Dieu , néanmoins parce qu'elle est enfermée dans le corps comme dans une obscure prison , elle n'a pas au commencement la science qui est quelque chose de divin, mais elle Facquiert en écoutant et en apprenant^ et bien loin de la perdre dans un âge avancé, elle l'augmente et la conserve, lors surtout qu'elle s'y eôt adonnée de bonne heure et qu'elle n'a pas mal employé les premières années de sa vie.

Quand une extrême faiblesse vient alRiibUr

LACTANCB.

les ofganes , que les yeux s'obscurtissent , que la langue s'appesantit, que les oreilles s'endurcissent , œ sont des débuts , non de l'àme, mais du oorps. La mémoire , dil-oo , diminue aussi dans la vieillesse. Faut-il s'en étonner? Quel siqet y a-t-il de trouver étrange que l'àme «rit accablée sous les matériaux de la maison qui tombe en ruines , puisqu'elle ne peut devenir céleste et divine qu'en sortant de sa prison, où elle je$t retenue comme captive? Mais die est sujette à la douleur et à la tristesse, et elle perd la raison par Texoès du vin , ce qui fait voir qu'eUe est fragile et mortelle. Cela fait plutôt voir qu'elle a besoin de sagesse et de vertu pour dissiper la tristesse qu'elle sent, quand elle voit ou qu'elle soufïre quelque indignité, et pour surmonter par l'abstiBenoe le plaisir déboire et de jouir des autres objets qui flattent les sens. Que si cette vertu lui manque, et qu'elle s'abandonne h la volupté , elle s'amollira par la jouissance des plaisirs, et deviendra sujette à la mort , parce que la vertu promet l'imraortalité, au lieu que le plaisir cause la mort, comme nous l'avons déjà remarqué. La mort que soufFre l'àme ne la détruit pas entièrement; elle ne fait que la tourmenter par un supplice étemel; car l'àme étant sortie de Dieu , qui est ' étemel , elle ne peut être réduite au néant.

Mijs l'âme» dit Liierke, paHidpe au malMlfei da eorpi; eu» t'onMk en quelvv torla dkiutae ; «Ne tensoit , et piii elle reprend a yigaâu ordinsirc.

C'est pour cela que la vertu est si nécessaire, parce qu'elle empêche l'àme de sucoom- , ber sous la douleur qui accable le oorps, et qu'elle ne s'oublie et ne se perde elle-même , .comme l'esprit se perd quelquefois ; car comme . l'esprit réside dans une certaine partie du corps, lorsque cette partie est blessée , l'écrit s*en retire et n'y retourne qu'après qu'elle a été guérie. Quand l'àme manque de vertu ^ elle participe aux maladies du corpa,auqud elle est unie, et se ressent de ses ftiblesses et des misJares; mais dès qu'elle est séparée du corps, eUe est exempte des défauts qu'il lui avait ooomiuniqués , et jouit de la vigueur qui lui est propre.

Gomme l'œil , dil œ poSte . ne saurait Toir quand il est arradié de tt place, ainii l*ime ne Mnrait ientir qnaml cBb est iéparfe dn ooipt; ee ftt donne a^iel de eroire 9i*eUe nVn eil (pi'niie partie.

La comparaison n'est pas juste, ni l'induction

que Ton en tire véritdrie. Bien que nme soh dans le oorps, elle n'en est pas pour cela vue partie, de même que les liqueurs ne sont pas une partie du vase où elles sont renfiermées, n les hommes une partie de la maison od 3s logent. H emploie un ai^ment beaucoup pin iïiible que ceux dont je viens de parler , quand il prétend prouver que l'àme est mortdie, parce qu'au lieu de se séparer tout d'un coup da corps, elle ne s'en détache que peu à peu , ai coromeotant par les parties inférieures à naesure que b chaleur les abandoime. Quand quelqu'un meon par le fer , son àme sort en un instant de soa corps; mais quand quelqu'un est oonsomé de maladie, son àme ne sort que peu à peu, et à mesure que lé sang se dissipe et qu'il est époâé par l'ardeur de la fièvre, comme rhuile d'une lampe s'use par le feu. Il ne làut i>as s*&Bdgîiie que Tàme perde le sentiment de la même sort que le corps le perd. Quand Tàme se retire, le corps se corrompt Mais quand le oorps commence à se corrompre, Tàme n'en souffre rien, et elle emporte avec elle le sentiment. Elle ne peut cesser de vivre et de sentir quand elle etf séparée du corps, puisque c'était elle qui le Aisait sentir et vivre. Quant à ce que Locrto dit, que :

Si rame était immortelle on ne Terrait jamais peraonne qà, en mourant, te plaignit deu ditiotaiiott ; mata m eonmài ceux qoi meurent le réjomraient de retrouver la Iftcrtf cl* quitter leur oorpt, de la même lorle qœ lea lerpriii ttté- Joirisient de quitter leur i

Je n'ai jamais vu personne qui, en mourant , a plaignit de la dissolution de son corps. Peut-être que Lucrèce avait vu quelque épicurien qui es mourant discourait sur ce siûet. Gomment peet> on savoir si une personne en mourant sent ta dissolution de son corps, ou si elle sent la séparation de son corps et de son àme , puîsqu'd d j a personne qui , en ce moment-là , ne soit réduii au silence? Pendant que Ton conserve le sentiment et l'usage de la parole , la dissolution ncst pas encore faite; dès qu'elle est faite ^ ou os plus de parole pour s'en plaindre. Peut-être que Ton dira que la dissolution ne se liait point scsttir avant qu'elle arrive. Mais que répoudra-tHmà ce que l'on voit plusieurs personnes qni^ bicB loin de se plaindre en mourant de cette dissolution, témoignent par leurs gestes^ ou déc^ rent même de vive voix , qu'elles sont bien

INSTITUTIONS DIVINES. — LIVRE VIL

de sortir de leur prison, ou do Keu de leur eiil^

pour retoaroer dftn$ leur patrie. Ainsi, c'est

plutôt UDe séparation à laqudie Tàme svrvit,

qu'une dissolution qui l'anfontisse. Les autres

argumens de ce poète épicurien s(nt contraires

à l'opinion où a été Pyth^ore : qoe tes ftmes

sortent des corps consumés par la vieillesse et

les maladies, pour se joindre à de nouveauzi et

Dour renaître tantôt dans un homme, tantftt

iaos une Mte, et tantôt dans un oiseau, et que

f est par ee clungement qu'elles se rendent en

luelque sorte immortelles, dette imagination

idicule, et plus digne du théâtre que de Técole,

te mérite pas d'être réfutée sérieusement, parce

u'il semmerait qoe celui qui entreprendrait de

I réfuter aurait appréhendé qu'elle ne trouvât

réance dans quelques esprits. Je me contenterai

onc d'avoir détruit ce que Ton oppose à la vé-

té , sans me mettre en peine de détruire ce que

m oppose à Terreur.

XDI. J'ai fiût voir, si je ne me trompe, que

ime n'est sujette à aucune dissolution. U ne

e reste plus rien à fiiîre, si ce n'est de confir-

er par autorité les raisons que j'en ai rappor-

es. Je n'emploierai prânt maintenant pour cet

fet le témoignage des prophètes, dont tons

^ discours tendent à fdkt voir que Thomme

l né pour servir Dieu, et pour mériter Tim-

>rtalité en le servant; mats je produirai des

leurs qoe ceux qui rejettent lu vérité n'ose-

efit récuser. Mercure Trismégiste, devmant

nauve de l'hoaune, dit : «que Dieu le fit en

r\îe mortel et en partie immortel, et qu'il le

t comme entre l'essence étemdle et immna-

>, et les essences si\iettes au temps et an

mgement, afin qu'il pût tout voir et tout

mirer.» Mais parce que quelqu'un le m^tra

tit-ètre au nombre des philosophes, bien

'il ait été mis aa nombre des dieux, et qu'il

t hCMBoré coauae tel p» les Ëgypcicos, et

il prétendra que son autorité n'est pas plus

iode que eeHe de Platon oa de Pjrthagore,

^porterai un témoignage plus considérable.

habitant de Polis, ayant consulté Apollon

MOet et im ayant demandé si l'àme snrvi-

t an corps, ou si ette finissait avec hi, il

ocidic en ces termes :

odant nat VÊÊOt cit «i*rafc dm te eorpt^tneM te aux iii«1adieielàlanon;nuiis 4è•4a*MteeBCitdSe et qu'elle est mooiée ao del, elle eit exempte de la sorctdÉtoQlMlet fMMMMdiai de ta terre.

Que dirons-nons des vers des sibylles? Ne publient-dles pas hautement la vérité que nous soutenons, quand elles déclarent que Dieu jugera les vivans et les morts. Ainsi , Démocrite, Épicure et Dîcéarque se trompent, quand ils assurent que Tâme est mortelle. Ds n'oseraient parler de la sorte en présence d'un magicien qui saurait Tart de th*er les âmes de l'enfer, de les rendre visibles, et de leur fiiire prédire l'avenir; et slls l'osaient, ils seraient convaincus de la fcnsselé de leurs sentimens par des effets trop sensibles. Mais parce qu'ils n'ont pu découvrir la nature de l'àme, qui est en effet si subtile qu'elle échappe aux plus pénétrans, ils ont eu la témérité d'avancer qu'elle est sujette à la mort. Quel jugement ferons-nous d'Aristoxène , qui a nié que le corps eût une âme lors même qu'il est plein de vie, et qui a soutenu que ce que nous appelons âme, n'est autre chose que la puissance de sentir , qui dépend de la vigueur du corpset de la dispositiondes organes, de la même sorte que l'harmonie dépend des cordes et de la disposition d'un instrument de musique, ce qui est la chose la plus extravagante qu'on puisse jamais avancer. Ge philosophe avait de bons yeux i la tète, et n'en avait point à l'esprit, puisqu'il ne voyait pas qu'il avait une Ame. Mais il y a eu des philosophes qui ont vu qu'il n'y a rien au monde que ce que les yeux y peuvent voir, bien que les yeux de l'esprit soient beaucoup plus perçansque ceux du corps pour découvrir des td>jetsqui se font bien senth*, quoiqu'ils ne se laissent point voir.

XIV. Après avoir établi l'immortalité de Tàme, je crois devoir faire voir de quelle manière et en quel tempsdle h reçoit, afin que ceux qui s'imaginent qu'elle a été donnée à des hommes par la volonté d'autres hommes , en reconnaissance de ce qu'ib auraient inventé l'art de cultiver la ttnt , ou quelque autre art utile à la société, ou de ee qalk auraient tué des hëtes farouches , reconnaissent l'extravagance, l'aveuglement et la corruption de leur erreur. J'ai déjà montré dans les Kvres précédens combien la récompense que tes services méritent est au-dessous de l'immortalité, et je le montrerai enooredans ceux-ci, afin que tout le monde reconnaisse que la vie éternelle n'est due qui la vertu , et qu'il n'y a que Dieu qui la donne. Ceux que l'on se persuade aifoir été aûs au nombre des dieux , n'avaknt

LACTANCE

garde de la mériter, puûqa'ib n'avaient point r religion et la vérité travailleront six nûDe de vertu véritable, et qae, bien loin de faire de belles actions qui les aient rendus dignes d'aucune récompense, ils ont commis des crimes horribles qui les ont rendus dignes d'un éternel supplice, qu'ils souffrent avec ceux-là même par lesquels ils ont été adorés comme des dieux. Je parlerai ici de ce jugement où la vertu doit être récompensée et le crime chAtié. Platon, et plusieurs autres philosophes , ayant ignoré le temps de la création de l'univers, se sont imaginés que plusieurs millions d*années s'étaient écoulées depuis son commencement jusqu'à leur siècle. Les Ghaldéens ont fait à peu près la même chose ; car, comme Gicéron le témoigne dans le premier livre de la Divination, ils assurent qu'ils ont dans leurs archives une histoire de quatre mille soixante-dix années , en quoi ils ont menti d'autant plus hardiment qu'ils étaient persuadés qu'on ne pouvait les convaincre de mensonge. Mais nous qui avons puisé la vérité dans la source de TÉcriture, nous savons quel a été le commencement du monde et quelle en sera la fin. Je décrirai celle-ci dans le reste de cet ouvrage, parce que j'ai traité de l'autre assez au long dans le second livre. Que les philosophes qui comptent plusieurs millions d'années depuis le commencement du monde, sachent qu'il n'y en a pas encore six mille , et que dès que ces six mille seront écoulées , l'univers finira et l'état des choses changera de Ace. Pour donner quelque jour à ce sujet, il est nécessaire de le reprendre de plus haut. Dien a achevé en six jours ce merveilleux ouvrage de l'univers, comme l'Écriture lé témoigne, et s'étant reposé le septième^ il l'a sanctifié, et c'est ce jour que les Juifè appellent le jour du sabbat, qui signifie le nombre de sept, qui est un nombre plein. Il y a sept jours dont la révolution continuelle forme le cours des années; il y a sept étoiles qui ne se couchent jamais; il y a sept planètes qui forment toutes les saisons par Tégalitéde leur mouvement. Or, comme tous cesouvrages de Dieu ont été achevés en six jours, il fiiut nécessairement qu'ils durent six sièdes ou six mille ans. Le grand jour est de mille ans, selon les paroles du prophète: «Seigneur, mille ans ne sont devant vous que comme un jour.» Gomme Dien a travaillé six jours pour achever tout cet ouvrage, ainsi. la

pendant lesquels l'injustice ripera; et < il s'est reposé le septième jour et qa'il Fd béni, il faudra qu'à la fin des six mille ans Tuh justice soit abolie, que la justice r^ne raille ans sur la terre, et que l'univers jonisce d'une parfaite tranquQlité. J'expliquerai en détail , et par ordre, la manière dont cela doit arriver. J'ai déjà dit plus d'une fois que les mcHodres choses sont souvent des figures et des images des plus grandes. Notre jour ordinaire, qui et terminé par le lever et parle coudier du soldl, est une figure et une image du grand jour qui est renfermé dans le cercle des six nulle ans. La formation de l'homme terrestre est aussi une figure et une image de la fimiiation de l'homme câeste. Gomme Dieu, après avoir créé toutes les choses qui étaient nécessaires pour l'usage de l'homme , l'a fidt le dernier, le sixième jour , et l'a placé dans le monde comme dans un palais bien meublé ; ainsi le Verbe fo^ mera un saint peuple par ses principes et par sa doctrine, au grand jour qui sera le dernier des six mille ans ; et comme Dieu n'a fait au commencement du monde qu'un homme mortel et imparfait , afin qu'il vécût mille ans sur la terre , ainsi il fera à la fin un homme pufût , afia qu'ayant une nouvelle vie , il règne sur la même terre durant mille ans. Quiconque lira avec soin les livres sacrés, y apprendra de quelle manière arrivera la fin du monde. Les hommei du siècle qui se sont mêlés de prédire rayenir, se sont accordés avec les prophètes juifs dans les descriptions qu'ils ont faites de la décadente et de la vieillesse, qui doit prendre danspen de temps le débris de l'univers. Je recoeiller» tout ce que les peuples ont dit des cirooBstances qui arriveront avant la ruine da monde. XV. 11 est rapporté dans l'histoire sainte qv le premier de la nation des Juifs fut obligé, pir une stérilité, unedisettede blé,de seréfî^;ieren £gypte-avecsa finmille et sa parenté. Sesdesceodans s'y étant fort multipliés par la soite des temps , ils y forent rédutu sous le joag pesant d'une servitude insupportable, en haine de qnoi Dieu firappa l'Egypte d'une plaie încarable, délivra son peuple, et sépara les eaux de la mer poir lui ouvrir un passage au milieu de cet éiémeat Le roi d'Egypte ayant entrepris de les povsuivre, fot enseveli sous les flots qui rqwireiit

INSTITUTIONS DIVINES. — LIVRE VIL

leur place natarelle. Bien qa'iin si rare événement fftt une éclatante preuve de la puissance que Dieu employait contre les ennenus de son peuple, il ne laissait pas d'être le signe et la figure d'un miracle plus surprenant, t|u'il accomplira à la fin des siècles lorsqu'il délivrera ses élus de la servitude du monde. UÉgypte fut seule Frappée en ce temps-là, parce qu'il n'y avait qu'un peuple de Dieu dans les fers de cette nation. Mais comme à la fin du monde le peuple de Dieu sera répandu sur toutes les parties de la terre , et qu'il n'y en aura aucune où il ne gémisse sous l'oppression, il n'y en aura aussi aucune qui ne sente les coups par laquelle la justice divine leur rendra la liberté. Gomme la désolation de l'Egypte ftit alors prédite par des présages extraordinaires , la ruine du monde sera marquée par des signes prodigieux qui paraîtront dans tous les élémens. Lorsque la fin de l'univers approchera, la face des choses sera tellement défigurée, et leur état tombera, par le prodigieux accroissement de la malice dans une telle extrémité de débordemens et d'excès , que notre temps, qui semble être roontéauplus haut point de la malice, peut passer en comparaison de celui-là pour un temps fort doux et pour unsiècled'or. L'honneur et la vertu seront si rares, le crime, l'impiété, l'avarice, l'intempérance si communs, que le peu qui restera de gens de bien seront la proie des méchans , exposés aux plus cruelles persécutions , accablés d'outrages , et que les méchans seront dans l'abondance de toute sorte de biens. Les lois seront universellement violées. Nul ne possédera que ce qu'il aura usurpé ou conservé par la violence. Il n'y aura plus parmi les hommes ni bonne foi, ni humanité, ni sincérité, ni honneur, ni paix ; et par une suite nécessaire, il n'y aura ni sûreté, ni police, ni repos. Toute la terre sera remplie de tumulte ; tous les pays seront ébranlés par le bruit des drmes; toutes les nations seront aux mains les unes contre les autres. Les villes voisines se feront la guerre , et l'Egypte sera inondée comme d'un fleuve de sang, et portera la première le juste châtiment de ses extravagantes superstition&La désolation feraletour du monde et abattra tout, comme les blés au temps de la moisson. La cause de cette désolation sera que l'empire romain qui s'étend maiateoaqt sur tpute h

terre, que cet empire si puissant (je ne le saurais dire sans horreur, mais je le dirai pourtant puisque cela doit arriver), sera détruit, que l'Occident sera réduit à la servitude et que rOrient aura l'autorité de commander. Il ne faut pas s'étonner qu'un État qui paraît si solidement établi, qui a été élevé à un si haut point de grandeur pendant une longue suite d'années et par les exploits héroïques de tant d'illustres personnages et qu'ils ont soutenu par de si impenses richesses, ne tombe enfin en ruine» Gequi peut être élevé par la puissance des hommes, peut être détruit par la même puissance. Ils ne peuventrienfairequinesoitsujetautempsetàla destruction , puisqu'ils y sont siyets eux-mêmes. Les autresu empires qui avaient subsisté plus longtemps ont enfin été détruits. Les Égyptiens , les Perses, les Grecs et les Assyriens ont autrefois étendu leur domination sur l'univers, et leur puissance s'étant évanouie, les Romains sont enfin devenus maîtres du monde. Mais plus leur élévation a été prodigieuse , plus leur chute sera funeste. Sénèque a donné él^mment des âges à la ville de Rome ; il a dit quelle avait été comme dans l'enfiamce sous le r^e de Romu* lus, son fondateur; dans la jeunesse sous les autres rois, qui ont pris le soin de l'agrandir et de l'instruire; qu'étant presque parvenue à un âge parfait sous Tarquin , elle avait secoué le joug de son insolente domination et avait mieux aimé être gouvernée par la sage disposition des lois que par la volonté des princes. Il ajoute que cette ville s'étant trouvée comme à la fin de sa jeunesse avant la guerre d'Afrique, elle avait augmenté en force , et qu'ayant ruiné Garthage qui lui avait disputé si longtemps l'empire , elle avait étendu ses bras de tous côtés sur mer et sur terre, jusqu'à ce qu'ayant dompté tous les rois et subjugué tous les peuples , et comme épuisé, par leur défaite, la matière de ses conquêtes, elle avait tourné ses armes contre ellemême. Le temps de la guerre civile, auquel elle a déchiré ses propres entrailles, a été comme le commencement de sa vieillesse , d'où elle est retombée dans le gouvernement monarchique comme dans une seconde enfance ; car ayant alors perdu la liberté qu'elle avait autrefois acquise par les conseils et par le courage de ces vertus, elle tomba dans une si pitoyable faiblesse , qu'il semblait qu'elle ne se pouvait

OM

LAGTANCE.

fkas conduire que par le seooors dos empereurs. Tout ce discours étant véritable, de quoi b vieillesse peut-elle être suivie, si ce n'est de la mort? Et cette mort doit bientôt arrivcar, selon que les prophètes Font prédit, en termes obscurs et embarrassés pour n'être pas entendus. Les sibylles déclarent ouvertement que Rome périra par un juste effet de la colère de Dieu , dtmt elle a haï le nom et persécuté les serviteurs. Htdaspe , ancien roi des Mèdes,qui a donné son nom à un fleuve, qui le retient encore aiûourd'hui , a prédit, avant la fondation de Troie , sous le nom d*un jeune enfant, que le nom et Fempire des Romains seraient détruits. XVI. J'expliquerai de quelle manière cela doit arriver, de peur que cela ne paraisse incroyable : premièrement , Tautorilé souveraine sera partagée entre plusieurs , et affaiblie par ce partage. Les semences des guerres civiles prendront racine, et il n'y aura ni paix, ni trêve jusqu*à ce qu'il y ait dix rois qui partageront entre eux tout le monde , non pour le gouverner, mais pour le détruire. Us lèveront de puissantes armées, abandonneront le soin de cultiver la terre, ce qui est la source de toute calamité et de toute désobtion, et dissiperont et détruiront toutes choses. Un très-pnissanC ennemi s'élèvera tout d'un coup contre eux des extrémités du nord , et en ayant défait trois de ceux qui commanderont en Asie,Us'associeraavec les autres et sera choisi par eux pour être leur chef. Il exercera une tyrannie insupportaUe sur l'univers, violera les k>is divines et humaines, concevra d'exécrables desseins pour établir sa domination , abolira les anciennes ordonnances, et en inventera de nouvelles, souillera les choses saintes ^ enlèvera le bien des peuples, dépouillera et massacrera les innocois. Enfin, ayant changé de nom et transféré le siège de son empire, il fera de l'univers un théâtre de désordre et de confusion. Alors le temps sera si malheureux, qu'il n'y aura plus d'homme sur b terre à <iui la vie ne soit ennuyeuse. Les villes seront dépeuplées et détruites non^seulement par le fer et par le f^eu, mais aossi par les tremblemens de terre, par les inondations, par les maladies contagieuses et par la famine. L'air sera corrompu par des exhalaisons dan-

froidet deb chaleur. La terre senrédoileàime triste stérilité, et ne produira plus ni herbes ni graines; les arbres ne porteront phis de fruits. L'espérance que leur fleur aura donnée sera une espérance trompeuse. Les fbotaînes et les fleuves tariront de telle sorte, que Fon sera pressé par la soif, et l'eau sera diangée en sang ou en amertume, el fera mourir également les bêtes , les poissons et les oiseaux. Les esprits seront troublés par les prodiges extraordinaires qui paraîtront au del, par l'obscurcissement do soleil, par la pâleur de b lune et par la chute des astres. Ces prodiges arriveront d'une manière surprenante et imprévue. Le soleil sen couvert d'un nuage si épais, qu'il n*y aura plus de différence entre le jour et b nuit. La lune sera teinte de sang et souffrira une édipse , non passagère et de peu d'heures, mais perpétuelle; elle aura un mouvement irr^lier qai confondra toutes les saisons. Les années, les mois et les jours seront raccourcis. Plusieurs étoiles tomberont, tellement que le ciel demeurera sans lumière. Les plus hautes montagnes s'dxiisseront si bas qu'elles deviendront ^^ales aux plaines. La mer ne sera plus navigable, et pour comble de malheur, on entendra une trompette, selon le témoignage de b sibylle, qui rele&Ura du haut du cieL II n'y aura pdnt de cœur où ce triste son ne jette l'épouvante et te tremblement. Alors le fer, te feu , b iïminc et b maladie servant comme de mimstres à bcolère de IKeB,se déchargeront sur tes hommes qui n'auront point connu sa justice. Mais l'appréhension dont ib seront agités les tourmentera plus cmeUaneet qu'aucun autre mal. Ils imploreront b miséricorde, et ne seront point exaucés ; ib Invoqueront b mort , et ne recevront point son secours; ils ne trouveront aucun repos; dans b nuit , te sommeil n'approchera point de teura yeux ; ils seront afiBigés par l'insommie et par l'inqniétude du corps; de sorte qu'ito fondront eo pleurs , jetteront des ois , grinceront les deots, déploreront b condition des vivans et envieront celte des morts. La multitude de ces maox et de plttsieun autres, défligurera et désotera h terre, comme b sibylle l'a prédit, quand eUe a dit que:

Le iMNide acriit tant beaolé et riMminie sus cwttolatinB

Le genre humain, sera si fort diminué de

gereuses et rendu nuisible par l'excès, tantôt - cette sorte, qu'à peine en restera-t-îl la dixième de rfaumidité ou de b sécheresse, et tantôt du • partte. Les deux tters des serviteura de Dteo

INSTITUTIONS DIVINES. ~ LIVRE VIL

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seront enlevés , et il ne restera qae Tantre tiers, composé de ceux qui anront été éprouvés.

XVII. Je crois devoir expliquer en détail la manière dont ces choses arriveront. Lorsque la fin des siècles sera proche, Dieu enverra un grand prophète pour attirer les hommes à sa connaissance, et lui communiquera le pouvoir de faire des miracles. Dans les pays où sa doctrine sera rejelée, il fermera le ciel, arrêtera la pluie, changera Teau en sang, tourmentera les désobéissans et les rebelles par la soif et par la Faim, et fera sortir de sa bouche un feu qui dévorera ceux qui seront assez insolens pour entreprendre de le blesser. Il convertira par ses miracles un grand nombre de personnes au culte de Dieu. Lorsqu'il aura obéi à sa volonté et exécuté ses ordres, il s'élèvera en Syrie un autre roi, produit par le mauvais esprit, qui sera le destructeur et l'exterminateur du genre humain, et qui s'étant joint à d'autres mécbans princes dont j'ai parlé , dissipera avec lui le reste de ceux qui auront échappé à ses premières cruautés. Ce dernier fera Ta guerre au prophète de Dieu, le vaincra, le fera mourir et le laissera sans sépulture. Mais ce prophète ressuscitera le troisième jour, et sera enlevé au ciel en présence et au grand étonnement de tout le monde. Ge roi sera très-méchant , et , de plus , hnx prophète, se fera appeler Dieu, et commandera qu'on l'adore comme le Fils de Dieu , et il aura le pouvohr de fiiire des prodiges par lesquels il trompera tellement les hommes qu'ils l'adoreront. Il commandera que le feu descende du ciel, que le soleil s'arrête dans sa course, que des images parlent ; et ces prodiges, qu'il fera par sa seule parole, attireront à sa suite une fbule de savans. Il s'effbrcera de renverser le temple de Dieu; H persécutera le peuple innocent , et l'affliction sera plus violente qu'elle n'avait été depuis le commencement du monde. Il marquera comme des bètes ceux qui s'approcheront de lui et qui croiront en loi, et ceux qui refuseront de recevoir sa marque, s'enfuiront sur les montagnes; ou s'ils se laissent prendre, ils souffriront des toormens exquis, et mourront par de crueb genres de mort. Il fera envelopper les gens de bien dans les livres des prophètes, et les fera brûler de la sorte. Il aura la permission de ravager la terre l'espace de quaraate-deax mois, pendant les-

quels la vertu sera rejetée , rinnocence odieuse, et les gens de bien serviront comme de proie aux méchans : il n'y aura plus d'ordre, de r^le et de discipline; nul ne respectera les cheveux gris des vieillards; nul n'aura pitié de la fei- ' Messe ou du sexe des femmes, ou de l'âge des enfans. Tous les droits seront violés, et la terre ; sera comme exposée à un brigandage général ' et abandonnée au pillage. Alors les défenseurs de la vérité se sépareront des méchans et s'enfuiront dans les solitudes. Le roi impie , trans- ' porté de colère au premier bruit de cette nouvelle, pressera son armée, investira la montagne où les saints se seront retirés. Quand ils se verront entourés et poussés de toute part, ils élèveront leurs voix et imploreront le secours de Dieu, et il les exaucera, et enverra du haut du del un puissant roi qui les délivrera et qui défera les impies par le fer et par le feu.

XVm. Les prophètes remplis de l'esinrit de Dieu , et les devins, animés par le démon, ont également prédit que tout ce que je viens de raconter arriverait. Hydaspe, dont j'ai déjà parlé, après avoir déjoué l'injustice et la misère de ces derniers temps, dit : que les fidèles se sépareront alors des impies, élèveront les mains au ciel et imploreront le secours de Jupiter ; que Jupiter jettera les yeux sur la terre, qu^il écoutera les cris des fidèles et exterminera les impies. Tout ce qu'il avance en ces endroits-là est ibrt vrai, à la réserve qu'il attribue à Jupiter ce qui n'appartient qu'à Dieu. Cest aussi par un mauvais artiâce des démons que l'on a comprimé , que le Fils de Dieu sera envoyé par son père , pour exterminer les méchans et pour mettre les bons en liberté; ce que Mercure Trismégiste n'a point dissimulé; car dans un livre intiuM Discours parfait après avoir feit un long dénonsbrement des malheurs que j'ai touchés, il ajoute ce qui suit : «Quaiid cela sera arrivé de cette sorte, mon cher Asciépius, le Seigneur, le Dieu , et le père et le créateur du premier et du seul Dieu , jetant les yeux sur la terre, opposant l'ordre de sa volonté an dérèglement des hommes , et les rappelant de leur égarement, les nettoiera de leura vices. Soit qu'il les lave par les déluges, où qu'il les consume par le feu, ou qu'il les afflige par les maladies, il rendra au monde sa première faee et soq ancienne beauté.» Les sibyHes en ont parlé

de la même sorte, et ont témoigiié que le Fibde Dieudesoendraparrordre desonpèrerarb terre, pour délivrer delà servitude lespersonnessaintes eC religieuses, et pour exterminer leurs persécuteurs. Uned'entre elles en parlede cette sorte :

Un puiiiant roi eofoyé dadd noontlnilra tel imiraillei et lei ffDrUtetioot des Tillei tel pi» florinaiilci , et dompleri rofSuen des prloeei.

Une autre sibylle dit :

QiieDIencnnffadacieliuiiiitreroitqiii neUnfinàU

Une autre sibylle ajoute :

Ce m déttncn tel peapteido Joi« de la lerfUnde , et tel afbWMhin dei loU ii^wtei qui teor aoroDt été impoiéei.

XIX. Lorsque l'univers gémira sous Toppression, et qu'il n'aura plus aucune force pour secouer le joug des tyrans, dont la fureur et la violence seront soutenues par de puissantes ar* mées de voleurs, il aura besoin de l'assistance et de la protection du ciel. Alors Dieu, toucbé par Teitrémité du péril où seront exposés les gens de bien, et par les accens lamentables de leurs plaintes, leur enverra un libérateur. Alors le ciel s'ouvrira au milieu d'une nuit obscure, et Dieu en descendra avec une lumière aussi vive et aussi éclatante que celle des éclairs, comme la sybille Ta prédit en ces termes : n pinMn oomme nn Usa an milfca de Tobicarité.

Cest de là que vient la coutume que nousavons de passer une nuit en prières, en attendant notre roi. Nous avons deux raisons d'observer cette cérémonie : l'une que c'est en cette nuit-là qu'il ressusciteraetsortira vivant du tombeau etl'autre que c'est aussi dans la nuitqu'il reprendra l'empire de l'univers; car il est tout ensemble notre libérateur, notre juge, notre vengeur, notre roi, notre Dieu, que nous appelons choisL Avant que de descendre, il laissera tomber du baut du cid une épée, pour ftire connaître aux personnes de piété que celui qui descendra sera le chef d'unesainte milice. Il descendra au milieu de la terre, accompagné d'une incroyable multitude d'anges; il sera précédé d'un fèu, dont l'ardeur ne pourra être éteinte. Les anges livreroflA aux innocens et aux justes l'armée qui aura assiégé la montagne, et cette armée sera taillée en pièces depuis la troisième beure jusqu'au soir, et on verra couler un torrent de sang. L'impie se sauvera seul après la défoite de ses troupes, et perdra toute sa force. Cest cdui-là même que

LACTANCE

l'on appelle l'Antéchrist, il se fora appeler choisi, et ooodNittra contre le choisi véritable; et ayant été vaincu, il prendra la fiiite, et recommencera plusieurs fois la guerre, et sera plusieurs fois vaincu, jusqu'à ce que tous les impies ayant été tués dans un quatrième combat, et leur chef ayant été pris, il recevra le juste châtiment de ses crimes. Les autres tyrans qui auront ravagé le monde, seront amenés fib avec lui au roi, qui leur reprochera leurs crimes, les condamnera, et les enverra au aopplioe. Lorsque le cours de llmpiété aura été arrêté de cette sorte, l'univers, qui aura été assujetti pendant plusieurs siècles à la tyrannie de rerrenr et de l'injustice, commencera à jouir de la fiberté et à goûter les douceurs de la paix. Les dieux faits de la main des hommes ne recevront plus aucun culte. Leurs idoles seront ôtées des temples et jetées au feu, avec tous lesornemeos dont elles seront parées, selon que la sibylle Ta prédit, en quoi elle s'accorde avec les prophètes:

Ui iNriMTOiit, dieent-ili tow denz, tel idotet et i aux ptedi let ricbetiei et l'oigixil da liède.

La sibylle Erythrée affirme aussi que dei dieux feront jelén an feo et i

XX. Les tombeaux seront ensuite ouverts et les morts en sortiront pour être jugés par le roi et par le Dieu à qui le père a donné le pouvoir déjuger et de r^er.Yoid ce que la sibylle Erythrée a prédit de son jugement et de son règne:

Dieu Jugera lei bommei à U fla dn monde et dUddin «r enxia

Une autro affirme:

Qu'alon la terre oorrin ton irin, et que lea leii aeroil

oooduiti derant le trtoe de Diea pour être jti8<i :

Et en un autre endroit, lesdroonstances terribies de ce jugement sont plus expressément marquées, et il y est dit que le ciel sera ouvert, que les morts seront tirés de leurs tombeaux, et que les justes et les impies seront également jugés. Il est vrai pourtant que tous les hommes ne seront pas alors jugés, mais ceux-là seulement qui auront finit profession de la véritable religion. Il ne sera point nécessaire de juger ceux qui n'ont point connu Dieu, puisqu'ils ne sauraient recevoir aucune sentence favorable, selon le témoignage de l'Ëariture, qui nous assure que les impies ne ressuacUcroot point pour paraître au jugement. Iln^yava

INSTITUTIONS DIVINES. - LIVRE VII

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donc qoe ceux qui auront oonau Dieaqui seronl jugés, et dont les bonnes et les mauvaises actions seront mises dans la balance, afin que si les bonnes sont en plus grand nombre que les mauvaises, ils soient récompensés par la jouissance de la vie étemelle, et que si, au contraire, les mauvaises l'emportentsur les bonnes, ils soient condamnés au supplice. Peut-être que quelqu'un demandera en cet endroit, comment Use peut foire que Tàmeque nous supposons immortelle soit condamnée au supplice et qu'elle en éprouve la rigueur ; car si elle reçoit le châtiment dû à ses crimes, elle en souffrira de la douleur, et cette douleur lui causera la mort. Que si elle n'est pas sujette à la mort, elle ne l'est pas non plus à la douleur. Voici de quelle manière il fiiut répondre à cette diffi* culte que proposent les stoïciens. Les âmes subsistent tocyours et ne peuvent être réduites au néant; mais celles des gens de bien étant pures, impassibles et bienheureuses, elles retournent au ciel comme au lieu de leur origine, ou bien elles sont enlevées dans un pays heureux où elles jouissent des plus charmans plaisirs. Mais celles des impies qui se sont souillées par des désirs impurs, sont d'une condition qui tient comme le milieu entre la mort et Timmortalité ; elles sont sujettes à la fiiiblesse comme à une maladie contagieuse, où elles sont tombées par rhabitude trop étroite qu'elles ont entretenue avec leurs corps ; en se soumettant aux passions, elles ont contracté des taches qui ne se peuvent efbcer, ce qui est cause que si, d'un cAté, elles ne sont point sujettes à la mort, parce qu'elles uxài originaires de Dieu, elles le sont de l'autre aux supplices et aux tourmens, parce que leurs péchés leur ont laissé des impressions qui les rendent sensibles à la douleur. Le poète a exprimé cette pensée par ces paroles:

LlMnime n'eit pit délivré ds toof lei inaiix , qpaod H eit délWréde ta vie ; il y a des pdiwt qai le rnivent eooore après êà mort, et Ion même qont u'tA plat nir ta tene, il •oUtte châtfiiient dA aux crimei qu'a a oominii.

Ces paroles semblent assez conformes à la vérité; car, bien que Fàme disparaisse comme une vapeur et qu'elle s'évanouisse comme un songe, et qu'à notre égard elle soit invisible et impalpable, elle n'échappe pas pour cela aux mains de la justice étemelle.

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