ACTE QUATRIÈME
gendarmerie de Tendroit où tu résidais... Mais, avec un vieux camarade comme toi, on ne s’arrête pas à de pareilles vétilles... (souriant.) Et je ne te collerai pas à la boîte pour si peu...
GANTABEILLE, se prenant la tête entre ses mains.
Allons! allons! ce n’est pas possible... Je m’en souviendrais... Et piiis^ est-ce qu’il n’y a pas le reste?...
TOURB AN YÈS^ toujours avec le plus grand calme.
Le reste?
GANTABEILLE.
Oui... le crime honteux que tout le régiment connaît...
TOURBANYÉS.
Un crime? Et lequel?
GANTABEILLE.
Tu veux donc que je rougisse même devant toi... Ah ! Michel, je t’aurais cru plus charitable pour un ancien ami, si bas qu’il soit tombé ! .
TOURBANYÉS, avec un mouvement.
Plus charitalDle... moi?... Je te répète, Jear. -Marie, que je n’y comprends plus rien, je ne sais même pas à quoi tu fais allusion.
GANTABEILLE. ébahi.
Tu ne sais pas... que j’ai... volé...
TOURBANYÉS.
Volé?...
GANTABEILLE.
Oui, volé les lettres chargées des chefs et des soldats.
TOURBANYÉS, très calme.
Ah! ça! voyons! qu’est-ce que tu me racontes là?
GANTABEILLE, de plus on plus stupéfait.
Michel !
TOURBANYÉS.
Voici là, dans ce casier, le livre d’émargements où tu inscris les lettres chargées et les mandats.
GANTABEILLE, qui a pris le livre.
Oui.
TOURBANYÉS.
Ouvre-le donci regarde...
GANTABEILLE, après avoir obéi, stupéfait.
Qu’est-ce que cela veut dire?
TOURBANYÉS.
Gela veut dire que les titulaires des sommes encaissées par toi le 1®^* novembre, jour de ton départ, ont déclaré avoir reçu l’argent qui leur revenait; en foi de quoi ils ont dûment signé de leur nom et de leur } araphe. Il y a même là-dedans des troupiers qui ont une bien sale écriture... Il faudra que je prenne leurs noms pour les envoyer au cours du soir.
Je ne deviens pas fou?
TOURBANYÉS, très bonhomme.
Ma foi, entre nous... je n’osais pas te le dire, mais du moment que tu le reconnais toi-même,... ce sacré soleil de la Saint-Martin t’aura tapé sur la boussole.
GANTABEILLE.
A moins que... Serait-il possible, grand Dieu, d’avoir rencontré une preuve d’amitié pareille... un dévouement comme celui-là.,, et si simple, et si grand?