‹ Pape et concile au XIXe siècle [microform]Chapitre 37 sur 46 · ilJ · texte numérisé non relu

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meuse lettre à Tarchevêque de Paris, blâmer vivement ce prélat pour avoir été d'avis contraire.

Mais, si les évêques de Trente avaient histori-' quement raison quand ils remontaient à huit ou neuf siècles en arrière, -— quelques siècles de plus les amenaient, comme la papauté, en face des origines mêmes de l'Église, et là se présentaient, pour eux comme pour le pape, de bien dangereuses questions.

La papauté a généralement attiré, en même temps que tous les regards, toutes les attaques. L'épiscopat, tel que l'ont fait les siècles catholiques, ne devrait pas beaucoup mieux trouver

grâce.

Ce serait aller trop loin que de le considérer, en soi, comme chose mauvaise et condamnable. Dégagez-le, dans votre esprit, de l'odieux dont il s'est souvent chargé par son despotisme, son orgueil ; vous arrivez à l'idée toute simple d'un pasteur choisi parmi d'autres pour les surveiller, les diriger, les redresser et les censurer au besoin.

Or, voilà la seule origine vraie qu'on puisse assigner à l'épiscopat. Dans les écrits des apôtres, dans tout ce que nous savons des temps apostoliques, nulle inégalité, nulle différence entre

les Presbyleri cl les Episcopi, les Prêtres et les É^écp^es, les Anciens et les Surveillants ce qui est le sens des deux mots. La soc.ete religieuse a pu. comme la société civile, se donner des chefs supérieurs ; mais elle ne saura.Ua^re que ce qui n'était pas de dro.t d.vm au commencement le soit devenu plus tard.

La question, à Trente, avait un cote for simple. Beaucoup d'évéques n'auraient pas demande mieux, passant par-dessus les objections, que de Te déclarer évoques de droit divin, et supérieurs de droit divin, à leurs prêtres. Mais d autre par^^ voter leur droit divin contre les prêtres, c était le IZ contre le pape ; c'était nier l'idée ultramon Lequela papauté seule est de droit divin dans

•^f"^" „» nnnvons savoir combien s'abstinrent Noua ne pouvons sxtvu»

pour ménager le pape, combien s^abtmrent p rce qi n'osaient pas démentir Vhisto.re apostoh- L. Toujours est-il qu'après dix mo^s de iraillements, de querelles, d'orages parfois terribles, la question fut abandonnée.

Oui, catholiques, cette haute supériorité que vous reconnaissez à Vévêque sur ^V^éi^^' le concile de Trente n'est pas arrive a dtcider si elle est de droit divin.

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tôt

Oui, prêtres, — car probablement beaucoup d'entre vous l'ignorent, — cette autorité que les évéques font peser sur vous si rudement, et, en tout cas, comme fondée sur un ordre exprès de Jésus-Christ, — le concile de Trente n'est pas arrivé à décider si cet ordre existe ou non.

Oui, évéques, les décrets de Trente à la main, vous nous répondrez sans hésitation, sans erreur possible, selon vous, sur une foule de choses que l'homme n'a pu ni voir ni savoir ; mais nous pou* vons vous défier de nous dire authentiquement, catholiquement, si c'est de droit divin qu'qn évéque est supérieur à un prêtre. N'essayez pas de répondre en nous disant que cette opinion est évidemment celle de l'Église, et que tout, dans l'organisation de l'Église, la suppose. Cela, nous le savons bien. Ce que nous affirmons, ce que nous montrons, c'est qu'il ne s'est encore trouvé aucun concile pour décréter dogmatiquement la chose, aucun, disons-nous, car il est clair que, si le concile de Trente l'eût trouvée décrétée, il ïi'y aurait pas eu lieu à délibérer. Etrange position, étrange rôle que celui de l'épiscopat catholique ! Exercer une autorité pareille, — et ne pas pouvoir, et ne pas oser, même dans une assemblée d'évêques, décréter que c'est de Dieu qu'on la tient !

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Voilà les pieds d'argile du colosse romain. La papauté se déclare divine, - et le concile de Trenle, malgré de longs efforts, ne parvient pas, nous l'avons vu plus haut, à asseoir dogmatiquement ce privilège. L'épiscopat agit et parle comme divin, et le concile de Trente, composé de plus de deux cents évêques, ne parvient pas davantage a asseoir dogmatiquement ce droit. Par un bizarre mélange d'audace et de retenue, ils anathematisent (canon VII) quiconque dira « que les évêques ne sont pas supérieurs aux prêtres » ; mais, pendant dix mois, ils ont tourné autour de ce mot supérieur* pour tâcher d'y accrocher ces ■ mots de droit divin, qui seuls justiBeraient l'anaihème, — et ils n'ont pas réussi.

Ils n'auraient pas réussi davantage à établir dogmatiquement que l'épiscopat seul doit figurer

dans les conciles.

U question ne fut pas posée. Dira-t-on que le dogme n'a rien à faire là? On se tromperait-, «ne question dogmatique se mêle inévitablement

à tout ce qui tient aux conciles. Dès que vous m'imposez de considérer l'Église comme organe infaillible de la pensée de Dieu, il faut que vous me disiez aussi, mais positivement, dogmatiquement, par quelles bouches Dieu a décidé qu'il parlerait. La présence des évêques seuls dans les conciles, c'est un fait fort ancien, sans doute, mais c'est un fait ; je cherche le droit, je demande où et quand il a été défini, et je ne trouve rien. Mais non; je trouve quelque chose. Je trouve, au livre des Actes, chapitre XV, ce que TÉglise romaine a appelé le concile de Jérusalem, — et ce concile est composé des apôtres, des anciens et de toute l'Église. Je trouve aussi, il est vrai, chez les auteurs catholiques, de merveilleux tours de force pour m'expliquer comme quoi il n'y a rien là qui contredise Tusage romain postérieur ; je trouve ces tours de force préparés déjà dans la Vulgate par certains innocents artiûces de traduction, par exemple lorsque le même mot grec est rendu dans un endroit par presbtjteri^ prêtres, et, ailleurs , par seniores, anciens, plus anciens, afin qu'on puisse faire de ces plus anciens des évêques. Mais tout cela ne fait que me montrer mieux à quel point l'affaire est mauvaise, mauvaise pour l'épiscopat, mauvaise aussi, soit dit

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en passant, pour le pape, car ^'^^^^ ^ salem, ne dit rien, ne fau nen q- «J'^" ^^^^^^ le chef de l'Église ni le président de 1 assemblée,

!'«„ nniirrait beaucoup mieux, présidence que Ion pourrait ued ,

d-anrès Tensemble du récit, attribuer a saint ÎaXu". Mais, pour en rester aux évoques voila S^idéraent enlève tout fondement apostolique ;';;;::t« droit défigurer seuls dans les con-

'''t droit pourrait résulter, à la rigueur du fait

quelesévêques fussent les élus de »Eg»'«-J^ Murent d'abord-, ils ont, depuis fort longtemps, ceL de l'être; clergé ni peuple n'ont depuis

L promesses divines que vous supposez faite» ';^^ÉgL se trouvent-elles l'héritage dunj^^^

nue l'Église n'a point élu, n'a point charge de TeUsenter^ Où est le nœud^ Où est la transmission légale, log'<l-'.-y^"'»"Vdo„ne à devrait être tout cela? L'évéque est donne a

son diocèse, pour ne pas dire 7°^^ •'"«"

lane point, n'en reçoit spirituellement nen. A

Tel titre, encore une fois, représentc-t-.l Lghse .'

Et à ces objections que le plus zélé catholique.

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pour peu qu'il réfléchisse, trouvera aussi bien que nous, ajoutez celles qui résultent de l'incontestable identité de Févêque et du prêtre à l'origine. Si le concile de Trente évita d'affirmer un droit divin élevant l'évéque au-dessus du prêtre, — n'était-ce pas éviter aussi d'affirmer que l'évéque fut, de droit divin, seul appelé à siéger dans les conciles?

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Toutes ces difficultés, il n'y a que le pur système ultramontain qui les résolve. Sur le terrain de l'Écriture sainte et de l'histoire, il les aggrave, s'éloignant à plaisir et le plus possible, dirait-on, de ce qui exista aux premiers siècles ; mais, sur le terrain catholique, rien de plus logique et de plus simple que la solution qu'il vous offre. L'épiscopat, selon lui, nous l'avons vu, n'est dUnstilution divine que dans le pape; dans les évêques, l'épiscopatest d'institution papale. Dieu n'a créé qu'un évêque, le pape. C'est le pape qui a créé les autres; c'est de lui, de lui seul, que chacun d'eux a reçu le droit de paître une portion de ce grand troupeau, l'Église, troupeau du pape seul, puisque c'est à

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Pierre seul que Jésus-Christ en a remis la garde. C'est de lui aussi, par conséquent, qu'ils ont reçu le droit de siéger seuls dans les conciles ; c'est par lui que leur est transmis, lorsqu'ils sont réunis, le don de l'infaillibilité, — et ainsi disparait encore l'autre difOcuUé dont nous parlions, celle de concilier les deux infaillibilités. Il n'y en a plus deux, mais une seule, source de l'autre.

Tout cela fut développé àTrente, avec une grande franchise , par le général des jésuites , Lainez. Comme nous ne saurions douter que sa doctrme ne (ut celle du pape, et que cette doctrine, à Rome, ne soit restée immuablement la même, laissons-lui quelques moments la parole. On le croira peut-être mieux que nous, et l'actualité, on va le voir, est

complète.

Il posa d'abord en principe que toute comparaison entre l'Église et les sociétés civiles est nécessairement inexacte. Les sociétés civiles, dit-il, ont en elles-mêmes la source de tous les pouvoirs par lesquels elles se constituent et se soutiennent ; l'Eglise, au contraire, ne s'est ni faite ni constituée elle-même; c'est Jésus-Christ, son souverain monarque, qui a commencé par poser les lois, et s'est mis ensuite à former le corps que ces lois devaient régir. L'Église est donc née postérieurement

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aux lois en vertu desquelles elle est ce qu'elle est; essentiellement sujette, elle n'a en elle-même et par elle-même aucune espèce de liberté, de juridiction ni de puissance. N'est-elie pas constamment représentée, dans l'Écriture, sous l'image d'un champ ensemencé, d'un filet jeté à la mer, d'un édifice? Un champ ne s'ensemence pas lui-même, un filet ne va pas tout seul à la mer, un édifice n'a et ne peut avoir aucune influence sur sa propre construction. Or, le premier et unique fondement sur lequel l'Église a été bàiie, c'est saint Pierre. C'est à lui qu'ont été données les clefs du royaume des cieux; c'est à lui seul qu'il a été dit : « Pais mes brebis, . et nul ne prétendra que des brebis aient quelque chose à voir dans la conduite du troupeau. Lorsque Jésus-Christ était sur la terre, il est clair qu'aucun des fidèles n'avait la moindre puissance ni la moindre juridiction. Le pape tenant sa place, rien n'est changé, rien ne peut être changé à cet ordre primitif; c'est donc dans le pape que réside toute puissance et toute juridiction. De plus, comme d'est à Pierre seul que Jésus-Christ a dit qu'il venait de prier pour lui t afin que sa foi ne défaillit point », il n'y a et il ne peut y avoir d'infaillible que le

pape. .

Cela posé, toujours selon Lainez, à Pierre seul

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appartenait le droit d'ordonner évoques ses collègues. L'a-t-il fait? C'est une opinion fort probable; sinon, il faut dire que Jésus-Christ, pour une fois seulement, a fait ce que devait faire son vicaire. Les évèques ne succèdent donc aux apôtres qu'en ce sens qu ils sont en leur place;les apôtres ont été simplement leurs prédécesseurs, et, n'ayant rien en propre, n'ont rien pu leur transmettre. Il est de droit divin qu'il y ait des évèques dans l'Église; mais chaque évèque, individue lement, reçoit tout du pape, n'existe que par le pape.

Quant à la question de l'autorité des conciles, Lainez n'avait eu qu'à poursuivre, et elle s'était trouvée résolue. Ce que d'autres avaient dit comme une grave objection, savoir que, d'après son système, une assemblée d'évèques ne serait rien si ce n'est par le pape, — il s'en emparait, lui, comme d'une conséquence aussi légitime qu'aucune autre, el ses raisons sur ce point sont bonnes à conserver contre ceux qui nous abandonnent l'infaillibilité du pape, mais se rabattent sur celle des conciles. € Chaque évèque est faillible, disait-il ; une assemblée d'évèques est donc faillible aussi. Si donc vous admettez ses décisions comme infaillibles, vous admettez, par là même, que cette infaillibilité lui vient d'ailleurs. N'avons-nous pas vu, sous

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Çaul IIÏi les questions les plus graves décidées ici, à Trente, par un tout petit nombre d'évèques? Si leurs décrets sont devenus lois de l'Église, lois de Dieu, c'est qu'ils sont devenus décrets du pape. Si saint Paul a dit que l'Église est la colonne et le fondement de la vérité, cela ne veut point dire qu'elle le soit par elle-même, sans son chef, car, sans son chef, elle n'existe pas. Dans un concile, quelque nombreux qu'il soit, si le pape est présent, c'est le pape seul qui prononce, témoin la formule Approbante concilio ou Prœsente concilio, usitée en ce cas, d'après laquelle il est clair que le rôle des évèques est une simple déclaration d'adhésion, déclaration qu'ils ne pourraient refuser ni individuellement,puisque chacun d'eux est incontestablement soumis au pape, ni comme concile, puisque, .séparé alors du pape, le concile n'existerait plus. »

Devant un tel défilé de sophismes, on se sent comme devant les prodiges d'un prestidigitateur. Mais nous, du moins, l' éblouissement passé, nous discutons; nous coupons court à toutes les conséquences en brisant le premier chaînon, ce saint Pierre fabriqué pour les besoins de la cause, investi par les papes de tout ce que la papauté veut pouvoir hériter de lui. Mais un catholique, un évèque, que peut-il faire ? Ce fabuleux saint Pierre, il

en a besoin, lui aussi, pour être quelque chose. S'il le brise, que reste-l-il t S'il essaye de ne le briser qu'à demi, où s'arrêter? Les siècles ont fait leur œuvre ; tout se lient, et, si vous ébranlez quoi que ce soit, tout s'écroule. L'uUramontanisme est l'anéantissement des conciles ; le gallicanisme et tout ce qui en approche est l'anéanlissement du pope. Mais, comme le gallicanisme, en définitive, ne peut se passer du pope, tandis que l'ultramonlanisme se passe très-bien des conciles, — toute explication entre catholiques est inévitablement au profit des ultramontains.

Le concile de Trente fut une de ces explications; le concile de 1869 en sera une, ou, plutôt, n'en sera pas une, mais parce qu'elle a eu lieu d'avance. Elle a eu lieu par le simple cours des choses. U's principes sont arrivés à leur maturité, maturité tardive sur certains points, hâtive sur certains autres, hâtée et comme précipitée, ces derniers temps, par toute sorte de causes. Les livres de M. DeMaisire n'en furent que le prélude, prélude brutal qui eut plutôt pour effet de retarder l'action des éléments mis en jeu. U papauté ne fut pas non plus toujours heureuse quand elle jugea bon d'intervenir directement; chaque fois qu'elle a dit un peu franchement sa pensée, un arrêt s'est fait dans le mouve-

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ment qui poussait l'Église à ses pieds. Mais les principes sont toujours plus forts que les hommes, et, les événemenis aidant, nous avons vu la question faire en quelques années plus de chemin qu'elle n'en avait fait depuis 1S63. Toutes les déductions de Lainez sont adoptées, et le concile qui va s'ouvrir n'a plus qu'à les enregistrer.

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