ACTE QUATRIÈME
TOURBANYÈS, s'arrêtant.
Tu as tout de même eu raison, Jean-Marie, de ne pas profiter jusqu'au bout de ton congé... Quand tu es parti, personne ne savait encore que le ministre se déciderait si vite... mais j’étais certain que la nouvelle te ferait rappliquer au pas de charge... On a beau être toujours prêt à boucler son sac^ on ne part pas pour le Tonkin comme pour Bayonne.
GANTABEILLE, l'interrogeant du regard.
Le Tonkin ?
TOURBANYÈS.
Justement le colonel vient de me renvoyer les états de tous ceux qui ont demandé à faire partie de l'expédition. Voici ceux de Groixailles, de Pierrelugue^ de bien d'autres... et le tien...
GANTABEILLE, regardant la feuille.
Le mien!... C'est moi qui ai signé cette demande?...
TOURBANYÈS, le regardant dans les yeux, d’un ton migoguenard, mi-sérieux.
Dame... à moins que ce ne soit moi...
GANTABEILLE.
Michel !
TOURBANYÈS.
Entre nous, les camarades t’ont trouvé crâne de renoncer à ton grade pour aller si loin ajouter un peu de gloire à notre cocarde ! Du reste, on te connaît, ça n’a surpris personne que pour aller là-bas, tu aies consenti à rendre tes galons...
GANTABEILLE, la voix serrée par l'émotion.
Mes galons!
TOURBANYÈS.
Il le fallait bien, puisque l'adjudant de compagnie
était déjà désigné... Heureusement Ton a demandé un sous-officier de plus et^ au lieu de faire la campagne en simple soldat, ce qui t’aurait vraiment par trop rajeuni, mon bonhomme, c’est comme sergent que tu partiras.
GANTABEILLE, s’essuyant les yeux.
Sergentl... Michel!...
TOURBANYÈS, tirant sa moustache pour dissimuler sa propre émotion.
Eh bien, quoi?...
GANTABEILLE, des larmes dans les yeux.
Par quelles paroles, par quels actes est- il possible de reconnaître ce que tu as fait pour moi?
TOURBANYÈS, même jeu.
En l’oubliant, Jean-Marie... En l’oubliant avec le reste.
Ils se regardent un instant et tombent dans les bras l’un de l’autre.
GANTABEILLE.
Je t’ai compris, va, Michel... Et tu peux être tranquille, je ne reviendrai pas...
TOURBANYÈS.
Il faut revenir, au contraire... et avec ce galon d’argent que tu laisses ici...
GANTABEILLE, d’une voix brisée.
A quoi bon?... Pour qui?... Tous mes rêves ne sontils jjas éteints depuis que ma folie a tué l’enfant qui était notre joie, notre bonheur, notre espérance.... Ah! quand j’arriverais dans la fumée de la poudre,, dans la saoûlerie de la bataille, à oublier le reste' comme tu le dis, pourrai-je jamais effacer de ma