M.uiEi, II, p. 390 ;\ 391; Sacchim, V, p. 170 à
maintenant encore elle peut lui porter un coup mortel, telle est l'opinion générale en Orient. Qu'une seule bataille soit gagnée sur les Turcs , que le tsar réunisse aussitôt cent mille hommes , qu'il marche droit sur Gonstantinople ; il n'aura qu'à se montrer dans la vallée du Danube, et de nombreux contingents se rallieront sous ses drapeaux; en quinze jours, l'armée comptera cinq ou six cent mille hommes, pleins d'enthousiasme pour le tsar libérateur; aucun obstacle sur la route , les portes de Stamboul s'ouvriront d'elles-mêmes ; en cas de résistance, trois jours de siège et cinquante galères suffiront pour la vaincre; après quoi, plus de Turcs en Europe. Quelle que soit la valeur stratégique de ce plan caressé par un missionnaire qui n'avait jamais tiré l'épée, il n'en témoigne pas moins du prestige dont jouissait en Turquie le monarque du Kremlin*. Quelques années auparavant, l'évèque de Nona, Pierre Cedulini , parcourant les mêmes pays, en avait rapporté les mêmes impressions ^. Un Stéphane Bathory sur le trône de Monomaque n'eùt-il pas changé la face de la presqu'île des Balkans? Mais le tsar Fedor n'avait pas le génie des conquêtes, et Boris Godounov aspirait à d'autres grandeurs.
Si les souvenirs qui nous restent des missions de Komulovic ne sont que trop fragmentaires, au moins estil avéré que ce zélé visiteur mérita l'approbation de Sixte-Quint. Des faveurs spéciales en font foi. L'église de Saint-Jérôme venait d'être restaurée par les soins du pape, ses petits-neveux en acceptaient le patronage, un collège de chanoines s'y établissait; Komulovic fut mis à la tête du clergé et devint le premier archiprétre de
1. Ce rapport {L. Komulovica izvjeslaj, p. 6) a été réimprimé par M. HuRMuzAKi (III, II, p. 13, n" XX) avec la fausse date de 1580.