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c'est par suite d'une cause majeure et pour un bref délai. Or, depuis ({uelques années, Possevino soccupail de questions diplomatiques; quoiqu'il le fît sur l'ordre exprès du pape, de fâcheuses conséquences n'en étaient pas moins inévitables, l'ne sourde rivalité régnait entre Rodolphe et Bathory, ils avaient sur Moscou des vues diamétralement opposées, et se disputaient avec aigreur quelques arpents de terre en Hongrie; il n'était guère possible de contenter au môme degré les deux souverains, et, pour la Compagnie de Jésus, qui avait des collèges en Autriche et en Pologne, l'impartialité s'imposait comme un devoir inéluctable. Possevino s'efforçait de se maintenir en parfait équilibre, mais des deux côtés la malveillance et la jalousie le poursuivaient des plus amères critiques. Le seul moyen d'échapper aux soupçons et aux reproches, c'était d'abandonner la partie. Doué d'une haute pénétration, Acquaviva ne tarda pas à s'en apercevoir; dès lors sa résolution fut prise. 11 va trouver le pape, lui expose l'ensemble des circonstances et demande le rappel de Possevino, au moment môme où Bathory étendait les privilèges de l'académie de Yilna et déclarait à la diète qu'il renoncerait plutôt à la vie qu'à la fondation de Polotsk : on avouera que cet acte ne manquait pas de vigueur et de désintéressement. Le pape se rendit aux observations du général, et Possevino obéit sans murmurer aux ordres pontificaux. A cette époque, rien ne présageait encoio (pie ses loisirs ne seraient pas de longue durée.
Sur les bords de la Passarge, dans le diocèse de Varniie, s'élève le collège de Braunsberg; la solitude et la tranquillité en font les plus grands charmes ; il doit son
existence au zèle éclairé du cardinal Hosius; une fondation spéciale de Grégoire XIII permettait d'y élever gratuitement les jeunes aspirants aux missions de Suède, de Moscou et, en général, du Xord de l'Europe ^ C'est là que Possevino, se conformant aux désirs du pape, consacrait son temps aux études, réfutait les erreurs des hérétiques contemporains , prenait la défense du nouveau calendrier, écrivait des traités et des livres qu'il adressait tantôt à Jean III, tantôt au voïévode Sigismond. Dévoré d'activité, il échangeait souvent la plume contre le bâton de pèlerin ; des tournées apostoliques en Saxe, en Bohème, en Livonie, en Lithuanie, voire en Pologne, succédaient aux travaux littéraires. A Riga, sa présence mit un terme aux troubles : la ville était en révolte, le départ des jésuites marquait le triomphe des hérétiques. Possevino sut apaiser les esprits et ouvrir la voie à la conciliation. Une œuvre de zèle l'amena à Dorpat, destiné à servir de poste avancé pour Moscou : une école de missionnaires y fut fondée sur le modèle de celle de Braunsberg. Jamais cependant l'infatigable voyageur ne s'aventurait jusqu'à la cour de Varsovie, c'eût été se laisser prendre de nouveau dans l'engrenage des affaires politiques; mais Stéphane Bathory, privé de son auxiliaire, n'en poursuivait pas moins les projets de fusion slave ébauchés à l'époque de la dernière diète.
Les paroles de Troïékourov, lorsqu'on lui fit les premières ouvertures sur l'union des deux peuples, furent saisies au vol et suivies d'un résultat pratique au début de l'année 1586. L'envoyé de Fedor avait modestement avoué son incompétence, en suggérant l'idée de s'adresser directement à son maître. Bathory résolut
1. EicHHORN, II, p. 177, 297 ; Theinlu,/» Siicc/c, III, p. 3ô5,n" CXLII.
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en conséquence d'expédier à Moscou son fidèle Haraburda.
A propos de ces négociations, Karamzine s'écrie naïvement que le roi de Pologne « envoya un ambassadeur extraordinaire avec une proposition si inattendue que le conseil du tsar en fut frappé de stupeur' ». Il faut supposer que le célèbre historiographe a ignoré les pourparlers précédents avec Troïékourov ; les boiars, mieux partagés, avaient eu tout le temps de se remettre d'une première impression de surprise. Leur étonnement est donc une supposition gratuite de Karamzine. A la même occasion, Soloviev se livre à des conjectures si hardies que la critique ne saurait les admettre. La nouvelle s'était répandue en Pologne que l'archiduc Maximilien ambitionnait la couronne de Fedor, l'empereur et la diète de Piatisbonne semblaient s'y intéresser : c'est Bathory lui-même qui en fait la confidence à TarnoAvski. Soloviev y ajoute de son propre chef le commentaire suivant : « Bathory, Zamojski et plusieurs autres magnats ne craignaient rien tant, dit-il, que l'élection d'un archiduc au trône de Pologne; or cette élection serait inévitable, si un autre archiduc devenait tsar de Moscou ; il fallait donc réagir contre les machinations autrichiennes , c'est dans ce but que Ilaraburda est chargé de porter au Kremlin des paroles de paix-. « Toutes ces affirmations sont plus ou moins arbitraires, elles présentent les faits sous un jour altéré : Bathory voulait, en effet, écarter la maison d'Autriclie. mais le point culminant des convoitises polonaises portait sur les provinces moscovites, la mission de Haiaburda se rattache au plan d'annexion communiqué à Troïékourov.