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qu'un pape avait prêché une croisade contre eux ; la SainuBarthélemy, — nous nous trompions, a ce qu'il parait encore, en croyant comme tout le monde que Pie V Tavait conseillée, préparée, par des lettres que nous avons. La révocation de l'Edit de Nantes, sollicitée, approuvée, chantée, divinisée par répiscopat français, Bossuet en tête, — politique encore, et rien de plus. Si Ton veut bien, parfois, discuter un peu, ce sera pour dire que les protestants ont fait bien pis, ^ et voilà la fumée du bûcher de Servet qu'on vous jette aux yeux pour cacher celle des cent mille bûchers que Rome éleva dans ce môme siècle. Après les grands faits, les petits, niés aussi; après les faits déjà plus ou moins anciens, les nouveaux, niés encore. Oui, ce que nous avons vu de nos yeux en Italie, en Espagne, jusqu à la chute des princes catholiques, ce que ïe clergé sollicitait, ce que le pape encourageait, bénissait, — on veut que nous en fassions l'affaire des princes seuls, et que la politique seule en soit coupable. Ainsi vont, ainsi mentent à travers l'histoire, même d'hier, ces hardis soldats de la papauté.
Entre eux, malheureusement, et des hommes plus respectables, la distance est parfois déplorablement petite.
Voyez rdbbé Frayssinous dans sa Religion vengée du reproche de fanatisme, WdemixndQ qu'on lui cite ' « un symbole, un décret, une institution, ouvrage de l'Église universelle, qui commande ou autorise le zèle plein de violence j> dont on a cru pouvoir accuser l'Église. Ainsi, évêques et papes auront été unanimes, durant des siècles, à ordonner ou à demander Técrasement de quiconque abandonnerait l'unité ; évéques et papes auront fait des efforts surhumains pour établir l'Inquisition dans les pays qui la repoussaient, en France, par exemple; — et, parce que l'Inquisition, parce que les persécutions en général n'ont pas régulièrement émané de ce que M. Frayssinous appelle l*Église universelle^ parce qu'il n'y a pas eu vote formel, en concile, évéques et pape réunis, — ni l'Inquisition ni rien de semblable n'est l'œuvre de l'Église, l'œuvre des papes, et nos accusations n'ont pas ombre de fondement.
Voyez M. Ozanam dans sa Civiiisalion chrétienne. « Saint Martin, dit-il, protesta contre le supplice de l'hérétique Priscillien et de ses complices. Leur erreur était condamnable ; mais, quand les coupables, traduits au tribunal de Maxime, eurent subi la peine capitale, lÉylise apprit avec horreur une nouveauté si contraire à la douceur
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de ses doctrines^ el saint Martin refusa de communiquer avec ceux qui avaient mis le dogme som ta protection des bomreaux. t Conclusion : Jamais celle nouveauté n'a été acceptée par TÉglise; jamais l'Église n'a mis le dogme sous la protection des bourreaux. Ce sont les bourreaux qui se sont mis, malgré elle, à proléger le dogme.
Voyez Lamennais : dans l'Essai^ c L'Église est souverainement intolérante pour les erreurs; mais elle ne prononce contre les personnes que des peines spirituelles. »
Voyez Lacordaire, dans son mémoire sur les Frères prêcheurs. L'Inquisition est appelée « un tribunal flexible^ qui ne renvoya jamais au bras séculier que l'immense minorité des accusés, et sauva des milliers d'hommes qui, sans elle, eussent péri par les tribunaux ordinaires ».
^Voyez le père Ventura, dans une de ses Conférences. « Il n'y a que l'enseignement catholique qui se soit propagé par la puissance de la parole sainte. L'Église n'a pas subjugué les peuples parla crainte; elle n'a fait que les attirer par Famour. »
Voyez l'abbé Cœur, dans ton Esprit du cluislianisme : « L*Église, pour changci' les cœuis, na jamais fait appel à la force. Uien n'est plus cun-
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traire à son esprit; rien n'est plus loin de ses usages à toutes les époques. »
Voyez M. Nicolas, dans son chapitre sur l'Église. « Entièrement dégagée, dit-il, des circonstances et des intérêts de temps et de lieux, pour elle il n'y a qu'un royaume, ej^ il n'est pas de ce monde. Elle ne frappe pas; elle prêche. Dans le combat qu'elle livre, nul sang répandu que le sien, nulle arme que la parole et l'exemple. » Milliers de martyrs qui vous éliez crus ses victimes, dé( rompez-vous : elle prêche, mais elle ne frappe pas. Flots de sang, échafauds, massacres, disparaissez de son histoire; vous n'avez jamais existé que dans notre imagination, et, si quelque sang a coulé, c'était le sien. N'avons-nous pas encore M. de Falloux qui nous dira, dans son Pie F, ce. que fut véritablement le prétendu massacre de Vassy, simple rencontre entre les gens du duc de Guise et l'avant-garde du prince de Condé? Quant â vous, rois dont elle lin'sait ses ministres et que la dernière Encyclique invite encore à l'être, pays où tout était sous ses pieds, provinces d'Italie que les papes avaient successivement ajoutées, par la force ou la ruse, au domaine pontifical, — vous l'entendez : il n'y a pour elle qu'un royaume, et ce royaume n'est pas de en monde, et tout ce qui en serait, tout ce
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qui mettrait la force au service de la vérité, elle le dédaigne et le repousse, elle Fa toujours dédaigné, toujours repoussé.
Arrêtons-nous. Nous remplirions vingt pages de ces citations désolantes, et, cela, nous le répétons, sans descendre jusqu'à cette littérature catholique inférieure qui asecoué toute pudeur. Mais, avec des hommes comme ceux que nous venons de citer, l'excès même du faux nous est une consolation. C'est leur cœur qui proteste, même au prix d'un mensonge, contre le passé de leur Église, contre ce que serait leur Église, aujourd'hui encore, si les vœux de son chef devenaient des réalités.
Mais que d'autres points sur lesquels on a condamné l'histoire à rétracter ce qu'elle avait dit longtemps, même par des bouches catholiques !
Tout ce qui pouvait gêner, on Ta nié. Mais, nier, ce n'est pas assez; l'Église aurait encore l'air de so défendre, et il faut qu'elle ait l'air de ne pas même en avoir besoin.
Vous l'accusiez, par exemple, d'avoir, dés le commencement des temps modernes, tout fait pour retenir les intelligences sous son joug ; M. de Falloux vous dira que c'est elle, au contraire, «c qui a fondé pour le monde moderne l'indépendance de la parole». Où? Quand? Vous ne l'imagineriez ja-' mais. L'auteur, en cet endroit, parle du concile c!c Trente, oii les discussions, selon lui, furent pleinement libres, — et voilà le monde moderne doté de e l'indépendance de la parole ». Ne lui dites pas que, dans ce concile, tous les évêques un peu indépendants se plaignaient, au contraire, de mille entraves; ne lui dites pas que des évêques, d'ailleurs, représentaient nécessairement bien mal ce qu'on peut appeler l'indépendance, liés qu'ils étaient par tant de décisions antérieures, par leur serment au pape, par la nécessité d'être unis contre la Réforme; ne lui. dites pas que l'Église, au moment même où elle délibérait à Trente, n'en continuait pas moins, partout où elle régnait encore, à comprimer parles cachots et le feu toute indépendance de parole et même de pensée; ne lui dites pas, enfin, que le concile de Trente avait précisément pour but, en formulant la doctrine catholique, de couper court à toute discussion et à toute indépendance ultérieures. Non. La phrase est trouvée : « C'est l'Église
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qui a fondé pour le monde moderne Tindépendance de la parole. »
Si c'est rÉglîse, il est clair que ce ne sont pas les adversaires de rÉglise;et nous voilà devant toute une autre série d'affirmations sur les adversaires de TÉglise, seuls coupables de tout ce dont elle a été accusée.
Lamennais vous dira {Essaie chap. 1) : c Malgré des désordres partiels et de légères déviations, TEurope s'avançait vers la perfection où le christianisme appelle les peuples comme les individus, lorsque la Réforme vint subitement arrêter ses progrès. » Mensonge donc (oui ce que nous avions lu sur les désordres graves, les déviations profondes, la décadence universelle dont gémissaient, au commencement du seizième siècle, tout ce qu'il y avait de gens pieux; mensonge tout ce qui fut dit làdessus, à l'ouverture du concile de Trente, fav les légats du pape.
Balmès vous dira que ce n'étaient pas seulement les progrès religieux, mais tous ceux de la civilisation moderne, qui étaient en pleine marche, sous l'impulsion de l'Église, au commencement du seizième siècle. <r La grandeur, la splendeur survenues depuis », non-seulement t ne sont nullement dues à la Réformation », mais c ont été obtenues en dépit
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d*elle. » — . Mensonge donc toutce qu'on nous disait, tout ce qu'avouaient avec douleur tant d'écrivains catholiques, sur « la grandeur et la splendeur » temporelles des nations protestantes. Rome, les États du pape, l'Espagne, le Mexique, voilà où ont mûri, bien à l'abri de ce vent desséchant du seizième siècle, tous les fruits de la civilisation moderne. Vous aviez cru que les nations protestantes, l'Angleterre en tète, pouvaient au moins réclamer un de ces fruits, l'abolition de l'esclavage. Erreur! € L'abolition de l'esclavage, vous dira le même auteur, esl exclusivement due au catholicisme; le protestantisme ny a point eu départ. »
M. Nicolas vous dira que ce ne sont point les protestants qui, dans les guerres du seizième et du dix -septième siècle, combattirent pour l'indépendance religieuse. La Réforme, c'était l'oppression des consciences. Mais « les populations catholiques ne se laissèrent pas partout imposer /e;oM(/ de Vintolérance ; et la résistance qu'elles opposèrent, la lutte qu'elles ^ouimvmi pour conserver la liberté de leur foi, futia cause des guerres de religion, notamment delà célèbre guerre de Trente ans, en Allemagne, qui a été la guerre delà liberté de conscience contre la spoliation de tous les biens et de tous les droits ». — J'allais répéter : « Mensonge donc, »
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Mais l'exemple choisi dispense de toute réflexion ; Gustave-Adolphe transformé en champion de l'intolérance, c'est le chef-d'œuvre de ce nouveau genre d'histoire. Il va sans dire que ni M. Nicolas, ni Balmés, ni Lamennais, ni aucun des auteurs de cette école, ni aucun des évèques qui, dans leurs mandements, exploitent ce nouveau genre, ne renoncera, pour cela, à représenter la Réforme comme dangereuse surtout par l'indépendance qu'elle inspire, par la liberté sans limites qu'elle accorde, selon eux, à l'intelligence humaine. Puis, après vous avoir bien peint le protestantisme comme essentiellement remuant , entreprenant, on reviendra de nouveau en arrière, et M. de Falloux, par exemple, vous dira que c'est le protestantisme qui est aujourd'hui € réduit à l'immobiUté à laquelle il crut un instant avoir condamné l'Église ».
Même contradiction entre les deux points de vue auxquels on se placera, selon les besoins du moment, pour qualifier les résultais politiques de ce même grand mouvement du seizième siècle.
Aussi longtemps que le catholicisme a pu avouer ouvertement ses sympathies pour l'absolutisme monarchique, le grand crime de la Réforme a été d^inspirer aux peuples des sentiments incompatibles avec ce régime-là, seul bon, seul voulu de Dieu. C'est l'idée que Bossuet développe avec tant d'éloquence dans l'oraison funèbre de la reine d'Angleterre ; c'est l'idée que tout le clergé français ex- ])loitait, à cette époque, contre les protestants de France, et il y a tout lieu de croire qu'elle entra pour beaucoup dans les cruelles déterminations du roi. Même reproche, sous Louis XV, toutes les fois que le gouvernement se relâchait quelque peu de ses rigueurs. Même reproche sous Louis XVI, jusqu'à la veille de la Révolution, quand le clergé supplia le roi de ne pas accorder l'état civil aux protestants. Seulement, comme il n'était plus question de monarchie absolue, on avait soin de les représenter moins comme des sujets insoumis que comme des citoyens dangereux, mais toujours pour la même cause, — l'esprit d'indépendance que leur inspirait leur religion. Sous l'Empire, comme il ne pouvait être question d'indépendance pour personne, le reproche sommeilla. Sous la Restauration, il reparut comm.e aux plus beaux jours monarchiques, et ce fut un des thèmes favoris de
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ces nombreux missionnaires qui allaient réchauffant partout le zèle monarchique et catholique. ^ Déjà cependant avait commencé à se dessiner l'autre courant, celui, nous ne dirons pas des tendances, mais des formules libérales, et, comme il faut que le catholicisme ait toujours le monopole de ce qu'il lui plaît, pour le moment, déconsidérer comme bon, ~ protestantisme et despotisme devcnaient insensiblement synonymes. Lamennais, dans la même page où il représente la Réforme comme ayant arrêté tous les progrés, la représente t aboutissant inévitablement à la servitude politique ». Ailleurs (Essai, chap. x), il vante l'ancien régime,* mais comme libéral, et, cela, grâce au catholicisme! € II existait une milon gouvernée par une race antique de rois, d'après une constitution la plu^ parfaite qui fut jamais, et selon des lois qu'on aurait pu croire, à plus juste titre que celles des anciens romains , descendues du ciel, tant elles étaient sages, pures, bienfaisantes, et favorables à l'humanité. . Voilà la thèse que nous avons fré- , quemment vu reprendre, ces dernières année, par les auteurs et les journaux catholiques. Plus les écrivains sérieux signaleront, dans l'ancienne France, de lois oppressives, barbares, que Tesprit public adoucissait, mais que le trône et l'autel
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mainieriaient, — plus on fera de Fancienne France un paradis, et, de ses rois, Fils aînés de l'Église, les bienfaiteurs de l'humanité. M. De Maistre étendra cet éloge à tous les souverains catholiques sans exception, ceux, bien entendu, de jadis, alors que le droit divin les faisait maîtres absolus de leurs peuples. Mais c'est de là, précisément, qu'il part pour les louer. Ils auraient pu être des tyrans; ils étaient les pères de leurs peuples. Tous? Tous; avec M. De Maistre, jamais d'exception ni de degrés. « C'était un magnifique spectacle, dit-il dans ses Soirées, que de voir tous les souverains d'Europe ne demander jamais à leurs peuples, mémo dans le moment d'un grand péril, tout ce qu'il était possible d'en obtenir. Ils se servaient doucement de riiomme. » Ils auraient pu, d'ailleurs, s'en servir beaucoup moins doucement, que la liberté fût restée intacte, car, disait Lamennais en 1823, t avecla doctrine du droit divin, l'homme est libre, parce qu'il n'obéit réellement qu'à Dieu j>. Ainsi, sous le plus dur des monarques, pourvu qu'il soit catholique, si je ne me sens pas libre, c'est ma faute ; je n'ai qu'à me persuader qu'il règne do droit divin, et me voilà, dés lors, ii'obêis- SLiiit plus qu'à Dieu.
C'est ce «juc vous répétera M. Doiipso Cuilè^,
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dans son Catholicismey Libéralisme et Socialisme. Le dogme du droit divin, dit-il, est un dogme catholique, et, par cela seul, ne peut qu'être heureux pour l'humanité, favorable à la liberté. « Le Dieu catholique, créateur et conservateur de toutes choses, gouverna les liommes par ses vicaires (les rois)... L'idée de l'autorité est d'origine catholique. Les anciens gouverneurs des nations posèrent leur souveraineté sur des fondements humains; ils gouvernèrent pour eux et par la force. Les gouverneurs catholiques, s'oubliant eux-mêmes, ne furent que les ministres de Dieu et les serviteurs des pauvres. » Les pauvres ne s'en doutaient guère; beaucoup d'écrivains catholiques ne s'en étaient pas doutés davantage , jusqu'au moment où la mode est venue de célébrer cet âge d'or, pour l'opposer à cet âge de fer inauguré il y a trois siècles. Cet âge d'or, du reste, se retrouve, selon l'auteur, partout où rois et peuples le demandent à qui peut seul le donner, c'est-à-dire à rautorité catholique. € Deux choses sont de tout point impossibles, nous ditf-il, dans une société véritablement catholique : le despotisme et les révolutions, » — Un auteur espagnol qui parle ainsi est certainement doué d'un sang-froid admirable.
Un autre Espagnol, Balmés, non moins en re-
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nom dans la nouvelle école catholique, vous dira le moment précis où cet âge d'or a commencé.
Il ne s'agit, selon lui, que de voir où nous trouverons la meilleure définition de la loi civile et politique. Sera-ce chez des rois? Non; et il a soin de ne citer que des rois parlant de leur bon plaisir comme d'une loi suprême. Sera-ce chez les philosophes? Non; et il cite Rousseau accordant à la multitude plus de pouvoir encore que ne s'en attribuaient tous ces rois. Alors, voici venir saint Tliomas : « La loi est un règlement dicté par la raison, ayant pour but le bien commun, et promulgué par celui qui aie soin de la communauté. » Voilà qui est sage, assurément; tellement sage, que personne n'a jamais dit le contraire. Le souverain le plus absolu entend bien être l'organe de la raison, commander pour le bien commun, et, puisqu'il est le souverain, c'est bien lui qui a « le soin de la communauté ». Nimporte! selon Balmès, voilà le point de départ de la liberté moderne. A partir du treizième siècle, dit-il, « la loi fut entendue dans le sens de saint Thomas et de toutes les écoles catholiques, el la tyrannie fut bannie de f Europe ». Donc, tout ce que l'histoire vous monirera, dans les siècles suivants, de tyrannie et d'oppresseurs, — illusion. Ceux qui ont ci^u corn-
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battre, ceux tjui ont cru iiidurir pour la liberté religieuse ou politique, — tant pis pour eux s'ils n'ont pas su voir que saint Thomas avait depuis longtemps effacé la tyrannie du nombre des choses possibles.
Nous pourrions multiplier ces exemples. Aucune école, croyons-nous, à aucune époque, n'avait encore aussi hardiment appliqué le sophisme à l'histoire. Avec des procédés semblables, on démolirait, dans la science, tout ce qu'elle a le plus clairement établi; on ferait tourner le soleil, 'on remettrait la terre, immobile, au centre du monde. Encore pourrait-on, dans ce dernier cas, arguer au moins des apparences, tandis que, dans ces luttes contre le bon sens et Fhistoire, on se joue également de ce qui parait et de ce qui est. Si quelque sincérité, ce que nous admettons, est possible encore dans tout cela, évidemment elle ne peut l'être que chez des gens réunissant, malheureusement pour eux, certaines conditions intellectuelles et morales, tristes produits de l'éducation, de riiabitude, et, pour tout dire, du catliolicisme iui-méme, façonnant ceux qui se consacreront à sa défense.
Comment donc le catholicisme a-t-il façonné ses défenseurs? Comment s'est formée, chez eux, particulièrement dans le clergé, cette logique qui n'est plus la logique, cette raison qui se trouve à l'aise en luttant contre la raison et en se jouant de l'évidence?
Les nécessités du temps présent expliquent, nous l'avons vu, beaucoup de choses; qui se sent emporté ne saurait être scrupuleux quant aux moyens de se retenir.
Mais la cause première est plus profonde; elle est dans la situation même de l'Édise à l'éi^ard de la Bible et de l'histoire. C'est là, dans cette situation fausse, dans cette tension sans relâche, que se fait l'éducation intellectuelle et morale des soldats de la papauté.
Situation fausse, d'abord, à l'égard de l'Écriture sainte.
Voilà un gouvernement qui n'est plus conforme à peu près en rien à la lettre ni à l'esprit de sa charte fondamentale, — et qui ne peut pas l'abolir,
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pas la changer; voilà un corps eiiscigiiaiu qui enseigne, sur une foule de points, ou plus, ou moins, ou autre chose que le livre dont il est obligé d'aflirmer la divinité. De là, pour ce gouvernement, l'obligation de se déclarer fondé, fondé en tout, sur cette charte qu'il viole à peu prés en tout; de là, pour ce corps enseignant, l'obligation de se déclarer d'accord, d'accord en tout, avec ce livre «|u'il contredit presque en tout; de là, par consé- (juent, pour quiconque aura à défendre ou ce gouvernement ou ces docteurs, un rôle étrange, intenable, et que cependant il faut tenir sous peine de tout abandonner. La position du paganisme antique était fort mauvaise, sans doute, mais elle était moins fausse; on pouvait lui dire que ses dogmes ne reposaient sur rien, mais on ne pouvait pas les lui montrer en contradiction avec un livre qu'il reconnût lui-même comme la source de la vérité religieuse. L*étudc do la Bible, dans les séminaire? catholiques, c'est l'étude des moyens d'échapper à la Bible, des procédés à employer pour que tel endroit ait Tair de signilier ceci, tel autre de ne pas signilier cela, tel autre, qui dit beaucoup, de dire peu, tel autre, qui dit peu, de dire beaucoup. Même embarras, mêmes procédés dans l'étude des Pères; rÉgliselesproclamant infaillibles comme interprètes
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de l'Écriture sainte, il faut, de toute nécessité, qu'ils aient dit, tous dit, ce que dit l'Église. Même embarras jusque dans l'interprétation de ses liturgies, du canon de la messe, par exemple, qui, plus ancien que la transsubstantiation, ne la mentionne pas, ne l'indique que si l'on est résolu à l'y trouver. Avec les procédés de la logique ordinaire, d'une dialectique droite et saine, on serait vite hors de ce dédale, mais vite aussi hors de l'Église. Une autre dialectique est donc venue, et c'est celle que le pape (Syllabus, art. 1 3) défend de considérer comme ayant fait son temps. lia raison; elle seule peut maintenir debout ce qu'elle seule a pu élever; elle seule peut former des esprits auxquels il ne répugne pas de l'employer. C'est comme une gymnastique qui serait destinée, non à donner au corps plus de souplesse et de vigueur dans ses allures naturelles, mais à lui enseigner d'autres allures, une autre souplesse, une autre force. Voilà l'éducation que le catholicisme donne aux siens quant à l'interprétation des Écritures, et, nous venons de le voir, il ne pourrait leur en donner une antre sans les armer contre lui-même.
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Situation fausse, ai-je dit encore, à l'égard de riustoire; et il il y aurait, Jà-dessus, à répéter presque mot à mot tout re que je viens de dire.
Voilà un gouvernement, dirais-je^ qui a changé du tout au tout avec le cours des siècles, et qui est obligé de se donner comme ayant toujours été le même; voilà un corps enseignant qui enseigne, sur une foule de points, ou plus, ou moins, ou tout autre chose que jadis, et qui doit, sous peine do n'être plus rien, le nier. Que sera donc et que peut être, pour lui, l'étude de l'histoire, sinon celle des moyens d'échapper à l'histoire? Ne faut-il pas que les faits apprennent à parler ou à se taire, à dire beaucoup ou à dire peu, selon ce qui conviendra? A l'œuvre donc la dialectique étrange qui a déjà servi ou à se débarrasser de FÉcriture, ou à la faire parler comme on voulait! On vous enseignera l'art d'obscurcir, au moyen d'une tradition apocryphe, les témoignages les plus clairs, sort aflirmaiifs, soit négatifs, et à soutenir, par exemple l'épiscopat (le saint PiiTre à Monio, malgré leconi-.
plet silence de saint Luc dans les Actes, do saint Paul, de saint Pierre, en leurs Épîtres. On vous enseignera à donner aux faits et aux mots, dans l'histoire des premiers temps de l'Église, le sens qu'ils ont pris longtemps plus tard, et c'est ainsi, par exemple, que les premiers évêques de Rome se trouveront avoir été des papes, que leurs plus simples lettres deviendront des brefs et des bulles, que saint Paul, en allant à Jérusalem voir Pierre, faire une visite à Pierre, se trouvera avoir montré le chemin à tous ceux qui iront à Rome se prosterner devant le pape. On vous enseignera à transformer, dans le même esprit, les siècles postérieurs, imposant aux hommes, aux choses, aux idées, à tout, enfin, la marche et la couleur voulues. On vous enseignera, en un mot, à voir partout, dans l'histoire, ce que Rome a besoin qu'on voie, et à n'y voir nulle part ce qu'elle a besoin qu'on ne voie pas. Ce ne sont pas les obscurités qu'elle redoute, car elle ne peut que mieux y loger ce qui lui convient ; elle sait ce que les parties les plus claires rerfferment de périls pour elle, et elle a soin qu'avant d'y pénétrer, vous ayez bien préparé vos yeux, par un long exercice, à s'ouvrir ou à se fermer» d'eux-mômes selon les faits qui se présenteronl. Voili i'éduealion que l'Église donne à ses
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adeples quant h l'étude et à remploi de Thistoire; et, quand nous disons qu'elle la leur donne, nous ne parlons pas seulement, répétons-le, de ce qu'elle fait dans ses écoles, mais de ce que sa situation même impose à quiconque lui appartient, à quiconque veut la défendre.
Et comment ne pas indiquer, enfin, quelque pénible que ce sujet puisse être, Tinfluence évidente que la casuistique exerce sur tout cela?
La casuistique, dans son ensemble, c'est la fin justifiant les moyens; la casuistique, dans ses détails, c'est l'art de passer insensiblement du vrai au faux, et de trouver partout quelque abri, petit ou grand, contre sa propre conscience.
Un jour, à Paris, j'assistais à une leçon à la Sorbonne. Le professeur, aujourd'hui archevêque, parlait du seizième siècle; il racontait sur les réformateurs d'odieuses calomnies.
J'allai le voir, et je trouvai un homme appliquant ouvertement à l'histoire \epr0babilis7ne des jésuites. Il m'avoua ne pas croire à plusieurs des choses qu'il avait dites; mais, ajoutait-il, des auteurs graves les ayant rapportées, elles étaient par là devenues probables (dans le sens latin de probabilis^ prouvable), — et il avait le droit de les dire.
A la Sorbonneî en plein soleil! Ju^rez des séminaires.