‹ Pantomimes de Gaspard et Ch. DeburauChapitre 118 sur 124 · ARLEQUIN, PIERROT, COLOMR1NE · texte numérisé non relu

ARLEQUIN, PIERROT, COLOMR1NE

Arlequin passe sa tête à la porte du fond, reste stupéfait de ce spectacle, et dans son trouble, renverse une chaise ! Effrayé, Pierrot regarde de côté et d'autre, court à travers la pièce, l'écheveau de fil

passé entre les mains, quoique Colombine le rappelle, l'assurant qu'il s'est trompé, que personne n'est entré. Pierrot reprend sa position à genoux et lutine Colombine en l'entretenant de sa flamme.

Arlequin est revenu sournoisement. Lui aussi est amoureux de Colombine. Il voudrait battre son heureux rival et n'ose . Pour étudier plus à son aise les deux amants, il se glisse dans la chambre de Colombine. Cependant Pierrot, repoussé dans ses hardiesses amoureuses, en arrive à proposer sa main à Colombine.

— Jamais mon père n'y consentira, dit Colombine. Cette réponse rend Pierrot soucieux. 11 aime la jeune

fille et cherche à lui prouver son amour. Il fait mille serments à Colombine, la prend dans ses bras et lui propose de l'enlever! Colombine se dégage des étreintes brûlantes de Pierrot qui la poursuit à travers l'étude.

Tout à coup une idée s'empare de Pierrot en apercevant la robe noire de Cassandre pendue à un porte-manteau. Lui aussi pourrait plaider en public, gagner beaucoup d'argent, et mériter la main de celle qu'il aime.

— Certainement, dit Colombine qui l'encourage dans ce beau projet.

Pierrot ayant endossé la robe noire, se promène fièrement. Il pose sur sa tête la toque, prie Colombine de lui nouer le rabat, se regarde dans un miroir que lui présente la fille de Cassandre, et s'admire avec complaisance.

— Faudra-t-il prendre ce ton? demande-t-il à Colombine en bredouillant à l'aigu.

— Plus bas ! dit Colombine.

252 P NTOMIMES

Pierrot prend une voix grave et commence un discours.

— Très bien ! dit Colombine.

Alors, Pierrot entreprend de répéter une scène de consultation. Colombine, la tête couverte d'une mantille noire, feint d'être une veuve sans fortune venant supplier un avocat de plaider pour des orphelins ; mais trouvant que Pierrot prend trop de libertés avec les veuves, elle l'engage à plus de réserve à l'avenir. Arlequin, qui a suivi ces divers jeux de scènes, est tellement occupé du spectacle, qu'il laisse tomber sa batte sur le plancher ; l'ayant ramassée, il rentre immédiatement dans la chambre de Colombine. Cette fois, Pierrot a parfaitement reconnu que quelqu'un s'est glissé dans l'appartement. 11 cherche de quel coin est parti le bruit. Colombine, qui a ouvert la porte de sa chambre, fait signe à Pierrot qu'un étranger s'y est introduit. Pierrot à son tour ouvre la porte et balance avant d'entrer, craignant une lutte. Mais il pense que sa toque le rendra inviolable, et l'ayant posée d'une façon menaçante sur la tête, il se met en mesure de tirer Arlequin qui, honteux, sort de sa cachette. Pierrot devient jaloux. Pour se défendre, Colombine dit qu'Arlequin la fatigue de ses assiduités, qu'elle lui a déclaré qu'elle ne pouvait le souffrir, et que, malgré tout, Arlequin ne cesse de la poursuivre. — S'il en est ainsi, dit Pierrot, nous allons voir. Une lutte s'engage alors entre les deux amoureux, quoique Colombine essaie de les séparer. L'irritation des rivaux est au comble, lorsque tout à coup Cassandre paraît.

Page 1