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très; leurs terres, leurs sueurs, leur sang, tout appartient au prince ou à qui le prince Ta donné. C'est le droit public de l'Europe; la papauté l'accepte et le pratique. Quelques papes condamneront certains excès de l'universel despotisme ; ils les condamneront quelquefois courageusement, noblement. Honneur à eux ! Honneur au Christ, qui leur a fait la grâce de ne pas oublier entièrement à quoi ils s'étaient engagés en se proclamant ses vicaires! Mais que de fois, malheureusement, à y regarder d'un peu près, on trouve à ces beaux actes des motifs humains, tout humains! Ce roi contre qui le pape appuyera les plaintes de son peuple, — vous pouvez être presque sûr que le pope a contre lui des griefs personnels. Son grand tort, à ce roi, c'est qu'il n'a pas su ou pas voulu rester en bons termes avec Rome. Qu'il se rapproche, qu'il flatte, et tout lui sera permis, tout au dedans, tout au dehors ; car, s'il médite une conquête, il n'a qu'à en faire d'avance hommage au pape, et le pape, d'avance, la lui reconnaîtra comme légitime possession. Ce que la papauté, au moyen âge, veut avant tout et poursuit avant tout, c'est qu'on reconnaisse en elle la maîtresse du monde et des couronnes; qu'une occasion se présente d'affirmer ce droit en l'exerçant, et toujours il s'exercera en faveur de qui
Sog PAPE ET CONCILE
raura invoqué. N'avons nous pas vu, de nos jours, un papereconnaitre à l'empereur de Russie la souveraineté de la Pologne? C'était en 1832. Menacé d'un côté par roccupation autrichienne, de l'autre par l'occupation française. Grégoire XVI avait secrètement accepté l'offre d'une armée russe prête à le protéger contre les uns et les autres; le bref aux évoques de Pologne était, comme on Ta su depuis, le payement fixé par la Russie. Il parut donc, ce bref, et, les premiers jours, l'Europe ne pouvait y croire. On pouvait douter, en effet, si cet écrit venait de Pétersbourg ou de Rome. Dès les premières lignes, l'empereur est le souverain légitime, le seul souverain de la Pologne. De nation, il n'y en a plus; les défenseurs de la nationalité sont des prophètes de mensonge, dont la méchanceté, la perfidie, doivent enfin être démasquées. Soumission donc, soumission absolue. Ainsi prononça Grégoire XVÏ, et le journal officiel de Rome ne parla plus des Polonais rebelles que comme d'une bande de brigands. On aime à croire que le cœur du pape saignait; raison de plus pour dire qu'il n'est rien qu'on ne puisse acheter à Rome. Et telle a été, depuis des siècles, l'opinion unanime de l'Europe.
Si la papauté a tonné contre des usurpations, combien n'en a-l-ellepas sanctionné! Si elle a éteint
AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE
des guerres, combien n'en a-t-elle pas allumé ou entretenu! Si elle a mis un frein aux violences de quelques princes, combien, qui ne valaient pas mieux, ont été laissés en paix, et caressés, et célébrés ! Si elle s'est opposée, par exemple, à tel ou tel divorce, combien n'en a-i-elle pas autorisé, ordonné même, que la morale n'autorisait pas davantage ! Même celui de Henri VIII, on sait maintenant qu'il avait été promis, que l'acte en fut même dressé, et que le grand mobile de cette héroïque résistance dont on a tant loué les papes, ce fut la peur de Charles-Quint. Presque jamais la papauté n'a été, avec les princes, ce qu'aurait du être l'autorité suprême d'une Église chrétienne. Avec les princes faibles, despotisme, orgueil écrasant; avec les forts, complaisance, humilité même; presque jamais cette dignité sereine, cette égalité de mesure avec laquelle on voudrait, pour l'honneur du christianisme, que le représentant du christianisme eût parlé. Complaisance encore et silence avec l'immoralité couronnée, pour peu que la couronne s'incUnàt devant la tiare. On sait à quelle reine a été dernièrement envoyée la rose d'or chargée des bénédictions du pape.