‹ Papayer Et La PapaineChapitre 8 sur 11 · SOU · texte numérisé non relu

SOU

la composition du lait de Papayer. Ce chimiste nous apprend en effet que le sue de Papayer mis sur des charbons ardents exhaie une odeur de corne brûlée et que soumis à la distillation il donne:

1° Une huile concrète, colorée, très désagréable et tout à fait semblable à l'huile animale de Dippel.

2° Du carbonate d’ammoniaque en quantité.

3° De l’eau, de l'acide carbonique et de l'hydrogène carboné.

Réduit en poudre, il se dissout très bien dans l’eau. Si on expose cette dissolution à la chaleur, elle se prend en gelée comme le blanc d'œuf et se précipite par l’infusion de noix de galle, par l’acide chlorhydrique et par tous les acides minéraux. Le charbon est composé d’alumine, de magnésie et de phosphate de chaux. Mais Vauquelin ne dit encore rien de l’action du sue de Papayer sur la fibrine animale.

Le D'Moncorvo, du Brésil, a signalé un des premiers l’action du suc de Papayer sur les matières albuminoïdes. Il a opéré avec ce ferment des digestions artificielles. Il observa en 4879 que la viande de cochons nourris avec des feuilles du Carica, ne pouvait être conservée, pas même à l’aide des procédés de salaison.

Plusieurs savants ont poursuivi l’étude chimique du lait du Carica Papaya, et tous les journaux scientifiques ont parlé des observations de Cossigny, Bajou, Endlicher, Peckolt, Roy et Moncorvo.

M. Wurtz, le grand chimiste français dont le monde savant déplore encore la perte récente, fit avec du suc du Papayer qui lui avait été expédié d'Amérique, des expériences concernant l’action digestive de ce sue (1). M. Wurtz a poursuivi ces expériences, en compagnie de M. Bouchut, pendant

(1) Ad. Wurtzet Bouchut, sur leferment digestif du Carica Papaya, Journ. de pharm. el de Chim., me série, L. xxx, novembre 1879.

deux ans à l'hôpital des Enfants malades et il les a complétées, au point de vue chimique, au laboratoire de la Faculté de médecine de Paris. Le suc qui a été adressé à M. Wurtz avait d’abord été expédié à l’état de pureté, mais il arriva dans un état complet d’altération et celle-ci se manifestait par une odeur putride. On y découvrit le ferment putride. On l’a alors expédié mélangé avec de l’eau sucrée ou avec de la glycérine et aromatisé avec quelques gouttes d'essence de menthe. Dans cet état, il se présentait sous forme d’un liquide épais, laiteux, sans nulle odeur accusant une fermentation. Mis en contact avec de la viande crue, de la fibrine, du blanc d'œuf cuit, du gluten, il les a attaqués et ramollis au bout de quelques instants et a fini par les dissoudre après une digestion de quelques heures à 40°. Le lait est précipité d’abord par le latex du Papayer, et la caséine précipitée se dissout ensuite.

De fausses membranes du croup, retirées par la trachéotomie, des helminthes, tels que ascarides et tænias, sont attaqués et digérés en quelques heures. M. Wurtz établit aussitôt un rapprochement entre le Papayer commun et les plantesqu’on à appelées carnivores, telles que les Nepenthes, Drosera, Darlinthonia sur lesquelles MM. Darwin et Hooker avaient appelé l’attention et pensa qu'il existait dans le lait du Papayer un ferment digestif analogue à celui que sécrètent ces plantes. A la suite de ses expériences sur le lait du Papayer, Wurtz est arrivé à isoler ce ferment digestif. C’est le corps qu'il a désigné sous le nom de Papaïne, et qui lui a servi dans ses nombreuses expériences de digestion artificielle.

Page 1