‹ Pantomimes de Gaspard et Ch. DeburauChapitre 39 sur 124 · MEUNIER · texte numérisé non relu

MEUNIER

Le théâtre représente une campagne. — Maison à droite. — Buissons.

PREMIER TARLEAU

Colin travaille à faire des fagots. Il demande à boire. Le bûcheron lui en donne ; il boit, puis donne un fagot au bûcheron et lui dit de sortir.

Resté seul, il se désole de ne pas voir sa maîtresse. Il remonte, l'aperçoit et se cache.

Colette entre. Elle va poser son panier, regarde et n'aperçoit pas Colin qui est caché. Elle paraît contrariée et redescend.

Colin, qui a reparu, l'embrasse. Elle paraît fâchée et lui fait des reproches de n'être pas venu plus tôt. Elle dit qu'elle est là depuis une heure. Il répond qu'il y en a deux qu'il attend. Enfin ils se raccommodent, et elle l'invite à danser ; il accepte.

Pas de deux.

A la fin, paraît la mère Simone, furieuse, qui les sépare et menace sa fille. Colin la supplie et lui dit

qu'il l'aime. Elle lui demande s'il a de l'argent. — « Non, répond Colin.» — Alors, laisse-moi tranquille. »

Puis elle fait rentrer sa fille. Colin remonte et baise la main de Colette. Fureur de la mère qui force sa fille à rentrer et dit à Colin qu'elle le chasse. Elle rentre chercher son paquet et son bâton. Pendant ce temps, Colin se désespère. Elle revient, lui jette son paquet et lui dit de s'en aller, puis elle rentre. Il l'arrête pour la prier, elle le repousse et rentre. Colin s'avance encore et reçoit la porte sur le nez. Il regarde la porte avec tristesse, dit qu'il ne verra plus celle qu'il aime, et sort en lui envoyant des baisers.

Pierrot arrive par la montagne, descend la scène et dit, en montrant la porte, que celle qu'il aime est là. Il frappe. La mère Simone paraît. Grandes salutations.

Elle lui demande ce qu'il veut. Il lui dit qu'il est riche, qu'il a des moulins à vent, qu'il aime sa fille et qu'il vient demander sa main. Simone lui dit qu'elle va la faire venir.

En effet, elle appelle Colette qui paraît. Sa mère lui dit que voilà un homme riche qui la veut épouser. Elle se met à rire. La mère veut la forcer à saluer Pierrot ; elle se retourne et lui présente le derrière de ses jupons. Pendant ce temps, Colin a paru dans le buisson ; il fait des signes à Colette et vient lui embrasser la main. Pierrot a entendu le bruit du baiser; mais Colin s'est de nouveau caché.

Pierrot cherche et dit qu'il a entendu un baiser. On lui dit qu'il s'est trompé, que ce sont les oiseaux.

La mère dit: « Voyons! faites votre cour. »

Pierrot offre son bouquet à Colette qui l'accepte sur un signe de Colin à qui elle le jette. Celui-ci se cache et l'emporte. Pierrot continue sa déclaration, se met aux genoux de .Colette qui rit, le frappe sur la tête, le fait tomber et se sauve dans la maison. Sa mère la poursuit en la menaçant. Colin rit, vient se placer derrière la porte avec son bâton. Pierrot se relève, arpente le théâtre en colère, et va pour entrer dans la maison. Mais il trouve Colin qui en défend l'entrée. Colin marche sur lui et lui demande ce qu'il veut.

— Je veux aller voir celle que j'aime et qui va être ma femme.

— C'est faux, dit Colin. Elle sera pour moi. Colère de Pierrot. Combat comique entre eux deux.

Pierrot finit par se sauver, poursuivi par Colin (Cascades.—

Sortie.)

Mondor entre et vient aussi pour épouser Colette. Il frappe. La mère paraît. Il lui explique le but de sa visite. Elle fait venir sa fille. Ici s'enchaîne un petit pas à la fin duquel Colette pousse Mondor qui tombe sur son séant. Les deux femmes sortent.

Bazile entre et se dirige aussi du côté de la maison, toujours avec la même intention que les précédents. Mondor l'aperçoit, l'appelle et lui dit de l'aider à se relever, ce que Bazile fait en lui demandant ce qu'il fait là par terre. Mondor lui répond qu'il vient pour épouser Colette. Bazile dit que c'est lui. Ils se fâchent et vont pour se frapper. Mondor fait tourner Bazile qui à son tour fait tourner Mondor (Cascades). Bazile frappe à la porte de la maison. Simone paraît. Ils veulent parler ensemble. La mère s'impatiente et finit

par dire qu'elle va chercher sa fille, que celle-ci choisira entre eux. Pendant ce temps, ils remontent et descendent la scène.

Colette est amenée par sa mère qui lui dit de choisir lequel des deux elle veut épouser. Ils donnent chacun leur contrat. Elle les lit, les déchire et leur en jette au nez les morceaux, puis elle se sauve.

La mère furieuse court après sa fille et sort. Colin, qui a observé toute cette scène, caché derrière le buisson, vient encore se poster à la porte avec son bâton.

Pendant ce temps, nos deux personnages ont remonté la scène, se sont fait tourner en se prenant les bras, puis viennent à la porte. C'est Colin qui les reçoit en leur disant qu'il sera l'époux de Colette et qu'ils aient à décamper au plus vite. Alors, il montre son bâlon, frappe sur le ventre de Mondor, sur le dos à Bazile, les poursuit par la montagne. Bazile sort le premier, suivi de Mondor. Jl se retourne, poursuit

Mondor. (Cascades jusqu'au changement.)

IIe TABLEAU

Intérieur rustique.

La mère Simone entre avec tous les ouvriers, hommes et femmes, les envoie aux champs, donne des faucilles aux uns, des paniers aux autres, et leur dit de partir.

Colette est sortie de la chambre et cherche à fuir à l'aide de toutes ses petites camarades. Mais sa mère l'aperçoit, lui fait descendre la scène, la fait asseoir

et lui dit quelle l'enfermera pour la punir de sa conduite précédente. Colette la prie de lui pardonner. Elle n'écoute rien, et sort en ferma ut la porte en dehors.

Colette restée seule se désole, pense à son amant, et vient tomber assise sur la chaise.

On frappe. Elle va voir à la porte et dit : « C'est Colin ! Et la porte est fermée ! »

Elle se rappelle qu'il y a dans la chambre une autre clef. Elle court la prendre et vient ouvrir à Colin qui entre. Ils tombent dans les bras l'un de l'autre. Colin dit qu'il a vu sortir la mère Simone qui est allée aux champs. Il fait sa cour à Colette, l'attire à lui, et l'assied sur ses genoux.

On frappe. Surprise des deux amants,

— C'est ma mère, dit Colette.

Colin regarde par le trou de la serrure. — « C'est Pierrot, dit-il. » Colin veut se cacher dans la chambre. Colette l'en empêche. Elle a une idée. Elle va habiller Colin avec ses habits de jeune fdle. Il y consent et recevra son rival. Le travestissement s'exécute non sans quelques cascades de Colin. Enfin, c'est terminé. Il embrasse Colette et celle-ci rentre.

Colin va ouvrir la porte extérieure. Pierrot passe sa tête et regarde partout. Voyant la prétendue jeune fille seule, il entre et va pour lui prendre la taille. Mais il reçoit plusieurs taloches sur les mains. Colin, en faisant la petite fille timide, fait le tour du théâtre, suivi par Pierrot qui finit par le ramener près de la chaise, met un genou en terre et veut le faire asseoir sur l'autre. A ce moment, on frappe.

Pierrot se lève précipitamment et Colin tombe par terre, se relève immédiatement, parcourt le théâtre et dit à Pierrot : — « C'est ma mère ! je suis perdue ! Il faut vous cacher.

— Où, dit Pierrot. »

Il aperçoit la cheminée et va pour s'y fourrer. Colin l'arrête et le fait tourner. Pierrot se dirige vers le coffre. Colin le saisit par la jambe et le fait passer de l'autre côté. Alors l'idée lui vient de le mettre dans la fontaine. Pierrot refuse en disant qu'il y boirait toute l'eau et qu'il en serait gonflé. Colin lui fait voir qu'il n'y a rien dedans. On frappe toujours. Pierrot se décide. (Cascades avec le couvercle.)

Enfin, Colin va ouvrir. Entrée de Bazile qui ferme la porte, descend et prend la taille de Colin qui lui donne des coups de pied dans les jambes. Bazile fait sa déclaration, puis il demande à Colin s'il veut danser. Il accepte.

Pas de tambour de basque.

Bazile suit tous ses mouvements ; à la fin, il reçoit le tambour sur la tête, au moment où il veut lui baiser la main.

On frappe. Colin court à la porte. Bazile s'assied sur la chaise, et se cache la figure avec son manteau. Colin revient, lui dit qu'il ne faut pas qu'on le voie, qu'il faut qu'il se cache. Bazile court à la fontaine; Colin le retient, puis à la cheminée, puis encore à la fontaine. Colin finit par le conduire au pétrin où il le fait entrer. Ensuite il va ouvrir: c'est Mondor.

Colin va vers la chaise: Mondor descend en scène

LES DUPES Hl

et vient embrasser Colin sur le cou. Celui-ci jette un cri, et fait semblant de pleurer. Mondor se met à ses genoux, lui parle de son amour et lui présente un sac d'argent que Colin prend et jette dans la coulisse. Mondor veut lui embrasser la main. Colin le tire et le fait tomber. On frappe. Colin en passant sur le dos de Mondor, va voir à la porte. Cette fois c'est la mère Simone ! Colin redescend et dit : — « C'est ma mère ! Il faut nous cacher. » Même scène que précédemment jusqu'à ce que Mondor soit monté dans la cheminée poussé par Colin. Ensuite il va ouvrir, la mère Simone en entrant lui fait de violents reproches de l'avoir fait attendre si longtemps. Colin, en se cachant le visage, répond qu'il n'avait pas entendu. La mère furieuse, le pousse dans la chambre.

Entre le meunier avec son sac et un garçon avec deux seaux d'eau. L'un va pour vider son sac dans le pétrin, l'autre son eau dans la fontaine. Toute la figuration est entrée.

Bazile sort du pétrin tout plein de farine, et Pierrot sort de la fontaine la tête toute mouillée et des éponges plein ses poches. La mère Simone est stupéfaite en les voyant. Pendant ce temps, Colin et Colette sont sortis de la chambre et, protégés par leurs amis, se sauvent. Mais la mère les aperçoit fuyant, et se met à leur poursuite. On emporte le pétrin, et les trois personnages, après quelques cascades, sortent en se bousculant.

IIP TABLEAU

Décor de campagne.

Les paysans arrivent avec Colin et Colette qui se sauvent en apercevant venir la mère Simone. Colette se cache derrière les jeunes filles, et Colin avec les garçons. La mère Simone entre, elle cherche parmi les jeunes gens et aperçoit sa fille. Elle court la prendre et veut la battre, mais Colin vient se jeter à ses pieds, implore son pardon et demande la main de Colette. Tous les personnages en scène supplient également Simone qui finit par s'attendrir. Elle relève les deux jeunes gens, les presse sur son cœur et les unit.

Joie de tout le monde. On demande que Colin et Colette dansent quelque chose. Ils consentent.

La mère Simone va s'asseoir; on se range de chaque côté.

Pas de deux.

Après lequel vient

Le pas comique.

Puis tout le monde se prend par la main et on

fait le

Vignot,

à la suite duquel Pierrot va s'asseoir au milieu du théâtre ; Colin et Colette derrière lui, unis par la mère Simone ; Bazile d'un côté, Mondor de l'autre, et toute la figuration au fond formant le chartron tableau.

1er Tableau : La leçon de danse et d'équitation,

2e — Les modistes.

3e — La provocation.

4e — Le duel.

5e — Le bal champêtre.

PREMIER TABLEAU

Personnages du 1" tableau

PICHONNET, conscrit du 4e dragons.

LA VALEUR, brigadier au même corps.

ADONIS, tambour-major.

SAUTRILLON, caporal et maitre de danse au 65%

LABRELOQUE.

MADAME SIMONET, cabaretière.

Une place publique; à gauche une caserne d'infanterie, à droite un quartier de cavalerie. Sur le devant de la scène, quatre arbres entourés d'une barrière verle en bois. A gauche un cabaret portant pour enseigne : Au rendez-vous des lapins. Une table, des sièges.

Au lever du rideau, ou entend sonner la trompette. La Valeur sort du quartier suivi de quatre dragons en petite tenue. Ils sont porteurs chacun d'un balai. La Valeur les fait mettre en bataille, puis il leur donne l'ordre de balayer le devant du quartier. Au moment où ils vont commencer cette opération, La Valeur

s'aperçoit qu'il lui manque un homme. C'est Pichonnet. Au même instant, ce dernier entre en scène, le balai sur l'épaule et le bonnet de police sens devant derrière. Ses camarades se rient de sa tournure. Il regarde à droite et à gauche ce qui les fait rire; en se retournant, il attrape la tête de La Valeur avec son balai. Colère de celui-ci, qui menace Pichonnet de le mettre à la salle de police. Il lui ordonne de se mettre à l'ouvrage, ce qu'il s'empresse de faire. Mais il s'y prend si gauchement qu'à tout moment il attrape les jambes du brigadier et de ses camarades qui finissent par se fâcher et le menacent de lui donner la savate. Sur ce, il se rebiffe et les en défie. Ils vont pour exécuter leur menace, mais Pichonnet s'appuie le long d'un arbre, démanche le balai et pare avec le manche tous les coups qu'on veut lui porter. Enfin, poursuivi un instant, il finit par aller tomber sur une des tables qui sont à la porte du cabaret. Les camarades le relèvent, ils font la paix. Pichonnet leur offre à boire, ce qu'ils acceptent.

La Valeur frappe sur la table. Mme Simonet sort et leur apporte du vin. Elle en demande le prix à Pichonnet, qui dit que c'est le brigadier qui régale, ce dont ce dernier se défend. Pichonnet tire de sa poche une bourse d'une longueur démesurée. Il en sort une pièce de vingt sous qui est enveloppée dans dix morceaux de papier, ce qui fait beaucoup rire ses camarades. Lorsqu'il a payé, il veut se permettre quelques familiarités avec la cabaretière, mais il reçoit un soufflet, qu'il rend à son camarade de droite, croyant que c'est lui qui le lui a donné. Ils vont pour

se prendre au collet, mais le brigadier s'interpose entre eux et les force à se donner une poignée de mains.

Adonis, Sautrillon et Labreloque sortent de la caserne d'infanterie. — « Voilà des conscrits qui boivent, dit Adonis. 11 faut nous faire inviter. » A cet effet, il va presser la main à La Valeur. Sitôt que Pichonnet les aperçoit, il s'empresse de se lever et de leur offrir sa place. 11 appelle la cabaretière et demande deux autres bouteilles. Il invite Sautrillon et Labreloque à boire avec eux. Pendant qu'ils boivent, Pichonnet est allé prendre la canne du tambour-major Adonis, qu'il cherche à imiter, ce qu'il fait gauchement. Adonis croyant qu'il se moque de lui, se lève et lui donne son pied clans le derrière, ce qui le fait tomber. Il se relève furieux et va provoquer Adonis qui lui rit au nez ainsi que ses camarades. La cabaretière vient lui demander le prix des deux bouteilles qu'il a fait servir de nouveau. Il tire une de ses bottes dans laquelle il prend une autre pièce de vingt sous qu'il y avait cachée. Tous rient de sa cachette.

La Valeur donne ordre à un de ses dragons de rentrer les balais, puis il demande à Pichonnet s'il veut prendre une leçon d'équitation. Ce dernier y consent. A cet effet, il le fait monter sur la barrière de bois verte qui se trouve devant les arbres. Cette barrière figure le cheval. A chaque gaucherie que fait Pichonnet, La Valeur lui applique un coup de cravache sur les jambes, ce qui lui fait faire mille grimaces plus comiques les unes que les autres. Il finit par renoncer. La Valeur lui demande cinquante centimes pour prix

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de la leçon qu'il vient de lui donner. Il lire une pièce de dix sous de la doublure de son bonnet de police, où il l'avait cachée, et la donne en rechignant.

Sautrillon vient, comme maître de danse du régiment, lui offrir ses services, ce qu'il accepte. Il lui donne aussi une leçon. Pichonnet fait mille bévues. Sautrillon engage les conscrits à faire vis-à-vis à Pichonnet. Ils forment un quadrille grotesque. A peine la danse est-elle terminée qu'on entend sonner la trompette et battre le tambour. — C'est la soupe qui nous appelle, dit le brigadier. En route, La Valeur, rentrons à la caserne.

Les cavaliers et les fantassins rentrent dans leurs quartiers respectifs. Pichonnet s'est emparé de nouveau de la canne d'Adonis; il la fait manœuvrer.

Celui-ci qui la cherche depuis quelques instants, aperçoit Pichonnet qui s'esquive avec; il la lui reprend des mains et lui en applique un bon coup sur les épaules, puis il rentre à la caserne.

2e TABLEAU

PERSONNAGES DU 2e TABLEAU

MADAME ROLAND, marchande de modes, maîtresse de Labreloque.

AMANDA, ouvrière en modes, maîtresse d'Adonis.

CORNÉLIE, ouvrière en modes.

CAROLINE, ouvrière en modes, maîtresse de Sautrillon.

NANON, servante de Mn,e Roland, maîtresse de Pichonnet.

FOUINARD, oncle de Mme Roland.

PICHONNET.

SAUTRILLON.

ADONIS

LABRELOQUE.

Une boutique de marchande de modes. — Au fond, une devanture vitrée, avec des rideaux verts prenant à la hauteur du deuxième carreau.

Entre Mme Roland. Elle est surprise de ne pas trouver ces demoiselles à l'ouvrage. Elle appelle Nanon et lui ordonne de les prier de se rendre au magasin. Nanon lui dit qu'elles sont en train de déjeuner. Cependant elle va les appeler.

Entrent Gornélie, Amanda et Caroline. Elles sont porteuses chacune d'une tête de poupée coiffée d'un chapeau non terminé. Elles prennent chacune leur place respective et se mettent à travailler. Mmo Roland

les engage à se dépêcher, à seule fin d'être libre de bonne heure. Elle rentre chez elle suivie de Nanon.

Au même instant, Pichonnet entr'ouvre la porte de la boutique pour s'assurer si ces demoiselles sont seules. N'apercevant pas Mmo Roland, il entre, s'approche d'Amanda, et lui donne sur le bras un petit coup d'une baguette qu'il porte à la main. Amanda jette un petit cri; ses compagnes aperçoivent Pichonnet; elles rient aux éclats de voir sa figure grotesque. Il fait le galant avec elles; il est même sur le point d'embrasser Cornélie, lorsque Nanon entre, le voit et lui donne un grand coup de balai qui l'envoie tomber sur un siège sur lequel se trouvait un chapeau presque terminé qu'il écrase. Désespoir d'Amanda de voir ledit chapeau tout aplati. Pichonnet la rassure en lui disant que ce n'est rien, qu'il se charge de lui donner sa forme primitive. A cet effet il le prend et le tend sur son genou. Mais Amanda s'empresse de le lui reprendre

Entre Mme Roland; ces demoiselles s'empressent de se mettre à l'ouvrage. Pichonnet leur fait signe de ne rien craindre, qu'il va justifier sa présence dans le magasin. Pour ce, il va près de Mmc Roland, qui lui demande ce qu'il y a pour son service. Il lui dit qu'il aurait besoin d'un chapeau. — Est-ce pour vous? — Oh ! vous plaisantez, répondit-il. Je ne porte pas de tels colifichets. C'est pour une de mes maîtresses.

Mmo Roland s'empresse de lui en montrer plusieurs ; mais aucun ne lui convient. Il fait mettre des rubans sur l'un, puis des fleurs sur un autre. Lorsqu'ils sont arrangés, il dit qu'ils ne lui conviennent plus. Il en

essaye même un. Les modistes rient aux éclats de sa figure grotesque. Mmc Roland, qui commence à s'apercevoir qu'il se moque d'elle, se fâche.

Pendant toute cette scène, les trois ouvrières et Nanon se sont fait des signes d'intelligence. Pichonnet leur en fait aussi, ce doût Mme Roland finit par s'apercevoir. Elle va ouvrir la porte et prie Pichonnet de sortir de chez elle. Mais il lui rit au nez. Furieuse, elle prend le balai des mains de Nanon pour en frapper Pichonnet. Mais celui-ci esquive le coup qui lui était destiné; il s'enfuit en jetant au nez de Mm3 Roland le chapeau qu'il tenait encore à la main, ce dont les ouvrières rient de tout leur cœur. Mme Roland, furieuse, gourmande ces demoiselles et les accuse d'être de connivence avec Pichonnet. Elles s'en défendent vivement.

A ce moment, on voit paraître devant le vitrage de la boutique, au-dessus des rideaux, les shakos de Sautrillon et de Labreloque, et les casques de Pichonnet et de La Valeur, qui les ont mis au bout de leurs sabres et les font danser.

Nanon qui aperçoit leurs coiffures en prévient ces demoiselles. Mme Roland qui les observait aperçoit aussi les coiffures des amoureux. Elle ordonne à Nanon d'aller lui chercher une carafe d'eau. Elle la lui apporte. Mmc Roland la prend et va se placer près de la porte d'entrée. Pichonnet voulant s'assurer de nouveau qu'elle est partie, ouvre doucement la porte et avance la tête. Au même instant, Mme Roland lui lance la carafe d'eau dans le visage. Il disparaît aussitôt, ainsi que les autres militaires.

Mme Roland entre dans son appartement en riant de la mésaventure du pauvre Pichonnet.

A peine est-elle rentrée que ces demoiselles quittent leur ouvrage. Nanon ouvre la porte de la rue et fait signe à Adonis, Sautrillon, Labreloque et Pichonnet qu'ils peuvent entrer, ce qu'ils s'empressent de faire. Chacun embrasse sa maîtresse. Adonis leur dit qu'ils viennent les chercher toutes pour aller faire une promenade hors Paris. Joie des modistes ; Amanda engage les militaires à quitter le magasin, vu que la bourgeoise peut venir d'un moment à l'autre. — Bah ! disent-ils, nous nous en moquons. — Pas moi! dit Pichonnet. Il veut s'en aller, mais Nanon le retient. — Une idée, dit-elle, si nous le déguisions en femme ! nous sommes presque de la même taille. Je dirai à madame que c'est une de mes parentes.

Cette proposition est accueillie avec joie.

Nanon va chercher une de ses robes. Amanda apporte un tablier; Cornélie un châle; Caroline une ceinture, puis un bonnet, enfin un costume complet, dont elles l'affublent.

Lorsqu'il est ainsi vêtu, il minaude et fait mille singeries. Pichonnet dit qu'il prendrait bien quelque chose, qu'il en sent le besoin. Nanon va lui chercher un bouillon et une bouteille de vin. Il boit à même la bouteille, après il en offre à Amanda et à Cornélie. Nanon lui fait remarquer qu'il n'est pas honnête d'offrir à boire à des demoiselles après avoir bu à même.

Nanon, qui est allée sur le pas de la porte, accourt prévenir ces demoiselles que M. Fouinard, l'oncle de madame, arrive pour faire une visite. Les militaires

se cachent vivement derrière les chaises de ces demoiselles. Quant à Pichonnet, il se met près du comptoir, prend une tête de poupée sur laquelle il y a un chapeau et a l'air de travailler.

Entre Fouinard. Il papillonne auprès des modistes, passe la main sous le menton de Nanon. Arrivé près de Pichonnet, il le considère et s'enquiert qui il est. Amanda lai dit que c'est une nouvelle ouvrière. Il la trouve fort à son goûl ; il veut se permettre quelques familiarités, mais chaque fois qu'il avance la main, Pichonnet lui donne un bon coup dessus.

Sautrillon qui est caché sous l'établi, lui pique les mollets à plusieurs reprises. Fouinard tire de sa poche une bonbonnière et en offre à toutes ces demoiselles. Arrivé près de Pichonnet, celui-ci lui fait sauter sa boîte avec les bonbons que Sautrillon et les autres militaires ramassent et mangent.

Entre Mme Roland; elle surprend Fouinard baisant la main de Pichonnet. Elle lui en fait des reproches ; il s'excuse. Enfin elle s'aperçoit qu'elle a une ouvrière de plus. Elle va l'examiner et reconnaît Pichonnet. Fureur de la marchande.

Fouinard, qui s'aperçoit que c'est un homme, veut le prendre au collet; mais Pichonnet l'envoie tomber sur un siège, jette sur lui toutes les têtes de poupée, les chapeaux, puis il s'esquive. Fouinard veut courir après lui, mais il en est empêché par Adonis qui le fait pirouetter.

Sautrillon s'est emparé d'une grande toile verte qui se trouve sur l'établi ; il s'enveloppe dedans et se sauve suivi de Labreloque... — Confusion générale

3e TABLEAU

PERSONNAGES DU 3e TABLEAU

LABOMBE, traiteur invalide.

CRIQUET, garçon traiteur.

SUZETTE, fille de LABOMBE.

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