‹ Pape et concile au XIXe siècle [microform]Chapitre 10 sur 46 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

SOPHISTES ET SOPHTSMES

I. Efforts pour démontrer que le joug romain n'est pas un joug.

— Rome les dément. — On poursuit. — Formules libérales.

— Contradiclions effrontées.

II. L'Inquisition niée, ou peu s'en faut. — Ce qu'on ne peut nier, on l'impute à la politique. — Lamennais , Lacordaire, Ventura, Cœur, Nicolas, de Fallouv.

III. Après les négations, les paradoxes. — L'Église fondant, à Trente, l'indépendance de la parole (M. de Falloux). — Tous les progrès en train avant le seizième siècle, et arrêtés par la Réformation (Lamennais).— Tous les progrès accomplis malgré la Réformation (Balmès). — Dans les guerres du seizième siècle, c'étaient les catholiques qui luttaient pour la liberté de conscience (M. Nicolas).

IV. La Réforme accusée, auprès des rois, de ruiner toute autorité, et, auprès des peuples, de favoriser le despotisme. —

— L'âge d'or en France (Lamennais). — L'âge d'or partout (M. De Maistre.) — L'homme, sous le droit divin, toujours libre. — L'âge d'or en Espagne (Donoso Cortès). — Saint Thomas, fondateur de l'âge d'or en Europe (Balmès). — Le soleil se remet à tourner autour de la terre.

V. Comment le catholicisme forme ses défenseurs. ~ Procédés imposés par sa situation devant la Bible. -^ La Bible dans les séminaires. — Dialectique ad hoc.

VI. Sa situation devant l'histoire. — Procédés et habiletés de divers genres. — La casuistique historique. — Un professeur à la Sorbonne.

Voilà donc l'évolution consommée ; et la conséquence, semble-t-il, serait qu'on ne trouvât plus,

AU DIX-NECVIÈME SIÈCLE

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chez ceux qui l'ont acceptée, célébrée, aucune trace de cette protestation que nous avons jusqu'ici partout constatée.

Il n'en est rien. L\ protestation subsiste.

Elle subsiste, d'abord, dans les efforts mêmes qui ont été faits, de nos jours, pour démontrer que le joug romain n'est point un joug, et que le catholique, en obéissant, reste libre. Plus le joug s'appesantissait, plus il y a eu de gens soutenant cette étrange idée.

Ces efforts, ce n'est point à Rome qu'on les a faits ni approuvés ; et, si la papauté ne les a pas condamnés ouvertement, elle ne s'est pas gênée pour jeter en travers tout ce qui pouvait le mieux lesmettreencompletdésarroi.L'Encycliquedel832,

rEncyclique de 1864, et, dans Fintervalle, cette foule d'encycliques, de brefs, d'allocutions, que le Syllabus résume, voilà de terribles démentis.

On a persisté. Toutes les arguties des vieux gallicans, des vieux jansénistes, enterrées par M. De Maistre, ont reparu sous d'autres formes. Ce que TÉglise, par la bouche du pape, déclarait solennellement ne pas être et ne pas vouloir être, on a solennellement déclaré qu'elle l'élait. Dans des livres, dans des journaux, dans la chaire, on a employé, en parlant d'elle ou en la faisant parler, toutes les

formes du libéralisme moderne. Renonçant désormais à la changer, on a pris le parti de la supposer changée, ou, mieux encore, de supposer qu'elle n'avait nul besoin de changer pour approuver, pour satisfaire toutes les aspirations libérales.

Protestation donc, encore une fois, protestation constante contre ce qu'elle est réellement, contre ce qu'elle déclare vouloir être. Maintes fois, sans doute, ceux qui tenaient ce langage ne nous ont que trop autorisés à y voir une tactique, un mensonge; mais d'autres étaient sincères, et, croyant ce qu'ils désiraient, effaçant ce qu'ils déploraient, ils se sont fait à eux-mêmes une Église qui n'a qu'un défaut, hélas! celui de ne pas exister. Peindre ainsi le catholicisme, n'était-ce pas, en réalité, le renier?

Mais, si ces derniers nous intéressent,— chez les premiers, quelle audace! Audace dans les idées, audace dans les fait?, audace quant au présent, audace quant au passé ! Pour qu'une Éghse qui se dit immuable put cire représentée comme respectant aujourd'hui les droits de la conscience, il falait la montrer, dans le passé, les respectant. Cette tache impossible, il s'est trouvé des historiens pour l'entreprendre, et, tout ce que les auteurs catholiques d'autres siècles, soit approuvant, soit blà-

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manl, avaient unanimement raconté, nous l'avons' entendu nier. Et que parlons-nous ici de ce qu'on 'avait dit en d'autres siècles? Aujourd'hui même, à côté de négations effrontées, vous entendrez des aveux positivement contraires, et, souvent, non moins effrontés. Dans ce même journal que vous aurez vu s'indigner qu'on puisse attribuer à rÉglise aucune rigueur, — hier, peut-être, vous avez lu ou demain vous lirez une audacieuse apologie de tout ce qui lui a été reproché de plus cruel. Deux auteurs également chers à Rome, également sûrs de n'en être pas désavoués, soutiendront, dans deux livres, les deux thèses, et tous les faits cités par l'un comme légitimes, nécessaires, l'autre les niera avec horreur. Deux auteurs ! C'est trop. Un seul saura bien nous dire le oui et le non. Voyez Balmès, dans son Proteslanlisme comparé au Catholicisme. Espagnol, il parlera de l'Inquisition comme d'une des gloires de l'Espagne ; — et, à quelques pages de là : « D'après l'enseignement de notre foi, tout homme est sacré aux yeux d'un autre homme... L'auguste fondateur de notre foi menace d'un supplice éternel, non-seulement celui qui tue l'homme, mais, chose admirable, celui qui osera l'offenser d'une seule parole... Notre cœur s'indigne lorsque nous entendons reprocher y la

religion de Jésus-Christ une tendance à opprimer. » Et la religion de Jésus-Christ, pour lui, c'est ce même catholicisme qu'il félicitera d'avoir été inexorable envers ses ennemis. L'apologie a beau être odieuse; elle l'est moins que la négation, car elle est au moins franche.

On a donc nié, de nos jours, les rigueurs de l'Inquisition ; on a presque nié l'Inquisition même, car c'était la nier que de la représenter comme établie par les princes, comme affaire de politique, non d'Église. On a développé sérieusement, parlant de là, cette plaisanterie abominable, comme quoi les inquisiteurs ne condamnaient ni à mort, ni à aucune peine corporelle, mais simplement livraient le coupable au bras séculier. L'extermination des Albigeois, politique ; la Saint- Barthélémy, politique, et, de plus, miséralie affaire dont on a fait beaucoup trop de bruit, « quelqueir centaines de coquins tués à propos, » comme a dit i\I. de Balzac. Les Albigeois, — nous nous trompions, paraitHl, en croyant comme tout le monde

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