Ï»A1»E ET CONCILE
certaincnieiit pas; seulement, en les ccuutan(,jc pourrais perdre la faculté de un pas être ébranlé, cl, alors, elles nf ébranleraient. »
Est-ce assez de subtilités ? Est-ce assez de tourment pour arriver à ne pas dire, et, si possible, à ne pas croire ce que Rome cric sur les toits? Et, devant ces contradictions, ces sopbismes, ce chaos de désaveux et d'aveux, — avons nous tort de parler d'une protestation universelle de la conscience et de la raison ?
L'abbé Gerbet, ce fut un des disciples de Lamennais. Sommé, comme son maitre, de rentrer sous l'obéissance , il quitta son maître et rentra. Ce qu'il garda dans le cœur^ Dieu seul l'a su ; mais plus nous le croirons sincère dans son retour à l'unité romaine, plus nous aurons le droit de constater, sous la sincérité, ce besoin permanent, indestructible, de se faire illusion sur la pesanteur et même sur la réalité du joug. Ne pouvant aller, lui, jusqu'à s'interdire les objections, trouvant même peutêtre à cette étude Comme une saveur de liberté
AT i)i\-Ni-:rvîf:Mi- sif:(:ij:
dont il se réjouissait et s'effrayail, il a tâché de voir cet(e liberté légitimée ])ar le fait que Tautorilé aurait toujours, nécessairement, le dernier mot. C'était le prisonnier invoquant sa chaîne même pour attester qu'il lui est permis de se mouvoir,
Newman, ce fut lui-même qui se mit à la chaîne, car il était né protestant. Les motifs, ne les sondons pas; il peut y avoir beaucoup d'orgueil dans l'abdication de soi-même, beaucoup dans une humilité au nom de laquelle on prêchera d'autant plus hardiment la soumission, l'abdication. Et c'est ce qu'il fait, Newman, avec sa foi oui ou non^ avec son catholique cessant d'être catholique dés qu'il admettra, même de bien loin, la possibilité de ne |)!us l'être. Pour lui, la conciliation entre l'autorité et la liberté, c'est que, l'autorité admise, vous ne songerez plus à êii-e libre, vous ne le voudrez plus. F'ites-vous ou n'êtes-vous pas enfant de l'Église? Tout est là. Si vous ne l'êles pas, vous n'entendez rien à ces questions ; si vous l'êtes, elles sont pour vous résolues, et vous n*avez plus à v sonirer.
Tn autre Anglais, Capes, a fait un livre sur cette dernière idée. 11 rintitule: Quatre ans (Foxpêrience de la religion cafltoliffue, et ce qu'il tient surtout là bien faire croire, c'est que, non-seulement il n'a pas perdu sa liberté, mais il a trouvé
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la seule vraie, t L'indépendance avec laquelle je raisonnais précédemment n'était qu'entraves, ditil, en comparaison de la liberté sans limites dont j*ai joui^depuis que j'ai cessé d'être protestant... Pour la première fois, mes facultés arrivaient à la plénitude de leur liberté... L'Église catholique est le seul cor|)s où la raison de l'homme ait une suffisante liberté. Comme l'aiglon qui s'élance lM>ur la première fois de son nid, ainsi ma raison :4e réjouissait des nouvelles facultés qu'elle venait d'acquérir... » Ces choses-là, on ne les réfute pas. i;avocat nVst plus même un avocat plaidant une cause ; c'est le courtisan qui se dévoue à changer en vertus tous les vices de son maître, — et le plus intéressé à lui imposer silence, ce serait le maître
lui-même.
Mais le même auteur, |)arfois, est plus sérieux, et nous pourrions prendre chez lui plusieurs des raisomiements tentés par d'autres dans ce même
sujet.
Selon lui donc, il n'y a pas c ombre de serviludc» à croire* sans hésitation » tout ce que l'Église enseigne, attendu qu'il n'y en a point « à croire sur raftirmaiion d'un juge compétent. »
Compétent ou non, si ce juge m'interdit l'cxamen, l'examen au fond de mon coMir fomme Texa-
AU BIX-NELVIÈME SIÈCLIv
men public, la servitude, au contraire, est complète. Délions-nous de ces comparaisons avec les choses vulgaires. Elles sont toutes nécessairement inexactes, aucune autorité humaine ne s'exerçant comme prétend s'exercer celle de l'Église.
Même inexactitude, par conséquent, lorsqu'il ajoute : « Est-ce qu'il y a servitude pour un paysan qui ne sait pas un mot de mathématiques, à croire que la terre tourne autour du soleil ? »
Ce paysan , d'abord , puisqu'il est absolument incapable de vérifier par lui-même les assertions des astronomes, vous ne pouvez invoquer ici son exemple , car ce n'est pas aux ignorants seulement, mais à tous, que l'Église impose ses décrets. Ce paysan , d'ailleurs, s'il ne sait pas les mathématiques, il a le droit de les apprendre, et, dès qu'il les saurait, votre argumentation tomberait. Ce paysan, s'il ne peut pas demander des preuves mathématiques, auxquelles il ne comprendrait rien, il peut en demander d'autres, et vous le loueriez d'en demander. Ce paysan, enfin, quelque disposé qu'il puisse être à vous croire sur parole, — si vous lui disiez qu'il (iotY croire au mouvement de la terre, qu'il ne doit pas en demander les preuves, pourriez-vous dire encore que ce n'est pas là la servitude?
*■ II
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|»AIM: et CONfJLE
AU DlX-NKUVIf.Mi: SIÈCLE
Vc.iià demandez fe qu'on i)ensernit d'un homme qui deraaiKlerait h liberté de ne pas croire, par exemple, que la terre soit rondo. — Il ne ferait, cet homme, qu'exprimer un peu bizarrement ce que nous exprimons tous par le fait même d'entreprendre un examen quelconque. J'ai beau croire à la rondeur de la terre ; du moment que je me mets à en chercher les preuves, il est clair que je me réserve le droit de n'y plus croire si les preuves venaient à me paraître insuffisantes. Ce droit, il n'y a personne qui n'en ait usé maintes fois, personne qui n'ait changé d'avis sur des choses qiril avait crues certaines, personne, par conséquent, qui puisse réellement renoncer au droit de chanj^er d'avis en religion.
Mais c'est surtout lorsqu'il sa-it de l'interprétation scientifique des saints livres, Texégèse, que l'embarras est grand pour les champions de l'auio-
liié romaine.
Impossible, ici , d'aller cliercber Texemple du paysan ignare. L'exégèse peut se tromper ; mais
elle n'en est pas moins basée sur ce qu*il y a de plus solide en éléments d'examen, les langues, l'histoire,
l'archéologie. Or, en bonne logique, sous le catholicisme, elle devrait être proscrite, proscrite comme inutile, puisque toute interprétation procède et doit procéder de TÉglisc, proscrite comme entamant le système, puisque nul exégète ne saurait s'engager d'avance à voir dans l'Écriture ce que l'Église ordonne d'y voir. Mais, d'autre part, proscrire ouvertement l'exégèse, ce serait avouer une frayeur par trop compromettante; le concile de Trente ne la proscrit qu'indirectement, et, de nos jours, il a même fallu se donner l'air de l'encourager plus que le concile.
Ainsi a fait, entre autres, l'auteur de la fameuse SymboliqiK^, Moehler; mais rien de plus curieux que ses efforts pour montrer comment se concilient la liberté de l'exégèto et la soumission du catholique. Ce n'est, du reste, qu'une application spéciale du grand sophisme ou du grand jeu de mots que nous avons relevé. « Le catholique eroil à l'enseignement de l'Église ; il ne peut donc pas s'en écarter, car ce serait à la fois croire et ne pas croire. » Voici donc comment l'auteur raisonne :
« Le catholique, dit-il, a la libre conviction qno l'É'^lisc est une institution divine, qu'el le est assistée
d'en haut, qu elle |>ossède la vérité. Il croit donc que toute doctrine rejetée par elle est contraire à l'Écriture, que tout ce qu elle enseigne y est renfermé... Ainsi, l'obligation que l'Église impose aux siens de retrouver dans l'Écriture ses dogmes et sa morale, est fondée sur la raison, sur Tessence même
des choses. »
Toujours, on le voit, toujours, pour point de départ, cette idée fausse, catholiquement fausse, que le catholique a librement choisi la voie catholique ; toujours, comme conclusion, cette espèce de fatalisme en vertu duquel le premier pas engage indéfiniment l'esprit, le cœur, tout Thomme enfin; tellement, que le système entier n'est plus même un svstème, mais la rainon, mais l'essence des clioscs, mais leur cours naturel et légitime, mais la liberté par conséquent. Quel circuit! Et comme Tauteur ressemble à qui vous ferait marcher longuement, les yeux bandés, affirmant qu'il vous mène loin, bien loin, et ne faisant que vous promener dans le cercle où vous vous étiez plaint d'être enfermé !
c Voilà donc, poursuit-il, le seul engagement du fidèle; hors de cette limite, il est libre de toute
entrave. »
Quand Tauieur raillerait , que pourrait-il dire
AU DIX-NElîVïf:ME SIÈCLE
lit
d'autre ? Votre seul engagement, c'est de ne vous écarter jamais du sens admis par l'Église ; hors de 15, pleine liberté, c Un vaste champ, ajoutera-t-il, reste ouvert à Texégète catholique. Il peut déployer tout son talent, toute son érudition ; il peut sans cesse faire de nouveaux progrès dans la science des saints livres. »
Yl
Or, voulez-vous savoir ce que le concile de Trente a fait de ce vaste champ? — Il l'a entouré d'une barrière absolument infranchissable à tout travail et à toute science.
La version depuis longtems en usage, la Vulgato, s'était formée du mélange de deux versions. Tune du cinquième siècle, œuvre de saint Jérôme, l'autre, plus ancienne, connue sous le nom (ï Italique, Jusque-là, néanmoins, aucun décret ne l'avait consacrée. L'Église se contentait de s'en servir.
La renaissance des études, et, pourrait-on dire, la renaissance du gr^c et de l'hébreu, presque perdus pendant le moyen àse, avait bientôt amené
PAPE ET CihXCILi:
plus iVnm fiklieuse dc^coiiveilo sur h) rompto de œ viaijx lextc laliii, altéré par T ignorance, arbitrairement retoucjîé sans recourir à Théluen ni au grec. De là , au concile de Trente, un embarras d'abord vivement senti. On avait déclaré vouloir tout juger sur l'Écriture. Un juge peut-il juger s'il n'est pas sur d'avoir entre les mains ou le texte mémo de la loi, ou une traduction authentique et officielle ? Mais, peu à peu, le concile se rappelle qu'il est le maître, après tout, d'npposer son sceau sur n'importe quoi, [.e 8 avril 154(), il « arrête et déclare que, dans toutes les leçons, discussions, prédications et explications publiques, cette antique version soit regardée comme authentique, et que personne n*ose ou ne prétende la rejeter, sous quelque prétexte que ce soit ».
Celle version (pi'on déclarait authentique, inviolable, on ne pouvait pas mémo dire exactement où elle était, car il y en avait des éditions assez diverses. On promit donc une édition qui fixerait le texte ; une commission fut chargée de le revoir sur les originaux. Sage mesure; mais le décret précédent n'en devenait que |)lus étrange. On commence par déclarer la Vidgate authentique, inviolable, ce qui équivaut à la déclarer infaillible, — et l*on ajoute f(u'( m va la corriger.
AU oi\-iNi!:iJvii>Mr: sii:clk
La commission ne lit rien. Vers la lin du concile, Pie IV en nomme une autre, mais à Rome. Pie V la renouvelle. Douze ans après, à l'avénement de Sixte-Quint, l'œuvre est à peine ébauchée. Sixte-Quint en fait son affaire, et, en 1589, il annonce par une bulle que le travail touche à sa fin. La nouvelle Vulgate s'imprime sous ses yeux, au Vatican; il revoit lui-même les épreuves. «Nous les avons corrigées de notre main », dit-il dans la préface. L'ouvrage parait, « et il était impossible, dit un savant catholique, Hug, que ce travail ne fournit matière à la critique et à la plaisanterie. On trouva, surtout dans l'Ancien Testament, un grand nombre de passages recouverts de bandes de papier, sur lesquelles on avait imprimé des corrections nouvelles; d*autres étaient raturés, ou simplement corrigés à la plume; enfin, les exemplaires étaient loin de présenter tous les mêmes corrections j>.
C'était donc à refaire. Le successeur de Sixtej Grégoire XIV, se remet à l'ouvrage, et Clément VIII, après lui, publie enfin, en i59i2, le texte qui ne changera plus.
Que vaut ce texte? — Le cardinal Bellarmin avouait déjà, dans la préface , que les réviseurs s'étaient hâtés, que quelques endroits auraient dû
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1»APE ET COxNCILE
Cire revus encore ; aujourd'liui, r'est par ceniaines que rérudilion relève les erreurs de la Vulgatc. Dans l'Ancien Testament, ce sont plutôt des erreurs de détail; dans le Nouveau, partout où le texte orfrai t quelque difficulté, la Vulgale n'est réellement pas une traduction : ce sont des mots latins appliqués sur les mots grecs, et formant n'importe quelle phrase. Il est évident, dans beaucoup de cas, qu'on a cherché à ne pas engager la responsabilité de l'Église, et (jue c'est à dessein qu'on n'a adopté aucun sens.
Voilà, de par le concile de Trente, ce qui doit faire foi t dans toute leçon, discussion, prédication, explication » ; voilà ce que personne « ne doit oser rejeter, sous quelque prélexle que ce soit », — pas même, par conséquent, en cas d'erreur évidente et palpable. Allez, après cela, allez faire de l'exégèse; allez mettre un pied seulement sur ce « vaste champ » dant on vous parle ! Vous n'avez pas le droit de modifier un mot, pas le droit de rejeter, même l'hébreu et le grec à la main, un évident contresens ; vous n'avez, pour mieux dire, qu'un moyen d'échapper à la position étrange, absurde, que vous ferait la découverte de la plus petite erreur : c'est de fermer, au plus vite, et le grec, et l'hébreu, et tout commentaire savant, et la Vulgate clle-inênie,
AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE
car vous pourriez, rien qu'en la lisant, trouver des fautes, — et il vous est interdit d'en trouver. N'allez pas, surtout, vous autoriser de l'exemple des catholiques qui se sont fait quelque nom comme exégètes. Ils ont violé la défense ; ils auraient du, en bonne discipline, être rappelés à l'ordre. Quand Bossuet, dans sa vieillesse, se mit à étudier Thébreu, il commettait une grande faute. Le décret du concile est l'interdiction détournée, mais absolue, de tout travail sur les Saints Livres.