‹ Pape et concile au XIXe siècle [microform]Chapitre 44 sur 46 · IMAGES, MIRACLES, RELIQUES · texte numérisé non relu

IMAGES, MIRACLES, RELIQUES

1. Sagesse à Trente, et folie aujourd'hui. - Images divinisées par les faveurs que le pape y attache. -- Une ordonnance du roi de Naples. — Une madone hongroise. .

IL Les miracles romains. - Proclamation directe ; proclamation indirecte. - Notre-Dame de la Salette. - La littérature légendaire. - Saint Kotska. - Le Bréviaire romain partout reçu. - MM. de Montalembert et de Falloux. ^

m. Besoin croissant de matérialiser la foi. - Les reliques. - Spiritualité des apothéoses païennes. - Les apothéoses d'aujourd'hui. - Cuvier et Pie IX. - Les saints tncomus, —Les catacombes et le commerce des os. — Saint ULiio-

dore. , . Ti.rti •

IV. Nos ealomniet. - Impossible, ici, .le calomnier. - irois sources : Le paganisme, le cœur humain, la papauté.

Même sagesse, à Trente, nous l'avons déjà dit, dans la question des images; même oubli, aujourd'hui, de ce qu'on disait alors. La pratique était déjà i)eu d'accord avec la théorie ; mais on aurait pu croire qu'après avoir approuvé le décret, la papauté chercherait au moins quelque peu à corri-

ger ce qu'il condamne. L'a-t-elle fait? Nous avons déià rapporté le mot du pape disant d'une madone qu'il l'avait invoquée, et qu'elle l'avait exauce. Ce mot n'était que la traduction de ce que devient, de ce que produit le culte des images partout ou il se développe librement. Ce que nous poumons ajouter ici , c'est le tableau des encouragements que Rome ne cesse de donner à ce malheureux fétichisme. Quand le pape accorde des privilèges a tel ou tel sanctuaire d'un saint, il sait bien que la statue du saint va être, dans ce sanctuaire, l'objet d'une confiance tout autre que dans les lieux non privilégiés ; quand il ordonne ou autorise le couronnement d'une madone, cette étrange mvent.on de notre siècle, il sait bien que cette madone ne sera plus du tout, pour les fidèles, au même rang que l'humble madone de la rue ou qu'une autre non couronnée ; il sait les rivalités bizarres que ces privilèges créent entre sanctuaires, entre villes, preuve évidente, s'il en était besoin, que c'est bien l'image, l'idole, qui arrive à être adorée, non le saint, non la Vierge, qui serait la même partout. Grand encouragement, par conséquent, à ces dévoilons spéciales que les siècles ont consacrées, et triste suite aux aberrations païennes. Rome et la Grèce avaient on ne sait combien de Jupiters ; qu.

■j.g PAPK ET CONCILE

Jiracoml)ien la Rome des papes, combien le monde

papal a de Maries?

Voici ce que décrétait, le 15 mars 1848, un roi

selon le cœur du pape :

c Sur la proposition de notre ministre secrétaire d'État de l'intérieur, notre conseil des ministres entendu, nous avons ordonné et ordonnons ce

qui suit.

< Art. 1". La garde nationale de notre très-fidele ville de Naples est placée sous la protection spéciale de la très-sainte Vierge du Carmel.

c Art. 2. Notre ministre secrétaire d'État de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent décret. »

N'insistons pas sur ce dernier article, et ne demandons pas comment le ministre s'y est pris pour exécuter le décret, en particulier pour le notifier à la Vierge ; l'autre article est bien assez curieux. Ce n'est pas sous la protection de la Vierge, mais « de la Vierge du Carmel », que le roi juge à propos de placer sa garde nationale. Et c'est bien la Vierge du Carmel, non une autre, non celle de Lorette, par exemple, malgré sa grande renommée, qui sera supposée accepter ce rôle; c'est elle, non une autre, qui sera fêtée, honorée, adorée ; c'est elle, enfin, qui fera les miracles, si l'on jii-c bon qu'il s'en

Al l»l\-NF.l VIÈME SIÈCLE

fasse, et qui les fera précisément à cause de la dévotion spéciale dont elle va être l'objet, « On vénère à Rome, dans l'église Notre-Dame de la Victoire, disait dernièrement l'Univers, une madone célèbre par les avantages qu'elle oblinl aux ealholiques dans les guerres de religion de la Hongrie et de la Rohême. » - Voilà donc des victoires attribuées, non à la Vierge, mais positivement et matériellement à une de ses images.

Les miracles ! les miracles ! Que de défis encore

jetés au bon sens et au siècle ! Quel discrédit versé,

pour un grossier intérêt, sur le chrisiianisme et

sur son histoire primitive, miraculeuse aussi, mais

avec quelle pureté, quelle sobriété, quelle haute et

divine spiritualité ! En cela donc, comme en tout le

reste, c'est le moyen âge qu'on nous rend, moins

sa naïveté, moins sa foi, moins sa bonne foi, car il

croyait, lui, aux légendes, et ceux qui aujourd'hui

les prêchent n'y croient pas. Les miracles! ne

reparlons pas, si l'on veut, do ceux que le pape

finît toujours par trouver dans riiistoire des personnages qu'il a résolu de canoniser, miracles qui auront pu flotter vingt ans, quarante ans, un siècle ou plus, certains ou incertains, suffisants ou insuffisants, selon que Fargent arrivait ou n'arrivait pas. Que d'autres qu'on laisse proclamer sans qu'il y ait eu même ce semblant de conscience et d'enquête ! Que d'autres qu'on proclame indirectement, furtivement, tendant la main dans l'ombre aux plus ridicules mensonges! Voyez l'affaire de la Salette. Le pape n'a pas proclamé l'authenticité du miracle ; il ne l'oserait probablement pas, car sûrement il sait comme nous que la Vierge est bien apparue, mais en la personne d'une femme demifolle, demi-menteuse, dont un procès a mis plus tard au grand jour les comédies. Mais il n'en a pas moins autorisé la fondation de sociétés, de chapelles , sous l'invocation de Notre-Dame de la Salette; il n'en a pas moips accordé à ces sociétés, à ces chapelles, de riches indulgences; il a donc inofficiellement mais formellement reconnu la réalité du miracle qui servait de base à tout cela. Des diadones qui pleuraient ou qui remuaient les yeux dnt reçu, nous dit-on, l'ordre d'avoir à se tenir coi; mais l'ordre n'est venu que parce que trop de madones se mettaient à jouer ce rôle, et bien d'autres

AU DlX-NEUVlftME SIÈCLE

Tavaient joué sans que Rome y vît autre chose qu'un bon moyen de conquérir les gens.

La littérature légendaire ne pouvait manquer, avec cela, de reprendre un grand essor. On ne se doute pas, dans un monde un peu relevé, de ce qui se réimprime ou s'imprime dans ces basses régions chères au pape; on ne se doute pas, à Paris, des extravagances qui ont pu être publiées, dans tel ou tel diocèse, avec l'approbation et la recommandation de tel ou tel évêque qui passe pour un homme d'esprit, qui l'est peut-être, mais qui, comme évêque, ne peut avoir d'esprit et de conscience que ce qui lui en vient de Rome. Et n'est-ce pas à Paris même, avec l'approbation de l'archevêque, que parut, il y a quelques années, l'histoire de saint Kotska, une des. plus fabuleuses de ces misérables productions ? « Le charme du récit, disait l'archevêque, l'intérêt des épisodes, l'orthodoxie et la piété des réflexions, assurent à cet ouvrage les heureux résultats que l'auteur s'est proposés; nous ne pouvons donc qu'en recommander la lecture. » Lisez donc, et vous verrez notre saint, quand il prie, s'élever de terre peu à peu, et se trouver, quoique à genoux, suspendu à deux pieds du sol ; lisez, et vous le verrez, malade, recevoir la visite de la Vierge, qui pose l'enfant Jésus sur

Ifv

lu !■

.«n Ut et le lui donne à caresser; lisez, et vons

trouverez environ cent pages de miracles dos après

* ' o^« ;n*prpp<?sion à ses reliques, lit samie sa mort, a son intercession, d ses ^ ,

Rose de Lima ! et sainte Phiiomène ! et ving autres lie Rosaire de mai. ^meraeni ia Gu^lande de

Marie, où vous trouverez pour chaque jour, a cote d'une prière à la Vierge, un miracle prouvant l el-

ficacité de celte prière ! , ^ ua .nv

Necroyez pas, duresle, que cela s arrête aux

petits livres destinés à nourrir le menu peuple, ou est-ce que le Bréviaire romain, lecture obligatoire et quotidienne des prêtres? Un vaste recueil de légendes. Jusqu'à ces dernières années plusieurs pays catholiques avaient toujours refusé de 1 adopter ; Pie IX a si bien fait, que le voilà maintenant partout adopté, ou peu s'en faut Dans le journalisme catholique, les feuilles du plus haut rang ont pris plaisir à lutter de crédulité avec les plus infimes ; on a pu lire dans V Univers un article sur les capucins volants, plus admirables que Kotska, car ils n'étaient pas seulement soulevés de terre mais emportés sur l'autel. Jusque dans la plus haute littérature catholique, des livres ont paru ou vous vous demandez, à bien des pa^es, si l auteur s est moqué de ses lecteurs ou de lui-même. Voyez la Sainte Elisabeth de M. de Montalembert; voyez

Ali DIX-NKUVlftME SIÈCLE

même le Pie iMe M. de Falloux. « Un soldat espagnol, pris par un détachement orangiste, fut attaché à un arbre, et fusillé ; mais les balles qui le frappaient tombaient à ses pieds comme si son corps eût été d'airain. Les soldats huguenots, fouillant alors ses habits, trouvèrent qu'il portail un Acjnus Dei sur sa poitrine. » Voilà ce que M. de Falloux a pu écrire. Et les mêmes hommes sont ceux qui vous feront ailleurs un catholicisme élevé, tout raisonné, tout raisonnable, s'étonnant, s'indignant qu'on puisse en supposer un autre. Le pape est plus franc. Il ne sait pas ce que c'est que ce catholicisme raisonné, transcendental, qui s'étale dans certains livres et dans certaines chaires, ou, si parfois les échos lui en arrivent, il est en grande défiance et en grande inquiétude. Le sien, le seul qu'il veuille connaître, c'est celui dont nous venons d'indiquer quelques traits, celui des indulgences, de la Vierge, des saints, des pratiques, des miracles, celui, surtout, de l'omnipotence que toutes ces choses sont destinées à assurer au vicaire de Jésus-Christ.

FAPE ET CONCILE

AU DlX-NEUViÈME SIÈCLE

Il est inévilablc, en effet, qu'une autorilù religieuse dont la grande préoccupation est d-assurer son propre règne tende sans cesse a matermUer la religion qu'elle représente. On peut, sans doute régner sur les esprits par l'esprit -, mais c est a condition de leur offrir une nourriture vraiment spirituelle pure, noble, raisonnable, et. quand on ne tueiie, puie, ' ,.- il faut les habituer

peut pas remplir cette condition, u iduv à un régime tout autre, celui des formes, celui des incarnations visibles. Une culture vraiment spirituelle aurait d'ailleurs toujours l'inconvenien de conduire à des pensées de liberté. Rome sait bien à quoi s'en tenir sur ce chapitre. Les gens a .catholicisme élevé lui donnent toujours du souc. tant décidés soient-ils en apparence, en réalité même, à rester enfants de l'Église. Us ont toujours ;„ plld sur le chemin de la révolte. U faut leur passer un tas de petites hérésies, de grandes aussi . évitant même de les en avertir, car ce sera, leur rappeler un joug qu'ils ne sentent pas qu s secoueraient s'ils le sentaient. Les seuls l.deles que

Rome tienne véritablement, surent ent, ce sont ceux qu'elle tient par les formes, par les pratiques, et par tout ce qui s'y rapporte.

De là le développement immense qu'a reçu le côté le moins spirituel du culte des saints, — celui des reliques.

Les apothéoses païennes n'avaient pas donné cet exemple. Beaucoup de dieux, pourtant, étaient réputés avoir vécu sur la terre ; beaucoup de demidieux y avaient vécu réellement. Rien donc n'eût été plus facile que de vénérer, vrais ou faux, soit leurs restes mortels, soit des objets leur ayant appartenu. Or, sauf peut-être en deux ou trois endroits, nulle trace d'un tel culte. Quand on se mit, à Rome, à diviniser les empereurs dès le lendemain de leur mort, on aurait pu avoir d'eux autant de reliques, de vraies reliques, qu'on Teùt voulu. On ne le voulut pas, ou, plutôt, on n'y songea même pas. Un temple à César, à Auguste, c'était un temple à l'àme de César ou d'Auguste, à l'être réputé divin. Leurs cendres n'y étaient point déposées, et n'obtenaient que le culte ordinaire des tombeaux. Rome chrétienne a donc changé cela; ossements, vêtements, tout ce qui reste ou est supposé rester do quelqu'un do sos deini-dieux, partage le culte à lui rendu, et il n'est même pas rare que telle ou

AU DIX-NEUVIÊMÉ SIÈCLE

II'

'rf:

3g PAPE ET CONCILE

soit honorée avec plus a tcidin

''fTrentedo„c,s«rcepoint— ^^^^^^^^ ,e, grande .odéraUo„enco.p^^^^^^^^^^

,e monde catholique ava.l vu »« JJ» ' ^^ •• „ «i„c «rrande encore en comparaison ue i tion plus grande e dix-sepueme

ques p«ur les s» ». plusienr» corps;

taule tfe»»«. P'"""" ^'f ™ ' „^ d» rrfi-

4'K«; nn fabriauedes sainis avei^ u^'' aujourd hui, on launqu .:„ues de nou-

niies et dès qu'il y a trace de reliques, ae qiies, et, u H ^,^^^^^ fg^^,^ adorer.

veaux sauus ^^f ^/^^^ ,, animal entier,

Cavier,avecunos rec^^^^^ ^^.^^^.^^. ^,

Cl non^seulement l ^"^^^ ' ^^^^ ^^^ 3,.,,,, et, le „., „ec q-'^«-;; ;:;' :„„ . V-,., don.

""^ "Tuu!r Te s^ ni ne saurojamais rien.

211 ZU à Home, ces demi-dieu- qu le ' 1 trôner sur les autels du monde catho-

pape envoie trouer bui nliisammenl,

■L ipncreMablllon racontait dejaplaisamm

hqiie. Le ptre m. • ^ i^g choses; c est

en 1697, comment se passaient ics

lui qui a nommé saints inconnus ceux que la papauté fabrique ainsi. C'est dans les catacombes, dans les anciens cimetières chrétiens, partout, enfin, où Ton peut espérer de retrouver des os de martyrs, qu'on va de temps en temps faire provision de saints nouveaux. La controverse placerait bien facilement, ici déjà, une objection. Le martyre, dirait-elle, ne suffit point pour prouver la sainteté. « Quand je livrerais mon corps pour être brûlé, dit saint Paul, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien.» On peut donc se faire brûler pour la gloire de Dieu et n*étre pas un' vrai saint, car on peut avoir couru au martyre par orgueil, par entraînement, comme on courrait à une bataille quelconque, et cette observation se trouve déjà chez plusieurs Pères, contemporains des grandes persécutions. C'est pourtant sur la seule foi de leur martyre qu'une foule de saints sont considérés comme saints, et, souvent, leur martyre même est aussi peu avéré que tout le reste. Jadis, on ne fouillait au moins que les tombeaux qui portaient, avec le nom du mort, certains emblèmes attestant le martyre; aujourd'hui, volontiers on se passe des emblèmes, du nom, et il suffit de la probabilité la plus légère pour que les os soient os de martyrs. On les prend donc; on les fait nettoyer par certains hommes chargés de

Page 1