‹ Pape et concile au XIXe siècle [microform]Chapitre 43 sur 46 · V.WV. ET C.ONCII.K · texte numérisé non relu

V.WV. ET C.ONCII.K

la dislinclion, est-ce q.i'ils In font ? Est-re que leur patron, pour F» q»'''s '"' soient dévots, ne joue pas pour eux le rôle d'un dieu ? Est-ce que le patron d'une ville ou d'unpays n'est pas pour ce pays, pour cette ville, identiquement ce qu'était, sous le paganisme, le dieu spécialement adoré en chaque efldroil? Est-ce que la Vierge, enfin, patronne aujourd'hui de toute l'Église, patronne spéciale de chaque pays, de chaque ville, de chaque famille, de chaque fidèle, car elle détrône peu à peu tous les anciens patrons, — est-ce que la Vierge n est pas universellement et de plus en plus invoquée comme pouvant par elle-même exaucer, protéger? On répétera bien, dans les litanies : « Priez pour nous; . mais l'esprit n'est pas là, le cœur non plus, et l'idée d'intercession, même exprimée, s absorbe dans celle d'une protection directe et absolue. Et que de prières, d'ailleurs, dans les livres dévots, dans le culte même, où l'intercession n'est mentionnée que tout à la fin, en deux mots, après de longues et ferventes invocations directes ! Que de prières même où elle ne l'est pas du tout! Ce fafameux Sub imm qu'on répète matin et soir dans toutes les écoles populaires de la catholicité, qu'a-t-il de moins qu'une prière à Dieu? « Nous nous réfu- <^inns sous votre garde, sainte mère de Dieu. Ne

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méprisez pas nos supplications, mais délivrez-nous toujours de tout danger, Vierge glorieuse et bénie. » Voilà le Sub timm. Dans une pareille atmosphère, il n'est pas — nous en avons eu des preuves — il n est pas jusqu'à l'Oraison Dominicale que l'instinct faussé des fidèles ne transforme en une prière à la Vierge, et, ceci, on peut presque dire qu ils y sont officiellement autorisés, puisque, selon le Calechismm Romanm^ cette prière peut être récitée devant toute image de saint. Le Calechismus ajoute bien : € Pourvu qu on ait le sentiment que le saint la répète à Dieu; » mais, ce sentiment, qui l'aura? Qui s'inquiétera de l'avoir? Quand Julienne de Liège vit sa fameuse échancrure à la lune, et en conclut que Dieu était peiné de ne pas avoir sa fête tandis que lous les saints avaient la leur, c'était, à part la bizarrerie de la forme, une grande vérité ; mais celte fête qu'on se hâta d'établir, cette Fe7e-Z>ïeM dont Liège a célébré de nos jours le six-centième anniversaire, est-elle au moins restée une véritable fête à Dieu? — Presque partout, ce n'est qu'une nouvelle fête de la Vierge. Et que dire de ce mois consacré aujourd'hui, du premier jour au trente-etunième, à fêter, à prêcher Marie, proBtant des pompes du printemps pour faire d'elle la déesse de la nature comme elle est déjà celle de lu grâce ?

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Voilà révolution à laquelle nous assistons, évolution qui date de loin, sans doute, mais dont ces dernières années ont prodigieusement hâté la marche, et dont Pie IX portera plus qu'aucun pape, devant rhistoire et devant Dieu, la responsabilité. Comment ne se serait-on pas de plus en plus lancé dans cette voie, les habiles avec ardeur, les gens sincères avec amour, quand on était si sur de ne rien faire qui ne répondit aux vœux du pape, qui ne lui parût la grande œuvre de son pontificat et de son siècle? En vain quelques voix plus prudentes, et, nous aimons à le croire, plus chrétiennes, se sont élevées dans l'Église pour la conjurer de réfléchir, de ne pas aller plus avant dans un chemin qui la menait droit hors du christianisme ; en vain des faits de tout genre ont justifié te qui s'était dit de plus sévère sur le catholicisme arrivant au marianisme. Le mouvement a continué, continue, et, au point où en sont les choses, comment s'arrèterait-il? Que le concile futur décrète ou non l'assompiion de la Vierge, l'œuvre de sa divinisation

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n'en marchera pas moins, si même elle n'est déjà complète. Scrupules catholiques, objections protestantes, sarcasmes incrédules, tout échoue devant l'impulsion donnée. Quand on daigne répondre, c'est toujours en criant à la calomnie. On n'adore pas la Vierge, nous dit-on, et, sur ce triste jeu de mots, on entasse autour d'elle les éléments de la plus profonde adoration, souvent de la plus délirante. A elle les arcs de triomphe, les colonnes, les statues, les couronnes d'or, les couronnements solennels ; à elle, et de beaucoup, la plus grande part dans le culte; à elle, toujours et partout, la première place dans les imaginations et dans les cœurs. Rien de plus rare, dans les écrits du catholicisme actuel, qu'une exhortation pieuse qui ne se résume pas en un appel à la piété envers la Vierge. Qu'une épidémie s'éloigne, qu'une inondation cesse, qu'une guerre prenne fin, — c'est elle quia délivré les peuples et de l'épidémie, et de l'inondation, et de la guerre; c'est d'elle, vous dira le pape, que viçnnent et que viendront toutes les grandes délivrances. Qui le lui a dit? Qu'en sait-il ? Dieu ne serait donc, sans Marie, que le perséeuteur et le ravageur du genre humain ? Mais le pape n'y regarde pas de si près, et la logique est son moindre souci. En 1849, il rentre à Rome, d'où la

révolution l'avait chassé, et c'est la Vierge qu'il remercie de l'avoir ramené au Vatican. D.eu, donc, ne l'y aurait pas ramené ? Jésus-Christ aurait laisse son vicaire à Gaële? Mais, encore une fois, le pape ne raisonne pas. 11 lui convenait que la Vierge eut l'honneur de cette affaire; elle l'a eu, et tout est dit. La voilà donc urbi et orbi représentée comme gouvernant le monde, même le monde politique, même la fortune des batailles, puisque c'est une armée victorieuse qui a ramené Pie IX.

Ainsi, cette déification qu'on pouvait au moins, jadis quand on voulait nous répondre, mettre sur le compte du bas peuple et de son ignorante dévotion, la voilà en haut comme en bas, dans les mandements des évêques comme dans les prônes de village, dans la dévotion du pape comme dans celle du dernier paysan de ses États. Surpris un iour par l'écroulement dun plancher, qui le sauvera de la mort? Marie. Qui déclarera-t-il avoir invoqué en tombant? Marie. Un être que vous invoquez ainsi, d'un premier élan, d'un premier cri, dans un danger subit comme la foudre, osez nous dire encore que ce n'est pas votre divinité! Osez nous dire que vous ne la placez pas, en fait, sur le Uone de Dieu ! Et tout cela, il faut le faire en face de l'Écriture sainte, qui se tuit absolument sur

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tout culte à Marie, et qui condamne absolument tout culte à tout autre que Dieu -, il faut le fan^ en face de l'histoire, qui nous montre ce culte d abord nul, puis borné longtemps à des éloges, sans trace d'invocation ; il faut le faire en soutenant que c'est ce qui a toujours et partout été faïf,^ H faut le faire en face de ce décret de 1563, qu on proclame infaillible, et qui, sérieusement observe, n'autoriserait pas la dixième, pas la vingtième partie des excès auxquels on arrive !

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