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l»AI»K ET CONriLK
néeessaircmenl toujours dans le vrai, la liberté, pour lui, ne consiste pas à choisir; or, ce que la liberté n'est pas pour Dieu, elle ne saurait l'être |)our l'homme, créé à l'image de Dieu ; donc, pour nous comme pour lui, la liberté consiste à être toujours dans le vrai, et, comme nous ne saurions prétendre à y être toujours par nous-mêmes, elle consistera dans une soumission constante à l'autorilé qui nous y maintient. — C'est ce qui a été I)eaucoup dit dernièrement, en Espagne, dans les débats sur la liberté religieuse.
Il me semble voir là-dessus, nos questionneurs se ranger en trois bandes.
Les uns, éblouis, courberont la têle.
Les autres, éblouis aussi, mais se défiant pourtant, se trouveront au môme point qu'auparavant. € Voilà de bien belles choses; cependant.,, oui ou non .. suis-jc libre?... etc. »
Les autres, enfin, démêleront le sophisme, les deux sophismes, car il y en a deux.
Sophisme, d'abord, à conclure ainsi de Dieu à l'homme, en une affaire où précisément on vient de dire que Dieu et l'homme ne se ressemblent point. € Dieu qui n'a pas à choisir, ne choisit pas ; loi, qui as à choisir, tu ne rhoisirns |)ns non pins. » Voilà le raisonnement.
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Sophisme, ensuite, à poser comme. incontestal)le C(M|ui précisément est en question, savoir que la vérité catholique est la vérilr. « lu ne peux pas prétendre à être toujours, par toi-même, dans le vrai ; soumets-toi, et tu y seras toujours. » Oui... ,s* vous y êtes ; et, quand je désirerais de tout mon cœur que vous y soyez, encore faut-il que je m'en assure, et que, pour cela, j'examine.
Examinez! examinez!... mo erie-t-on. — Et ceci me met en présence d'une autre série d'efforts pour amener les gens à se croire libres, bien que soumis, pleinement soumis.
Un jour — c'était en 1855, dans la chapelle des Tuileries — j'entendis M. de Ravignan. J'ai oublié le texte, mais je n'ai pas oublié le sermon.
La première partie était une invitation à ne pas condamner le christianisme sans l'entendre. L'orateur n'était là ni catholique ni protestant; c'était un chrétien déplorant la légèreté du siècle, l'indifférence en matière de religion. Le résumé de cette première partie, c'était : Examinez.
La seconde partie avait l'air de continuer la première, et, en réalité, la renversait. Le verbe exaîniner recevait son complément, comme on dit en grammaire, et le complément tuait le verbe. € Examinez... Quoi? Les fondements de l'autorité de l'Église,
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PAPF ET CONCILE
et, cela fait, soumettez-vous. » Ce dernier mot n*y était pourtant pas; il y avait là des oreilles pour lesquelles UB tel mot est moins fait encore que pour d'autres. C'était au nom de la paix intime, paix de l'esprit, paix du cœur, que l'orateur disait, en résumé : c Accepter les enseignements de l'Église, c'est le meilleur moyen, au milieu des débals du siècle, de n'avoir plus à s'inquiéter de rien. »
Ceci, c'est vrai. Il est sur que, si vous pouvez arrivera une foi parfaite aux enseignements de Rome, et que, dans toute question, pour être en paix, il vous suffise de savoir ce que Rome en pense, — le Syllabus et ses quatre-vingts articles sont le meilleur code de bonheur qui ait été donné au genre humain.
Et cependant, le Syllabus fùt-il la vérité même, resterait encore à savoir si cette paix ignorante, inerte, est celle que Dieu veut pour nous. Il ne l'a, en tout cas, évidemment pas voulue en nous donnant son Syllabus à lui, le livre que nous appelons sa parole, plein d'exhortations à chercher, à trouver, à conquérir la vérité, et partout s'offraiit comme le cha-np où cette noble conquête sera faite.
Le sermon revenait donc à ceci : « Usez de votre liberté, mais pour arriver à vous convaincre due
AL' BlX-ÎSELVllwMi: SlÊCLi:
vous devez ensuite y renoncer. i> Et, dans la question générale, voici ce que cette idée devient : € Quiconque s'est librement convaincu de l'autorité de l'Église, vous ne pouvez pas dire qu'il ne soit pas libre, après cela, en lui obéissant. »
Quand ce serait philosophiquement vrai, ce serait encore, en fait, deux fois faux.
D'abord, l'Église n'admet pas que l'on se convainque librement de son autorité. Ce serait reconnaître qu'on peut ne pas s'en convaincre, trouvant les bases faibles, et, par conséquent, ne pas s'y soumettre: ce serait renoncer à l'imposer, renoncer au principe même. Jamais rÉglise,jamais les papes n'ont dit ce que disait notre i)rédicateur dans cette première moitié de son sermon; jamais, là où régnait l'Église, nul n'a pu étudier librement, c'està-dire avec possibilité de rejet, les bases de son droit suprême. Le Syllabus (art. 15) défend de penser ({ue « chaque homme est libre d'embrasser la religion qu'il aura réputée vraie par les lumières de sa raison », c'est-à-dire par l'examen.
L'Église, en second lieu, ne reconnait pas davantage qu'on puisse, une fois soumis, secouer le joug. Ainsi, la liberté eut-elle existé en effet dans l'examen préliminaire, elle est bien, à partir de là, confisquée, puisqu'il est interdit de la reprendre, in-
VWi: ET CONCILE
terdit cii priiicipc, interdit en fait, partout .ou rÉglisc a droit de contrainte.
Laissons les faits , et , philosophiquement , qu'avons-nous? Un jeu d'esprit, un jeu do mots, triste preuve, dans une bouche d'ailleurs si éloquente, de la profonde impossibilité d'une solution franche et vraie. Je me suis soumis librement; donc, soumis, je suis libre. Libre de ne pas rester soumis? Non, encore une fois; non. Je suis libre parce que j'ai eu, ou plutôt parce que je suis supposé avoir eu, il y a vingt ans, quarante ans, la liberté de rester libre. Absolument comme si Ton soutenait à un soldat qu'il est libre, actuellement libre, parce qu'il s*est volontairement engagé, ou bien encore parce qu'il a librement reconnu, en théorie, le droit du gouvernement à le faire soldat. Ajoutez que ce soldat a au moins la perspective d*étrc libre une fois; ajoutez, comme nous l'avons déjà remarqué ailleurs, qu'il conserve au moins la liberté de penser que ses chefs commandent mal* Sous le drapeau de Uonie, il ne faut pas seulement
AU DlX-iNEUVJftME SIECLE
toujours obéir, mais toujours être convaincu que ce qu'on a à faire est bon, que ce qu'on a à croire est vrai; et il faut, en sus, de par nos modernes avocats du catholicisme, être convaincu qu'avec cela la raison et la conscience restent libres.
Pour peu que ceci nous paraisse fort, ils iront encore plus loin , comme toujours faisait M. De Maistre; et voici, par exemple, l'abbé Gerbet, dans l'ouvrage déjà cité : il vous dira comme quoi ce despotisme, non-seulement ne détruit pas, mais sauvegarde la liberté, et comme quoi le libre examen, qui a l'air d'être la liberté même, la restreint, la comprime.
Son raisonnement est celui-ci. — Pour peu que vous teniez aux vérités religieuses, vous n'osez pas, avec le libre examen, examiner celles dont vous craignez que les preuves ne soient faibles ; votre raison ne l)eut donc pas se donner pleine carrière. Mais, du moment que vous êtes sur le terrain de l'autorité, d'une autorité infaillible, ces vérités sont pour vous indépendantes de tout ce que vous pourrez penser ou même dire contre les preuves qu'on en donne. Ces preuves, i)ar conséquent, lorsque vous aurez à les exposer, « vous n'avez rien à craindre en les mettant à l'épreuve des discussions les plus rigoureuses ^ et l'enseignement , replacé sur sa