K.vitAMziNE, X, p. 36: Solomev, YII, p. 2G
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correspondre aux intentions des futurs alliés ; le sort de la Livonie lui inspirait aussi des scrupules, cette conquête n'ayant pas assez profité pour l'Eglise ; s'il devait en être toujours de même, autant valait ne pas attaquer le tsarat. Lorsque ces grands intérêts étaient en jeu, le jésuite retrouvait sa rude franchise : « Je crains, dit-il un jour au roi, qu'à la suite de vos victoires, l'arianisme et l'athéisme ne pénètrent là où il n'y avait auparavant que le schisme. Ne serait-ce pas plus prudent et plus sûr d'arranger les affaires de la Livonie et de former d'autres bons projets? » Ces paroles firent impression. Bon gré, mal gré, le roi revenait aussi à la modération, promettait de mûrir ses idées avant d'interpeller les bailleurs de fonds; Possevino espérait même que « par amour de Sa Sainteté, toutes les prétentions seraient ajournées et la trêve prorogée de deux ans «. 11 eût profité de ce temps pour exploiter la reconnaissance supposée des Moscovites et faire de la propagande'. L'encre avec laquelle il
1. « lo mi era scordato di dir a Voslra Signoria Illustrissima ch'il re , ragionandoini di quel negotio per cui di costi in Praga hebbi quella risposta satisfatturia, mi disse clie anderebbe cou più uiaturità nel pigliare l'impresa et nel deliberarsi di mandare ad altri principi alcuno, acciocliè non coniinciasse cosa che poi facilmente non riuscisse. Il che disse dopo l'havergli ritoccato alcuue di quelle ragioni le qiiali si toccarono a Lublino. Et hora che, se beue i senatori erano di parère che attendesse a quel negotio, nondimeno il regno lia francaniente risposto di non volerlo, et che si continui nella pace, spcro in Dio, che saranno occasioni, onde egli restando costa alTettiouato et pigliando per aventura (come gli propongo), occasione del brève che da Sua Beatitudine ho portato a Moscoviti, niostrerà che per amore di Sua Beatitudine differirà ogni pretensione, et si prorogherà la tregua insino a due anni; fra il quai tempo sarà opportune trattare di introdurre nei conllni di Moscovia qualche bene, tenendosi coloro per beneficiati in questo fatto dalla Sede apostolica. » Archives du Vatican, Si'clia. XCV, p. 3j4, Possevino au cardinal de Côme, 26 février 1585, post-scripturn.
l>nOJETS MILITAIHES DE JiATIIOm'
Iraçait ces lignes était encore fraîche, quil recommandait à Malaspina, nonce auprès de Rodolphe, de ne pas traverser les projets de Hathory sur Smolensk. et de se borner, dans les rapports avec les Russes, à des envois gracieux de vins et de comestibles : pro- <:édé étrange, qui trahit Tabsence d'une idée nette et claire '.
L'entrevue avec les ambassadeurs fut des plus amii^-ales. Ils reçurent le bref destiné à Fedor avec de vives démonstrations de joie et de reconnaissance. Possevino fut prié d'intervenir auprès du roi pour obtenir la prolongation de la trêve et' régler l'interminable question de l'échange des prisonniers. On lui fit aussi d'aimables instances, afin qu'il écrivit à Fedor et à Boris Godounov; excellente occasion de rendre service aux Moscovites et aux Polonais, de plaider les concessions mutuelles : le jésuite-diplomate rentrait dans son rôle. Bathory accepta volontiers l'intervention de son fidèle partisan, échangea ses idées avec lui au sujet des négociations, tint compte de ses représentations, et c'est ainsi que Possevino eut sa part dans la nouvelle trêve accordée aux Moscovites. In trait saillant de son caractère parait ici en pleine lumière : c'est la facilité avec laquelle l'ardent apôtre se laisse séduire par son idéal d'un monde renouvelé, d'une Moscovie catholique, d'une Asie christianisée. Après avoir traité longuement avec Troïékourov et Beznine, fort peu initiés à cet ordre d'idées, il n'en prévoit pas moins de prochaines transformations : un cardinal-légat au Kremlin, la couronne de Monomaque soudée à celle des Jagellons, les plateaux de l'Asie accessibles à l'Evangile;
1. Aicliives du Vatican. Si'i'tia, XC^ , j). 3o7, Possevino à Malaspiiui, '27 février 1585.
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et il est tout persuadé que le cardinal de Cônie partage les mômes espérances. Voici les lignes qu'il Im' adresse en date du 5 mars 1585 : « Votre Seigneurie Illustrissime sait d'ailleurs (jue le changement des choses en Moscovie est imminent et qu'il y a un espoir assez fondé de la réunir à ce royaume, après quoi la porte s'ouvrirait pour pénétrer dans le cœur de l'Asie ^. « Si hardies que soient ces échappées, leur origine esl imputable à certaines négociations mystérieuses qui avaient été habilement greilees sur celles de la diète de Varsovie, et dont il nous faut prendre connaissance. Avant tout, les émissaires russes devaient se concilier les représentants de la nation; le succès fut complet. Troïékourov eut bientôt découvert que Mikhaïlo Golovine jouissait d'un grand crédit et que l'on jurait sur la parole du traître. Pour le perdre dans l'esprit de ses hôtes, un stratagème machiavélique fut imaginé : un employé subalterne de l'ambassade se lie d'amitié avec un collègue indigène, on se met à boire ensemble à la façon des Slaves du seizième siècle, et lorsque le Polonais est suffisamment allumé, le Moscovite simule des accès de tendresse expansive, se fait prêter un serment d'inviolable secret, et révèle enfin que Goloviiie n'est ni plus ni moins qu'un espion; gravement compromis par un vol, tombé en disgrâce, pour échapper à la peine, il avait demandé à faire le délateur; s'il répand l'argent à pleines mains, c'est que le tsar l'en a largement pourvu. Le Polonais dégrisé n'eut rien de plus pressé que de se parjurer; dès lors Golovine devint suspecta En même temps, les Russes proposèrent à la diète une étroite alliance contre le khan de Crimée.