Komulovica izvjestaj, p
rait se borner aux subsides et aux conditions que Sa Sainteté jugerait les plus convenables '. »
En parfaite harmonie avec ces témoignages que Ton pourrait appeler romains, à cause de la source dont ils émanent, se trouvent ceux des Polonais les mieux initiés aux secrets du gouvernement. En 1596. le cardinallégat de Pologne, Caétani, envoyait son secrétaire Vanozzi auprès de Zamojski pour le sonder sur la ligue contre les Turcs méditée par Clément YIIl. On traita le sujet à fond, à tous les points de vue, en remontant jusqu'au règne précédent; le chancelier exprima son opinion franchement : une guerre offensive lui semblait préférable à une guerre défensive, et le meilleur moven. d'après lui, d'organiser la ligue serait de reprendre les projets de Sixte-Quint et de Bathory qui avaient pour base l'alliance avec Moscou ou bien avec la Perse, en y admettant même les Tatars. Venise et l'Espagne devraient s'y joindre, afin que l'on pût attaquer les Turcs simultanément par terre et par mer. les entourer de tous côtés, porter la guerre dans le sein du pays, et. sans laisser à l'ennemi le temps de respirer, s'emparer de Constantinople ; Zamojski ajoutait que ces négociations avaient été enveloppées dans un profond mystère, et qu'il possédait les lettres autographes et révélatrices du roi et du pape ^. Entre ces discours du chancelier et les affirmations de Jolkiewski il y a une analogie surprenante. Dans un message, auquel il attachait la valeur d'un testament, le vieux et noble hetman, ami et confident de Bathory, s'explique de la sorte vis-à-vis de Sigismond III : « Au cours de son écrit, livré à la publicité, le palatin de Posen [Jean Ostrorog) rappelle que
1. Archives Borghèse, III, 65, d, p. 120, dépêche do Malaspina, 2 novembre 159'i.
2. XiEMcEwicz, II, p. 2 16 à 290, papiers de Yaiiozzi, surtout p. 235 et 236.
j'étais initié, du temps du roi Stéphane, de sainte mémoire, au projet secret de guerre que le roi méditait et préparait contre les Turcs. Il négociait secrètement, au sujet de cette guerre, avec le pape Sixte-Quint, avec le roi d'Espagne Philippe 11, sondait Moscou par Ivan Pétrovitch Chouïski ; tout se passait dans le plus grand mA'stère ; parmi les Polonais, à peine étions-nous quatre, que je sache, au courant de ces faits. Les choses n'étaient pas encore assez mûres pour être présentées à la diète, la mort du roi Stéphane a tout arrêté. Cependant tel était le projet à exécuter : le roi, à la tète des armées de terre, devait se réunir en Grèce, dans l'Archipel, avec la flotte commandée par le prince de Parme [Alexandre Farnèse)^ et attaquer ensemble, par terre et par mer, l'ennemi commun de tous les chrétiens ; jamais le roi n'a songé à traverser avec ses troupes la Valachie, il redoutait des obstacles pour le passage du Danube, ce que nous n'avons plus à craindre maintenant à cause du grand nombre de Cosaques ; il n'y en avait pas alors la centième partie. En somme, le même plan de guerre est encore la voie unique de salut*. » Wereszczynski, évêque de Kiev depuis 1589. toujours activement mêlé aux afl'aires de son pays, affirme le même fait en y ajoutant des détails d'un autre genre. Bathory aurait étudié à fond la topographie de la péninsule des Balkans, consulté les cartes géographiques, interrogé les hommes compétents. Aussi bon capitaine qu'administrateur prévoyant, il aurait calculé le nombre et le genre de troupes nécessaires pour une campagne anti-ottomane, et supputé d'avance les frais de leur équipement, de leur entretien et de leur solde. Les chif-
1. BiELowsKi, p. 377, Jolkiewski à Sigismond III, 26 août 1620, in vim tcstamenti. L'écrit d'Ostrorog auquel il est fait allusion n'a pas été retrouvé.
428 PROJETS MILIT\IHES DE RATHOIO
fres sont cités d'après un autographe du roi ; on se rappelle que le cardinal André avait présenté à Sixte-Quint des considérations analogues. Chose à noter : l'évêque de Kiev est favorable à l'alliance avec le tsar, le contingent que celui-ci pourrait fournir contre les Turcs est énuméré soigneusement '. Le lecteur ne nous en voudra pas, en vue de l'intérêt qui s'y rattache, d'avoir accumulé les citations. Quelle est la conclusion qui s'en dégage ? L'existence d'un traité ébauché, peut-être même approuvé à Rome, nous parait indéniable ; le traité conclu, ou sur le point de l'être, entre Sixte- Quint et Bathory atteignait l'Islam ; dès lors, nul doute que l'Islam n'en fût l'objectif principal ; à moins de concentrer ses forces et de s'assurer des alliances, aucun prince du seizième siècle n'eût osé attaquer la puissance ottomane ; les mesures concertées, à la même occasion , contre Moscou ne pouvaient donc avoir qu'une importance secondaire ; le grand effort se dirigeait contre le grand ennemi, contre le Turc.
!Mais revenons au mois de décembre 1586. Dans le courant des premières semaines, les négociations furent terminées ; Possevino, muni de lettres pontificales -. reprit le chemin de la Pologne en compagnie du nouveau nonce, Annibal de Gapoue. Fidèle à ses principes de discrétion, Sixte-Quint, après leur départ, dit laconiquement à l'ambassadeur Gritti qu'il envoie l'archevêque de Naples à Varsovie et Possevino à Moscou « pour y faire tout ce qui est en notre pouvoir de faire, et, s'il y avait moyen de faire davantage, ajouta-t-il, nous le ferions volontiers pour le bien de la religion
1. Wereszczynski, p. 101 à 102, 108 à 110, 151 à 152. Sixte-Quint est nommé, par erreur, Pie.
2. Archives d'Etat de Venise, Bolle, b. 11, n° 442; Archives du Vatican, Sixli V bres'ia ann. I et II. p. 253 à 254.
chrétienne ». Les deux diplomates pontificaux s'en tinrent à la même réserve. Venise les attendait au passage.
Le 19 décembre, Annibal de Capoue paraît devant le doge : accueil pompeux, échange de politesses, oilVe mutuelle de services, pas un mot d'affaires. Le lendemain, c'est le tour de Possevino. Chose étrange ! le promoteur d'ordinaire si verbeux de la ligue anti-ottomane, muni de pleins pouvoirs de Bathory, se renferme cette fois dans un mutisme parfait. Il se borne à déclarer, en plein collège, qu'il est en route pour ^loscou, que sa mission se rapporte aux intérêts de la foi et à l'union des souverains chrétiens. Interpellé d'office par le sénateur Valiero sur les graves affaires auxquelles Bathory fait allusion dans sa lettre, il s'offre à donner les renseignements qu'on voudra bien lui demander, en affirmant qu'il n'a pas autre chose à dire. Toutes ses pensées semblent plutôt se reporter vers le séminaire fondé à Saint-Marc par Grégoire XIII ; des mesures sont prises pour assurer Fexistence et la prospérité de cet établissement. De même que les discours du jésuite, les réponses officielles de la seigneurie au pape et au roi de Pologne sont vagues et anodines, silence complet sur les Turcs. On a supposé en vain l'existence d'un rapport secret envoyé à Rome par Possevino, la pièce à laquelle il fait allusion dans sa lettre au cardinal Azzolino n'est autre chose probablement que son discours sur les séminaires ^
A Venise, Possevino se sépara de l'archevêque de Xaples. Jusque-là, voyageant ensemble, ils avaient lu et commenté la Moscovia^ causé longuement d'affaires sla-
1. Archives d'État de Venise, Esposizio/ii, lîonia, 11^ 19 et 20 décembre 1586; lioina, Delib. Sert., X; Se/i. Secr., CVII, 27 décembre 1586; GuAziAM, I, p. 209, 325.
ves. Ils ne devaient plus se rejoindre qu'à Olinutz sous de funèbres auspices.
Dans les premiers jours de janvier 1587, le cardinal André Bathory reçut à Rome une attristante nouvelle : à l'apogée de sa gloire militaire, sur le seuil d'une entreprise gigantesque, le roi de Pologne venait de terminer brusquement sa laborieuse carrière. Rien ne faisait prévoir cette fin prématurée, Stéphane n'avait que cinquante-trois ans. Au plus fort de l'hiver il chassait dans les forêts de Grodno, lorsqu'un violent refroidissement l'obligea de s'aliter, — quatre jours après, le grand roi n'était plus. Le cardinal communiqua au pape le fatal message, et c'est encore l'ambassadeur de Venise qui nous rend compte, dans sa dépêche du 10 janvier, de l'impression produite au Vatican par ce deuil imprévu. « Mardi soir, écrit Giovanni Gritti au doge, un courrier vint annoncer au cardinal Bathory la nouvelle de la mort de son roi de Pologne, et Sa Seigneurie illustrissime en informa le pontife, qui en ressentit une tristesse incroyable et ne put retenir ses larmes. Dans la matinée du mercredi. Sa Sainteté, très affligée, se rendit au consistoire. Elle y déclara que son àme était remplie d'une extrême douleur et amertume, à cause de la mort d'un roi magnanime, vaillant et catholique : magnanime, parce que le roi Stéphane avait toujours aspiré à des choses grandes et élevées, et encore récemment, il roulait dans sa tête des pensées généreuses et pleines de hardiesse ; vaillant, car aucun danger ni aucune infortune n'ont pu le détourner de ses entreprises ni ralentir ses efforts. Quant à sa constance dans la foi catholique, sa manière d'agir en témoigne
PROJET COMMUNinlK A SIXTE-QUINT 431
avec éclat ; mais c'est surtout un discours, prononcé clans certaines circonstances à la diète, qui prouve combien il était ferme à cet égard; car, après avoir dit qu'il défendrait le catholicisme avec tous ses Etats et de toutes ses forces, il dégaina son épée en s'écriant : « Avec « elle seule, si le reste venait à nous manquer, nous dé- « fendrons la religion chrétienne !» Et, tournant contre sa poitrine la pointe meurtrière, il ajouta : « Si je me « croyais en danger de ne pas mourir catholique, je me (( donnerais immédiatement la mort plutôt que de jamais (( trahir mon àme. » C'est ainsi, dit le pontife, que nous avons perdu ce prince, dans lequel nous avions mis un grand espoir et à qui nous avions envoyé bon nombre d'écus en billets de banque (je tiens de bonne source ({ue cette somme monte à vingt-cinq mille écus , dans l'intention de nous élancer avec son aide par la voie de la Moscovie contre les Turcs, après nous être réunis dans ces régions aux Tatars et aux Perses. Nous attribuons ce désastre à nos péchés, mais nous ne voulons pas perdre courage, car le Christ nous a promis de ne pas nous abandonner, en nous disant : non relinquam vos orpJiatios^. »
Le pape chargea ensuite le cardinal Farnèse de former une congrégation spéciale qui se réunirait dans son palais pour régler les allaires polonaises. Les membres de cette congrégation furent Azzolino, les deux cardinaux polonais Bathory et Radziwill, les deux anciens nonces de Varsovie Laureo et Portico , enfin Ruggieri et Graziani, qui avaient aussi visité la Pologne. André Bathory en fut quitte pour sa nomination; évitant les frais de représentation, il s'en alla passer quelques jours à Grotta Ferrata dans une villa de Farnèse, pour
1. .Vrcliives d'État de Venise, Scn., Jioma^ 158G, p. 511, 517. GriUi au doge, 10 jiuivier 1586 (m. v.), deux dépèches du même jour.
se rendre de là en Pologne et tenter la fortune aux prochaines élections. La congrégation décida que l'archevêque de rs'aples devait continuer sa route, lors même qu'en vertu de la constitution il ne pourrait pénétrer en Pologne qu'après la convocation de la diète; l'envoi d'un cardinal-légat fut pour le moment jugé inopportun; on écarta d'avance toutes les candidatures non catholiques au trône des Jagellons ; quant au reste, les événements dicteraient la conduite à tenir. Ainsi s'évanouissaient soudain les projets grandioses combinés dernièrement à Rome. Il ne fallait plus songer à une croisade, ni s'attendre à voir les aigles polonaises planer au-dessus des mosquées de Byzance : les rêves de conquête descendaient dans la tombe de Bathory avec son génie militaire et sa royale énergie. Parmi les survivants, quatre fidèles compagnons d'armes avaient seuls été initiés au secret; de leur nombre est ce fameux hetman qui tracera avec son sabre un sanglant sillon dans les terres moscovites et sera, pour quelques heures, le maître du Kremlin.
Possevino ne fut pas des derniers à comprendre que la situation était changée du tout au tout. La funèbre nouvelle le surprit dans les montagnes duTyrol, elle lui fut confirmée à Innsbruclc par le duc de Bavière, déjà au courant des troubles qui agitaient la Pologne. Bathory avait exercé trop rudement son métier de roi pour ne pas armer contre lui les fauteurs d'anarchie, on lui prêtait le dessein d'abolir le principe électif dans la succession au trône , et ces soupçons augmentaient le nombre des mécontents. La mort épargna au chevaleresque souverain d'amères désillusions , mais un déchaînement de passions politiques longtemps comprimées par son bras de fer se laissait maintenant prévoir : la prudence s'imposait avec une nécessité absolue.
Possevino garda en portefeuille les lettres moscovites et ne songea pour l'instant qu'à faire face aux événements. L'élection d'un nouveau roi le préoccupe, l'avenir en dépend, aussi se croit-il autorisé à suggérer au cardinal Azzolino les mesures qui semblent les plus opportunes. Il conseille d'envoyer au plus tôt en Pologne le cardinal Radziwill ; premier sénateur de Lithuanie où la majorité est dissidente, apparenté avec les principaux magnats, ses talents, son nom, son prestige, pèseront fortement dans la balance, sans compter qu'il aura ainsi l'occasion de visiter son diocèse de Vilna. Des brefs pontificaux avec l'adresse en blanc, à distribuer au gré du nonce, rendraient aussi de bons services ; ainsi pourrait-on maintenir l'unité dans l'action et diriger le mouvement électoral. Les prévisions du jésuite vont encore plus loin : il est persuadé qu'à défaut d'un archiduc d'Autriche, c'est le prince royal de Suède, Sigismond, neveu de la reine Anne, qui occupera le trône vacant. Ce dernier cas échéant, il faudrait marier le nouveau roi à une fille de l'archiduc Charles, afin de concilier les intérêts de l'Autriche avec ceux de la Pologne. Une paix solide et durable entre ces deux pays profiterait à la foi catholique : par égard pour l'empereur, le tsar de Moscou n'in([uiéterait plus la Livonie, le roi de Suède s'enhardirait dans des projets favorables à l'Eglise. Le système d'alliances entrevu par Possevino se réalisera un jour, mais le dénouement pacifique sera amené par les armes. Tout plein de ces idées, le négociateur pontifical comptait se rendre à Vienne en passant par Salzbourg, l'abondance des neiges l'obligea d'y renoncei- et il se dirigea sur la Ijohème. Arrivé à Prague, un secret pressentiment de malheur lui inspira le désir de se retirer du monde politique : les confidences de l'archiduc Maximilien y furent pour beaucouj).
Les Habsbourg et les Vasa avaient les chances les plus sérieuses pour obtenir la majorité des suffrages. ]Maximilien , grand-maître de l'Ordre teutonique. se portait candidat; délié de ses vœux, il se serait marié à la fille du roi de Suède, aurait réconcilié Zamojski avec les Zborowski et protégé efficacement la religion. Fort de ses bonnes intentions, le frère de l'empereur demandait l'appui de Possevino. Celui-ci répondit par de vagues promesses d'impartialité, conseilla de s'en remettre à la Providence et de s'entendre , pour ne pas diviser les forces, avec les trois autres archiducs qui posaient aussi leur candidature ; mais les terribles embarras de la situation se présentèrent vivement à son esprit : il comprit qu'il n'y aurait pas moyen de satisfaire tous les partis et demanda sans retard , dès le 22 janvier, l'autorisation de se réfugier dans quelque coin perdu, pour laisser passer au-dessus de sa tête la tempête électorale.
Les événements devancèrent les correspondances. Possevino eut avec le nonce une entrevue à Olmutz ; il se rendit ensuite à Cracovie pour regagner au plus tôt le collège de Braunsberg qui naguère lui avait servi d'asile, mais où il ne parvint pas, cette fois, à se faire oublier. Au plus fort de la mêlée , son nom fut prononcé, les partisans autrichiens s'effarouchèrent, des reproches de partialité s'élevèrent contre lui, Maximilien les lui adressa directement, leur écho parvint jusqu'à Rome. La Compagnie de Jésus avait à cœur de rester, en dehors de la lutte, simple spectatrice des événements : elle défendait les mêmes intérêts spirituels en Autriche et en Pologne, et n'avait pas mission de se mêler de politique pour favoriser un parti au détriment de l'autre. Le général Acquaviva y veillait avec soin, il fit auprès du pape les plus vives instances , afin que
Possevino fût rappelé en Italie, et il obtint gain de cause. Le 6 avril, le cardinal Montalto transmit en Pologne les ordres pontificaux. Possevino lui-même aimait trop sa vocation pour ne pas désirer d'échapper à cet écueil ; le 11 avril, redoutant de plus en plus les embarras, il avait écrit non seulement à Azzolino , mais encore au pape, en demandant de nouveau son rappel et, sitôt que l'avis en est arrivé, il quitta le collège de Braunsberg : vers la fin de juin, Padoue le revoit dans ses murs, déployant la même activité sur un autre terrain. Tour à tour diplomate et érudit , il reprend maintenant la plume et compose sa Bibliotheca selecta. vaste et savant recueil; toujours apôtre, sa parole entraînante retentit du haut de la chaire, ses ministères auprès de la jeunesse se multiplient; on recherche sa direction, ses conseils; parmi ses pénitents il compte François de Sales, futur évéque de Genève et docteur de l'Eglise'.
Tandis qu'il se livrait à ces travaux pacifiques, une lutte acharnée se déclarait en Pologne, l'enjeu n'en était rien moins que la couronne des Jagellons ^. Trois candidats, pour ne rien dire des timides prétentions des Bathory, se trouvaient en présence; trois grandes puissances étrangères se disputaient la terre classique de la liberté : Moscou, l'Autriche et la Suède. Dès que Stéphane eut fermé les yeux, on se rappela au Kremlin ses projets d'union slave; en Pologne, le parti lithuanien inclinait vers l'élection de Fedor et conseillait aux boïars de répandre de l'or pour acheter la victoire. Les Moscovites adoptèrent une autre politique : belles pro-
1. Voir les lettres de Possevino dans Graziam. I, p. 302 à 308; DoRiGNY, II, p. 93. — Archives du Vatican, Polonia. .XXIII, p. 36, 39, Montalto au nonce de Pologne et à Possevino.
2. Heidenstein, Rer. poL, p. 243 à 26.5; Kakam/.ine. X p. 85; SoloviEv, VII, p. 292 à 299; Caro, passini.
messes pour après l'élection, mais auparavant pas un<; obole aux électeurs. C'était aller au-devant d'un échec : ni rautonoinie intérieure, ni l'action commune contre les Turcs, ni les avantages commerciaux, ne tentaient suffisamment des hommes désireux avant tout de se faire payer leurs voix. En dehors de ces mesquins calculs, la disparité des cultes présentait une difficulté insurmontable : la majorité catholique de la Pologne n'eût jamais accepté un roi orthodoxe, et Fedor n'entendait pas changer de religion. Une curieuse consultation eut lieu à cet égard : Gomolinski, secrétaire royal et dignitaire ecclésiastique, demande à Possevino son opinion sur le choix à faire entre Sigismond de Suède et Fedor de Moscou. La clarté de la réponse ne laisse rien à désirer : Sigismond est catholique, et vis-à-vis des candidats catholiques la plus stricte impartialité s'impose aux jésuites; quant à Fedor, c'eût été trahir l'Église et compromettre la liberté que de prodiguer des suffrages à un orthodoxe, incapable de gouverner par lui-même : une oligarchie tyrannique remplacerait la royauté '. Cependant les Lithuaniens ne se décourageaient pas , des lettres et des ambassades s'échanireaient avec le Kremlin, les Moscovites obtinrent à la diète des succès éphémères, mais au moment décisif ils n'eurent pour leur part que des abstentions : les voix se partagèrent entre l'Autriche et la Suède.
Pour le malheur de la Pologne, il y eut, à trois jours de distance, une double élection. Le 19 août 1587, Sigismond fut acclamé; la reine Anne et Zamojski le soutenaient vigoureusement, et le primat, en se déclaiant pour lui, décida la victoire longtemps douteuse. Le parti des Zboro^vski, nombreux et remuant . ne se tint pas
1. TouKGUÉNEv, II, p. 10, 11° XII; Archives du Vatican, Polonia. XXYII, p. 140.
PROJET COMMIMOl E A SIXTE-Ol I>T
pour battu et. repoussant la première élection, ils décernèrent la couronne, le 22 août, à leur propre candidat, l'archiduc ]Maxiniilien. L'exaspération des esprits parvint alors à son comble, désormais le terrible débat n'admettait plus d'autre solution que celle des armes. Maximilien leva des troupes à la hâte et vint camper sous les murs de Cracovie où une première défaite lui lut infligée, le 24 novembre ; lorsque Sigismond, plus favorisé par la fortune, accueilli avec enthousiasme, entouré de dévouement, eut posé sur son front le diadème des Jagellons, son rival découragé battit en retraite et se retira en Silésie; Zamojski, payant d'audace, le poursuivit à marches forcées, passa la frontière, présenta la bataille à Pitschen, remporta une sanglante victoire : le 24 janvier 1588, Maximilien rendit son épée au vainqueur et se constitua prisonnier.
A cette nouvelle inattendue, un cri de compassion et d'alarme retentit parmi les Habsbourg d'Autriche et d'Espagne. L'impératrice-douairière, mère du captif, est frappée de douleur; Philippe II, sensible à l'outrage, songe à la revanche par les armes ; d'un commun accord, on s'adresse au pape en le priant d'intervenir. La cour de Rome se vit , par suite de cette démarche, placée dans une situation délicate : malgré ses griefs contre Philippe et son aversion de Rodolphe, Sixte-Quint ne voulait manquer de déférence ni envers le roi d'Espagne, ni envers l'empereur ou sa famille ; d'autre part, Sigismond, roi de fait, réputé bon catholique, protestait de son dévouement et demandait l'appui du Saint-Siège. Dans les consistoires, saisis de ces questions épineuses, les avis se partagèrent entre l'abstention et l'intervention. Le cardinal de Joyeuse, profilant de l'occasion, fit valoir les droits de son maître. Henri 111, sur la couronne de Pologne, mais personne
ne prit ces réclamations au sérieux. Sixte-Quint s'arrêta à un moyen terme qui lui permettait de dominer tous les partis. Il résolut d'envoyer un légat, accrédité non pas auprès de Sigismond, mais auprès de toutes les parties intéressées, et avec la mission générale de pacifier la Pologne.
Cette légation aussi brillante que laborieuse fut offerte au protecteur de la République , Alexandre Farnèse. Le « grand cardinal » qui avait fait tant de papes sans jamais parvenir lui-même à la tiare était déjà sur le déclin de l'âge, ses forces et sa santé menaçaient de le trahir, ses pensées se reportaient assidûment vers l'éternité, il déclina l'honneur et la charge, préférant rester à Rome où il élevait à ses frais, sur les dessins de Vignole, l'église magnifique du Gesù. Le dévolu pontifical tomba alors sur le cardinal Aldobrandini. Parti de plus bas que Farnèse, il arrivera plus haut. Une modeste maison de banque avait été le premier théâtre de son activité; son père, légiste célèbre, voyait avec peine un tel talent dépérir avant même d'avoir été cultivé, mais les moyens lui manquaient pour faire étudier le jeune Ippolito. Une simple confidence à Farnèse suffit pour éveiller l'intérêt du charitable Mécène, il pourvut à la pension et aux besoins du copiste qui s'appliqua dès lors à la théologie. Lent mais tenace, âpre au travail sans posséder de dons brillants, Aldobrandini monta de degré en degré jusqu'à la pourpre. La gêné' rosité de Farnèse lui avait ouvert la carrière des lettres ; la légation de Pologne , refusée par le même cardinal, le mettra sur le chemin de la papauté. Les préparatifs matériels, grâce au o-rand-duc de Toscane désireux de plaire à Rome et à Prague, ne souffrirent ni difficulté ni retard. Aldobrandini songea à s'entourer d'hommes compétents et initiés aux affaires slaves, il voulut s'ad-
joindre Possevino, ne prévoyant de ce coté aucune résistance. Il se trompait profondément : Acquaviva s'y opposa, invoqua de graves motifs et déploya une telle énergie que force fut au cardinal de céder et de s'en tenir à la correspondance. Du fond de son collège de Padoue, Possevino suivait toujours d'un œil attentif les événements de Pologne; engagé par son général à renseigner le légat, il lui envoya des livres et lui présenta des mémoires. Nous n'avons retrouvé qu'un seul de ces derniers, rédigé au lendemain de la double élection. Le jésuite se prononce en faveur de Sigismond et indique les moyens d'apaiser les Habsbourg, voire d'amener une alliance entre l'Autriche et la Pologne. Cette idée le préoccupait depuis quelques années déjà. Imbu de l'opinion alors courante , les liens de famille lui semblaient suffisants pour unir les Etats ; il avait été question naguère de marier Sigismond à une sœur de Rodolphe ; après la mort prématurée de celle-ci, on mit les yeux sur une fille de l'archiduc Charles, des portraits furent échangés, en 1581, entre Graz et Stockholm; la politique conseillait ce mariage, les sympathies mutuelles le favorisaient, aussi est-il vivement recommandé comme le meilleur gage d'une solide amitié. Le même mémoire nous montre jusqu'à quel point Possevino était dominé par les vues surnaturelles de hi foi : s'il a plaidé jusqu'ici le mariage d'un Suédois avec une Autrichienne, il s'élève maintenant avec plus de vigueur encore contre l'union de l'archiduc Maximilicn avec la propre sœur de Sigismond. D'où vient ce revirement? C'est que la princesse Anne s'obstine dans l'hérésie, une propagande funeste poiuM^ait s'en suivre, il importe de l'étoulfer dans son germe •. Cependant quelque dé-
1. Archives Borglicso. III, 7'2 a, p. 676; III, l'i b, p. 291, Pi)sseviiio à Aldobraiidini, 'i eL 5 juin 158H.
taillées qu'elles fussent, des lettres écrites à distance ne remplaçaient qu'insuffisamment les services que Possevino eût rendus au légat en le suivant à\'arsovie. Aldobrandini ne se le dissimulait pas ; il garda longtemps rancune à la Compagnie du refus d'Acquaviva.
Le succès de la légation effaça dans la suite cette fâcheuse impression. Au début, les procédés de Sigismond n'inspiraient qu'un médiocre espoir de réussite, la bonne volonté ne lui faisait pas défaut . mais timide et fluctuant, osant à peine hasarder une parole par luimême, il s'en remettait en tout à Zamojski. Celui-ci se retranchait à son tour derrière le sénat et, d'accord avec lui, exigeait que Maximilien abdiquât ses prétentions à la couronne. D'autre part, la cour impériale , dissimulant sa faiblesse par des lenteurs, empruntait les dehors de la fermeté; pour triompher de ces obstacles plus apparents que réels, le légat se rendit lui-même à Prague. Après de longues négociations, on convint qu'une commission mixte de vingt membres , moitié Polonais, moitié Autrichiens, se réunirait à Beuthen. sous la présidence du légat : nouvel exemple d'arbitrage pontifical, analogue à celui de rannée 1582, et que Possevino s'efforçait d'introduire dans le droit international de l'Europe. Plus de six mois se passèrent en débats fastidieux, interrompus seulement par des séances orageuses. Enfin on finit par s'entendre ; l'empereur n'était pas en état de faire la guerre à Sigismond, il fallait bon gré mal gré se résigner à la paix, au moins cherchait-on à oljtenir des conditions tolérables. Les parties contractantes reconnurent la médiation du pape, et par déférence envers lui, Maximilien renonça au titre de roi de Pologne. Dans cette manière de ménager l'amour-propre des vaincus et de relever le prestige pontifical, on croirait reconnaître l'inspiration de
PROJET COMMINIQUÉ A SIXTE-Ql I>T 441
Possevino ; les formules de Beuthen semblent calquées sur celles de lam Zapolski. Sigismond s'engageait à rendre la liberté à l'archiduc, les Autrichiens évacuaient le territoire polonais , et les deux puissances restaient dans leurs limites respectives. Toujours préoccupé de la destruction de l'Islam, Sixte-Quint fit insérer dans le traité un article qui obligeait l'Autriche et la Pologne à ne rien stipuler, qui put leur porter un préjudice mutuel, dans les trêves avec les Turcs K Cette clause portait en germe l'alliance des deux Etats chrétiens contre l'ennemi menaçant du Bosphore; le caractère onéreux en retombait de tout son poids sur Rodolphe qui, préférant l'amitié des Russes à celle des Polonais, n'eût pas hésité à sacrifier ceux-ci à ceux-là dans les transactions avec les Ottomans. Les conceptions politiques de la cour de Prague n'étaient ni aussi vastes ni aussi désintéressées que celles de Rome; l'empereur n'accepta la condition pontificale qu'à regret. La nouvelle du traité conclu au prix de tant d'efforts parvint à Rome le 31 mars 1589. C'était le vendredi-saint, néanmoins le pape en informa immédiatement les cardinaux , non qu'il voulût troubler le deuil sacré de ce jour, mais pour reconnaître dans cet événement un bienfait du Roi éternel de la paix et lui rendre des actions de grâces. Les mérites personnels du légat n'en furent pas moins appréciés : comblé d'honneurs, entouré d'un brillant cortège, il vint en grande pompe saluer le pape dans le palais de Latran , à peine achevé par Fontana, et recevoir une approbation d'autant plus flatteuse qu'elle venait d'un juge moins suspect d'indulgence.
En se reportant quelques années en arrière, on peut se rendre compte de l'unité constante qui informe la
1. DoGiEL, I, p. 231 à 236, n« LVI : Jeta pacificationis Bitlwncnsis et Bendzinensis, 9 niartii 1589.
politique extérieure de Sixte-Quint. Au fond, en 1586 comme en 1589, c'est vers la chute de l'empire ottoman que convergent les efforts pontificaux. Lorsque Bathory se présente, armé de ses victoires, brandissant son épée, déployant un zèle d'apôtre, le pape consent à seconder sa marche hardie vers Byzance , fût-ce même « par la voie de la Moscovie ». Après la mort du valeureux capitaine, la situation se modifie, mais Sixte-Quint reste invariable dans ses idées : c'est avec l'Autriche qu'il tâchera d'unir la Pologne pour combattre l'Islam. Tel est, selon nous, le vrai point de vue auquel il faut se placer, pour juger équitablement les rapports de Sixte- Quint avec les Slaves. Des projets analogues se reproduiront sous Clément VIII.