CHAPITRE Il
LA PAPAINE.
è I. — Considérations chimiques sur le Papayer
Nous venons de voir dans le chapitre précédent les propriétés curieuses offertes par le latex du Carica Papaya, nous venons de voir que ces propriétés sont dues à un ferment digestif qui se trouve dans ce latex ; mais les expériences qui ont eu pour résultat la connaissance de ce fait, les expériences entreprises par Wurtz pour démontrer la propriété digestive et le pouvoir digestif de la Papaïne ont été exécutées avec une Papaïne extraite d’un lait de Papayer ancien, d’un lait de Papayer ayant au moins vingt jours d'existence. Ce lait avait été obtenu en Amérique, il avait dû être additionné de substances étrangères destinées à empêcher sa fermentation; il avait subi une traversée de l'Océan, un voyage en chemin de fer et ce n’est qu'après ces nombreuses tribulations qu'il arrivait à Paris, dans les mains du savant chimiste, et qu'il était employé dans les expériences dont nous avons parlé plus haut. Ces expériences ont naturellement une importance considérable, et il n’est certainement pas de chimiste ou de physiologiste qui n’ait désiré avoir en sa possession une certaine quantité de ce lait remarquable pour exécuter ces digestions arüficielles dont tous les journaux savants se sont occupés dans ces dernières années. Profitant de notre séjour prolongé à la Martinique, nous avons cultivé un grand nombre de Papayers; nous avons pu, grâce à l'abondance avec laquelle la nature a prodigué ces arbres dans cette île, nous avons pu, dis-je, disposer d'assez grandes quantités de
HIDE lait et pratiquer les expériences de Wurtz non plusavec du lait de Papayer conservé, non plus avec un produit impur et mélangé de sucre, de glycérine ou d’essence de menthe, mais bien avec un lait pur, frais et obtenu au moment même des expériences. Aussi avons-nous pu faire non seulement une étude descriptivedu Papayer, mais encore une étude chimique de cet arbre intéressant et de son remarquable produit. Nous avons été encouragés dans cette seconde partie par les conseils et les renseignements que M. Wurtz nous fit l'honneur de nous adresser à Saint-Pierre (Martinique) (1).
L'analyse chimique des différentes parties du Papayer offre peu d'intérêt. Un fait cependant qui a attiré notre attention, c’est que le fruit mûr de l’arbre ne contient aucune trace d'acide libre.
Les fruits frais nous ont donné à l’incinération À gr. 57 p.100 de cendres. M. Peckolt avait trouvé, au Brésil, le chiffre de 1,259. Les Papayes de la Martinique seraient donc plus riches en matières minérales que celles du Brésil. Le fruit desséché nous a donné le chiffre 8,61.
(1) Voici la copie d’une lettre que nous adressa M. Wurtz à la Martinique, Nous la faisons connaître surtout à cause des deux renseignements scientifiques qu’elle contient:
Moxsteur,
J'ai reçu votre lettre et ne puis que vous engager à poursuivre l'étude du suc de Papaya et de la Papaïne. Dans mes études sur ce sujet, j'ai rencontré divers faits que je n’ai pas publiés et au sujet desquels je n’ai donné qu'une notice préalable. Les voici: Ayant eu à ma disposition du suc du fruit de Papaya, j'en ai retiré une matière sucrée, très soluble dans l’eau, insoluble dans l'alcool, cristallisable et présentant la composition de la mannite. Je n’en ai pas poursuivi l'étude ; vous pourriez le faire. — Dans les eaux-mères alcooliques d’où la Papaïne a été précipitée à l’état amorphe, il existe un corps cristallisable qui est un acide amidé; je l’ai analysé, je l'ai combiné avec l’acide chlorhydrique, mais je l’ai obtenu en trop petite quantité pour pouvoir en faire une étude approfondie. Vous devriez essayer de préparer ce corps. — Telles sont les indications que je puis vous fournir. Je serais très heureux que vous puissiez en profiter.
Veuillez agréer, etc. Signé: Ad. WurrTz.
Il avait donné à M. Peckolt 8,457.
Comme on le voit, la quantité de cendres fournies par le fruit desséché est plus faible que ce qu'on aurait pu le prévoir dans les fruits du Papayer de la Martinique. La proportion de cendres fournies par les fruits frais du Brésil étant 1,259 et celle des fruits de la Martinique 1,37 ; de plus, les cendres du fruit desséché du Brésil étant représentées par le chiffre 8,457, on devait s'attendre à trouver comme valeur de cendres du fruit desséché de la Martinique, le chiffre donné par X dans la proportion suivante: = ne Or, en faisant les calculs, on trouve x == 9,55, nombre bien différent de celui établi par l'analyse et qui est 8,61. Ceci tendrait àprouver que les fruits de la Martinique sont plus aqueux que ceux du Brésil, ce qui ne nous paraîtrait pas extraordinaire; nous avions toujours été fort étonnés de la quantité d’eau qui existait dans les différentes parties du Papayer, et pour n’en donner qu’un exemple, nous dirons que 20 feuilles fraîches pesant ensemble 280 gr. ne pesaient plus que 50 er. après 40 jours de dessiccation à l’air libre.
Elles avaient donc perdu 250 gr., ce qui donne environ 82 p. 100 comme quantité d’eau contenue dans les feuilles.
Les tiges en contiennent un peu moins, 50 à 70 p. 100, suivant qu’on considère la partie inférieure ou la partie supérieure.
Parmi les matières minérales contenues dans les cendres du fruit, on trouve beaucoup de potasse, de soude et un peu de chaux à l’état de phosphate.
Les graines contiennent une huile que M. Peckolt a appelée huile de Papaya. Ce chimiste y a décélé une matière comme huileuse, de saveur et d’odeur désagréables, soluble dans l’éther et l'alcool; elle à été appelée caricine, il y a trouvé aussi un acide gras qui ressemble à l’acide palmitique, un acide cristallin (acide papaïque), insoluble dans
l'eau froide, soluble dans l’eau bouillante ou seulement chaude et l'alcool; une résine acide à saveur irritante ef amère, insoluble dans l’eau et l’éther, soluble dans l'alcool et les alcalis, enfin, une résine molle jaune.
2 IH. — Propriété de laït du FPapayer.
Toutes les parties de l'arbre fournissent du lait; les feuilles n’en fournissent que très peu. Le sommet de la tige et les fruits verts en donnent beaucoup. C’est ordinairement de ces derniers qu'on l'extrait. Quand pour en retirer du lait, on arrache le fruit, celui-ci n’en donne pas une grande quantité. Aussi vaut-il mieux laisser les fruits sur l'arbre, quand on veut recueillir le lait qu'ils renferment. On les incise légèrement ou on les pique en décrivant avec un couteau plusieurs grands cercles sur leur surface sphérique et on suspend au-dessous un récipient quelconque. Le suc s'écoule peu à peu et pendant longtemps. Il est bon de placer dans le vase un peu de glycérine; celle-ci a pour avantage d'empêcher le suc de se coaguler sous l'action de l’oxygène atmosphérique.
Les fruits dont on a extrait le suc avant la maturité, mûrissent plus rapidement que les autres et sont aussi agréables. Quelques auteurs avancent que leurs graines ne germent pas. Nous pouvons démentir ce fait et affirmer avoir vu germer des semences provenant d’un fruit qui avait fourni une assez grande quantité de lait avant d’avoir atteint sa maturité.
Quand on veut de grandes quantités de lait, il n’est pas indifférent de le recueillir à telle ou telle autre époque. Ce lait est, en eftet, abondant dans les mois chauds, dans la période comprise entre les mois d'avril et de septembre.
Au moment où il vient d’être obtenu, le suc du Papayer
pes
ressemble exactement à du lait de chèvre. Sa densité prise à 26 degrés centigrades est 1,023. Son odeur est à peu près nulle, sa saveur astringente.
Quand le suc est frais, il est franchement acide au papier de tournesol. Pourquoi MM. Wurtz et Bouchut le disent-ils neutre ? Certainement à cause de ce fait que ces chimistes ont essayé du suc obtenu depuis plusieurs jours; mais nous pouvons affirmer qu'il est franchement acide au moment où il vient d’être obtenu.
Quand on l’abandonne à l'air libre, ce suc se coagule immédiatement. On a songé à l'addition de l’eau en grande quantité pour empêcher cette coagulation, mais une quantité de 10 p. 100 d’eau est encore insuffisante. Nous avons indiqué l'emploi de la glycérine qui a, non seulement l'avantage de s'opposer à cette coagulation, mais encore celui de s'opposer à la fermentation butyrique qui se produit assez rapidement dans le suc du Papayer. On a comparé cette coagulation du suc de Papayer à celle du sang. [1 se forme, en effet, deux parties, une sorte de pulpe insoluble ou presque insoluble et un sérum incolore et limpide rappelant le caillot et le sérum du sang.
Quand on traite le lait du Papayer par l’éther et par l'alcool, ces liquides lui enlèvent une substance résineuse molle, une résine brune et une certaine quantité de matières extractives. Si l’on dessèche le résidu, on obtient une poudre d’un blanc de neige, très soluble dans l’eau. La partie insoluble est formée par du caoutchouc.
Nous avons vu que le lait du Papayer exposé à l’air ne tardait pas à se séparer en deux parties, un sérum et une pulpe.
C’est avec ces deux produits, pris séparément, que Wurtz et Bouchut ont d’abord étudié l’action digestive du suc de Papayer.
1° Sérum. — Si on jette sur un filtre le lait de Papayer coagulé, le sérum obtenu dans un état de limpidité et traité par dix fois son volume d'alcool fort, donne un précipité blanc.
Dix centigrammes de ce précipité blanc dissous dans 30 centimètres cubes d’eau distillée et mis en présence de 10 grammes de fibrine animale donnent, après 10 heures de digestion, une liqueur parfaitement claire.
La même opération répétée au sein d’une liqueur alcaline ou acidulée avec quelques gouttes d'acide chlorhydrique donne les mêmes résultats.
Toutefois, MM. Ad. Wurtz et E. Bouchut remarquèrent un léger précipité par addition d'acide azotique; la transformation en peptone n'était pas complète.
2 Pulpe. — Si on met cette pulpe en suspension dans l’eau, celle-ci acquiert des propriétés digestives. Après un certain temps de macération, l'alcool fort forme dans la liqueur filtrée un précipité qui possède exactement les mêmes propriétés que le précipité formé par l'alcool fort dans le sérum.
Cette pulpe mise en présence des matières albuminoïdes ne tarde pas à donner une solution limpide sur laquelle les acides nitrique, acétique, le ferrocyanure de potassium additionné d’acide acétique n’ont aucune action. Etendue d’eau, elle donne avec l’acide picrique, un précipité jaune soluble dans un excès de peptone, dans un grand excès d’eau et d'acide picrique : cette réaction est caractéristique de l’albuminose d'après M. Henninger. Elle offre ‘donc tous les caractères des peptones.
Comme conclusion, on doit admettre que le principe fer-
FE e
OI: 07 eu mentifère du lait de Papayer existe aussi bien dans la pulpe que dans le sérum.
Analyse du lait de Papayer. — Quoiqu'il en soit, la composition chimique du lait de Papayer, malgré les propriétés parfaitement définies du ferment digestif qui s’y trouve, est très complexe.
M. Peckolt a fait l'analyse de ce sue et en a séparé la Papaïine par un procédé qui diffère de celui employé par M. Ad. “Wurtz. Le principe qu'il a obtenu a été désigné sous le nom de Papayvtine.
De 100 gr. de suc frais, ce chimiste a retiré :
Substance analogue au caoutchouc... 4,525 Substance analogue à la cire....... 2,424 ET ER ES 0,110 Résine brune ne ire Ne D Matières albumineuses.............. 0,906 Papayotine (en moyenne)....... ... D,903 Mshéres exiractives. sas. ce 0 1,289 MAHOTeS UOTE UN Tee Ne idee 1,059 Acide organique (A. malique)....... 0,445 Matières pectiques, sels minéraux. ... 7,100 À ÉD e e ECEN E PE 74,971
M. Peckolt a établi ainsi qu'il suit la richesse en papayotine des diverses parties de la plante (1).
100 p. de feuilles fraîches donnent à froid 0,059 de Papayotine.
100:p. de suc de feuilles. : 52. in 0,119 — Orne debratitertéran un, 4e SOLE OL? — 400 p. de suc de fruits verts......... 0,249 —
Comme on le voit, c’est lesuc de fruits verts qui renferme
{11 Zeilschrift d. allg. 6slerreichischen Apotheker Vercines, 20 août et 1er sept. 1879.
le plus de Papayotine. C’est aussi le résultat auquel nous sommes arrivés à la Martinique.
Nous donnons dans la suite les chiffres que nous avons obtenus. |
De tous les principes qui entrent dans la composition du lait de Papayer, un seul nous intéresse, c'est jla Papayotine (Papaïne de Ad. Wurtz). Voyons d’abord les procédés au moyen desquels on peut l'obtenir.
? HIX. Préparation de la Papaïne.
1° Procédé de M. Ad. Wurlz, —On délaie le liquide blanc obtenu par l’incision de la tige du Papayer ou des fruits verts, dans deux fois son poids d’eau distillée, on le mélange rapidement et on jette le tout sur un filtre. On lave à deux ou trois reprises la partie gélatineuse qui reste sur le filtre.
La solution ainsi que les eaux de lavage réunies sont évaporées dans le vide, de façon à ne plus former qu'un faible volume. On ajoute alors au liquide une grande quantité d’alcool absolu, environ 10 à 12 fois son volume. On laisse à l’abri de l'air et à une basse température le mélange pendant 24 heures.
Au bout de ce temps, il s’est rassemblé au fond du verre récipient un précipité blanc à l’état amorphe. On filtre le tout et on lave la partie insoluble dans l'alcool absolu. Le précipité est dissous dans l’eau, précipité de nouveau lavé parl’alcool absolu, puis desséché dans le vide.
Dans cet état le produit est une poudre blanc de neige, inodore, privée de matières albumineuses et complètement soluble dans l’eau.
Purification. — Malgré les soins apportés dans cette pré-
paration, la Papaïne ne présente pas une composition constante ; elle renferme une proportion de matières minérales variable, pouvant s'élever à 10 p. 100 et même davantage ; ceci ne doit pas paraître surprenant, si l’on remarque que le ferment peut être mêlé avec des matières albuminoïdes modifiées par son action, c’est-à-dire par des peptones.
La dialyse a d’abord été employée pour débarrasser la Papaïne des substances étrangères, mais elle ne réussit qu'imparfaitement.
M. Wuriz est arrivé par l'emploi du sous-acétate de plomb suivi de l'hydrogène sulfuré, à obtenir une solution qui, précipitée par l’alcool, donne une matière de composition à peu près constante.
2° Procédé de M. Peckolt. — On agite le suc du Papayer
jusqu’à épuisement avec de l’éther (la solution éthérée éva-
porée laisse comme résidu une cire appelée par M. Peckolt (cire mamao); le résidu insoluble dans l’éther est traité par l’eau et la solution obtenue filtrée (il reste sur le filtre une substance analogue au caoutchouc).
Si on traite le filtratum par l’alcoo! absolu, on obtient un précipité blanc de Papayotine ou Papaïne.
Ce procédé est certainement inférieur à celui de Wurtz; il donne une Papaïne moins pure, c’est ce qui explique pourquoi on obtient une plus grande quantité de ce produit quand
on use de ce dernier procédé de préparation.
Nous ne dirons que peu de mots du procédé d'extraction employé par le D' Moncorvo.
5° Procédé Moncorvo.— On traite directement par l’alcool le suc de Papayer, le précipité recueilli sur un filtre est desséché à une basse température. Il représente la Papaïne. Le D' Moncorvo l'avait appelé caricine. Ce procédé n’a tout au
2UTUÉE
plus qu’une importance historique, on ne doit pas l’employer. Il est encore inférieur au procédé de M. Peckolt. Son principal inconvénient est de faire intervenir la température dans la dessication.
La chaleur détruit la propriété digestive de la Papaïne et on ne doit dessécher ce produit que dans le vide ou en pré sence de substances desséchantes.
Nous avons employé les procédés de M. Wurtz et de M. Peckolt pour extraire la Papaine de diverses parties du Papayer. Voici les chiffres que nous avons obtenus:
Procédé Procédé Chiffres obtenus de Wurtz | de Peckolt par M. Peckoll 100 p. de feuilles fraiches | | OUMENtTERPE AP 0,020 0,030 0,039 100 p. de sue de feuilles...! 0,070 0,110 0,119 100 p. de fruits verts...... 0,070 0,110 0,117 100 p. de sucdefruits verts.| 0,130 | 0,230 0,249
A l'inspection de ce tableau, on voit combien la quantité de Papaïne obtenue par le procédé de Wurtz est inférieure à celle obtenue par le procédé de M. Peckolt. Cela tient naturellement à ce que par le procédé de Wurtz on fait disparaître plus complètement les matières albuminoïdes ainsi que les matières minérales qui doivent exister en quantité assez considérable dans la Papaïne extraite par le procédé de M. Peckolt.
On peut également conclure que les Papayers de la Martinique fournisent moins de Papaine que ceux du Brésil, puisque M. Peckolt a opéré au Brésil, etque les chiffres qu'il a obtenus sont supérieurs aux nôtres.
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Ur
RATER 2AVW. — Caractères de la Papaïne.
1° Caractères physiques. — Préparée et purifiée par le procédé de Waurtz, la Papaïne est une poudre amorphe, blanche, non hygroscopique, d’un aspect gras, ressemblant uu peu au carbonate de magnésie. Elle est inodore ; sa saveur est presque nulle, à peine douceâtre et saline.
Quand on la brûle sur une lame de platine, elle dégage une odeur particulière. Elle est complètement soluble dans l’eau et la glycérine ; elle est insoluble dans l’éther, l'alcool, le chloroforme, les huiles grasses et les huiles volatiles.
Caractères chimiques. — La solution aqueuse de ce: corps est incolore et neutre au papier de tournesol
Elle se trouble par l’ébullition.
L'alcool y produit un précipité blanc abondant.
l'acide nitrique et les autres acides minéraux y donnent un précipité blanc qui se dissout dans un excès d’acide. Quand on à employé de l'acide nitrique, la liqueur prend une teinte jaune.
L’acétate de plomb, le tannin et le carbonate de soude y forment d’abondants précipités.
Le bichlorure de mercure, l’iode et le nitrate d’argent y forment également des précipités. Avec l’iode,le précipité est brun-clair.
Le perchlorure de fer donne un précipité jaune.
L’ammoniaque donne assez rapidement un précipité. La potasse et la soude agissent de même, mais plus lentement.
Les acides acétique, lactique, le sulfate et l’acétate de cuivre, le chlorure de sodium, le chlorure ferrique et le ferricyanure de potassium ne la précipitent pas.
Elle exerce une action particulière sur la pâte d’amidon ; elle la rend plus fluide, et, chose remarquable, celle-ci perd,
Rp après un temps plus ou moins long, la propriété de bleuir par l’iode.
La solution aqueuse de Papaïne versée dans du lait le coagule en très peu de temps.
Composition. — La Papaïne se rapproche beaucoup d’après MM. Ad. Wurtz et E. Bouchut, par sa composition chimique des matières albuminoïdes et tout spécialement d’un ferment particulier qui existe dans le suc pancréatique, la {rypsine.
Déduction faite des cendres et des matières indéterminées, la papaïne contient :
Carbone. = ...... LR On 20 SONDE OU Hfdropéne NAME RER 4,65 — Azote.: OAMEMRRECREUREREE . 10,60 — 4 VW. — Action de la Papaïne sur la fibrine animale.
La propriété la plus importance de la Papaïne, est, sans contredit, l’action qu’elle exerce sur la fibrine animale. Quelques expériences faites par nous avec de la Papaïne préparée et purifiée par le procédé de Wurtz, vont montrer tout le parti qu’on peut tirer de cette action remarquable :
4° Nous avons délayé 200 grammes de fibrine humide dans À litre d’eau additionnée, comme l'avait fait Wurtz, de quelques gouttes d'acide cyanhydrique. Nous avons ajouté au mélange 20 centigrammes de Papaïne. Au bout de vingtheures nous avons filtré le tout. Il y avait un résidu insoluble, qui, desséché, pesait 3 grammes 75. Comme on le voit, des 200 grammes de fibrine, il y en avait 296,25 qui s'étaient dissous en vingt heures; mais la solution, véritable solution peptonique, précipitait légèrement par l'acide ni-
trique. L'alcool, ajouté en grande quantité dans cette même solution, donna un précipité abondant de parapeptone. La solution alcoolique évaporée a laissé un résidu brun qui, repris par l’eau, a donné une solution ne précipitant plus par l'acide nitrique.
Sauf le résidu de 5 grammes 75, la fibrine avait complètement disparu ; la papaïne avait donc dissous 1000 fois son poids de fibrine.
Wurtz, dans cette mème expérience, obtint un résidu insoluble plus abondant, il constata de plus la formation d'une petite quantité d’un corps amidé cristallisable, par suite d’une hydratation plus complète de la fibrine.
Dans d’autres expériences, Wurtz arriva même à faire dissoudre à la Papaïne 2000 fois son poids de fibrine humide.
2 20 centigrammes de Papaïne ont été mis en contact de 20 grammes de fibrine humide délayée dans de l’eau à 40 degrés C. et alcalinisée par quelques centigrammes de potasse caustique. La dissolution de la fibrine s’est opérée, mais il est encore resté un petit résidu et la solution peptonique précipitait par l'acide nitrique.
5° 20 centigrammes de Papaïne ajoutés à 20 centigrammes de fibrine humide délayée dans de l’eau, aiguisée d’acide chlorhydrique dans la proportion de À p. d'acide pour 400 d’eau, ont dissous cette fibrine en une dizaine de minutes.
Dans cette expérience comme dans celles qui précèdent, nous avons eu un résidu insoluble et la solution de peptone précipitait par l’acide nitrique.
D'après cette série d'expériences, on doit conclure que la Papaïne peut dissoudre de grandes proportions de fibrine, et, chose remarquable, cette dissolution s’opère aussi bien dans un milieu neutre et alcalin que dans un milieu acide. C’est du reste ce qui distingue la Papaïne de la pepsine animale.
FHUTRE
M. Wurtz afait quelques expériences destinées à expliquer le mode d’action de la Papaïne. En voici le résumé:
Trois centigrammes de Papaïne ayant été dissous dans 50 centim. cubes d’eau, on à fait digérer dans cette solution 10 grammes de fibrine. Au bout de 20 minutes, on a exprimé la liqueur et on à soumis la fibrine à des lavages longtemps prolongés à l’eau froide. Dans la liqueur obtenue par expression de la fibrine, on à fait digérer une nouvelle portion de fibrine, 15 grammes, et au bout d’une demi-heure on à exprimé cette seconde portion de fibrine qui a été lavée comme la première.
L'une et l’autre portion (la première réduite à 7 grammes par un commencement de digestion, la seconde à 14 grammes) ont été digérées à 40 degrés C., avec de l’eau pure; l’une et l’autre se sont dissoutes, la seconde laissant un résidu de4 grammes de dyspeptone humide.
Dans ces deux expériences, les lavages avaient certainement éloigné le ferment dissous et la fibrine lavée n'a pu être dissoute que par l’action d’une portion du ferment fixé sur elle, peut-être combiné avec elle. L’eau pure, qui avait ainsi dissous de la fibrine impressionnée par la Papaïne, a exercé une action digestive manifeste sur de la fibrine fraîche mise en conjact avec elle. Le ferment fixé sur la fibrine à l'état insoluble s’est donc redissous par suite de l’hydratation de celle-ci.
On pourrait objecter que ce ferment est retenu par la fibrine, en raison de la difficulté de faire pénétrer l’eau pure dans l'épaisseur des flocons. Pour répondre à cette objection, on à fait l'expérience suivante :
17 gr. de fibrine ont été divisés aussi finement que possible à l’aide de ciseaux, puis mis en contact pendant 10 minutes à la température ordinaire avec une solution faible de Papaïne, puis exprimés et lavés pendant une demi-
heure sous un fort filet d’eau ; enfin, 10 fois de suite et avec expression avec de l’eau distillée. La dernière eau de lavage mise en contact à 40 degrés avec de la fibrine n’a pas dissous du jour au lendemain la moindre trace de cette subsance.
La fibrine ainsi impressionnée et lavée a été mise en digestion à 40 deg. C. avec 75% d'eau pure. Le lendemain la dissolution était complète, sauf un résidu de 17 cengr. de dyspeptone sèche.
Ilest done établi que la Papaïne commence par se fixer sur la fibrine et que le produit insoluble (peut-être combimaison de fibrine et de Papaïne), donne par l’action de l’eau, les produits solubles de l’hydratation de la fibrine, en même temps que le ferment redevenu libre peut exercer son action sur une nouvelle portion de fibrine.
Cette action se trouverait ainsi ramenée à celle des agents chimiques proprement dits, l'acide sulfurique, par exemple, dont de faibles quantités peuvent exercer une action hydratante, par suite de la formation éphémère de combinaisons qui se font et se défont sans cesse.
L'énergie de l’action digestive de la Papaïne étant connue et lés expériences précédentes ayant démontré que cette action est due à une hydratation exercée par le ferment sur la fibrine et les matières albuminoïdes, on doit pouvoir en conclure que le ferment étant lui-même de nature albuminoïde pourrait, à la longue, opérer de lui-même de façon à s’hydrater. C’est, en effet, ce que l'expérience démontre. En effet, quand on fait digérer de la Papaïne pendant longtemps avec de l’eau à 50 degrés, la composition de ce ferment se modifie de telle sorte que le carbone s’y trouve en moindre quantité.
Cette modification s'opère encore plus rapidement, quand
on fait chauffer pendant longtemps la Papaïne avec de l’eau à 80°.
Enfin, à 100, l’action de l’eau sur la Papaine est encore plus prononcée.
? VEI. — Action de la Papaïne sur les tissus vivants
Nous venons de voir que la Papaïne forme avec la fibrine une combinaison ayant tous les caractères des peptones assimilables. Elle agit exactement de la même façon sur toutes les autres matières albuminoïdes (gluten, lait, etc.) M. Bouchut, en poursuivant ses expériences avec le suc de Papayer ou la Papaïne, non plus sur des matières albuminoïdes mortes, mais sur des tissus vivants, sains ou pathologiques, d’adénomes ou de cancers, il a vu les tissus se digérer et se convertir en peptones, comme les matières albuminoïdes mortes. Ainsi par des injections de À gr. de solution de Papaïne au dixième, dans le cerveau, au moyen de la seringue hypodermique, on obtient une digestion de la substance cérébrale qui a été en contact avec la solution.
Le cerveau attaqué, examiné 24 heures après la mort, est devenu jaunâtre, mou, et sur un point plus restreint, il forme un foyer de ramollissement pulpeux, jaune et d’autres fois rougeâtre. L'animal ne résiste que deux ou trois heures à cette injection : il tombe dans le collapsus, paralysé d’un ou des deux côtés du corps, et il meurt en paraissant beaucoup souffrir.
Si l’on injecte sur le même animal ! gr. de la même solution de Papaïne, dans les muscles d’une région quelconque du corps, à la cuisse, à la fesse ou dans les lombes, on remarque au bout de 24 heures, lors de l’autopsie, une altération très prononcée du tissu musculaire. Dans la partie du