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Téglise nationale des Dalmates ; en outre, on lui attribua la petite al)baye de Nona, située dans le diocèse de Zara. Les six années qui s'écoulèrent de 1587 à 1593 furent consacrées à des travaux qui n'ont pas laissé de traces dans l'histoire. Lorsque Clément VIII voulut soulever l'Europe contre les Turcs, les qualités de Komulovic , quelque rudes qu'elles fussent , son expérience , sa position , le désignèrent au choix pontifical.
L'équinoxe de l'année 1592 ouvrait le siècle onzième de l'hégire, date fatidique, car, d'après les traditionsmusulmanes, chaque nouveau centenaire voit surgir un grand homme et s'accomplir de grands événements. Le sultan Murad n'était certainement pas le héros destiné à se signaler; naguère brave et sobre, ami des lettres, il trompa les plus belles espérances sitôt qu'il eut franchi le seuil du harem; ses cinq frères, dont l'aîné n'avait que huit ans, furent égorgés sur ses ordres; peu à peu l'amour des femmes et la passion de l'or l'eurent réduit à l'état d'imbécile, tantôt assoupi, tantôt frénétique. D'une tout autre trempe, dévoré d'ambition. Sinan-pacha veut rendre son nom immortel; le conquérant octogénaire de Tunis rêve encore des lauriers, la Hongrie lui paraît une proie séduisante et facile, il triomphe des répugnances du sultan et l'engage à déclarer la guerre à l'Autriche. Grand effroi de l'empereur Rodolphe : deux fois par jour retentit la cloche des Turcs, les prières des chrétiens s'élèvent vers le ciel, Dieu seul peut donner la victoire : aussi bien, l'airain sacré annoncera la déroute et la fuite des Ottomans, lorsque les Polonais paraîtront avec Sobieski aux portes de Vienne ; maintenant il n'évoque encore que d'elfrayants souvenirs : pillages, incendies, massacres, captivité pire que la mort. Clément VUl déploie, de son
LES DEIX MISSIONS DE KOMULOVIC 449
côté, une grande activité diplomatique; ses émissaires parcourent l'Europe et l'Asie, munis d'instructions détaillées. Avec des pièces de ce genre à la main, nous suivrons l'abbé Alexandre depuis Rome jusqu'à Moscou, à travers la Transylvanie, les provinces du Danube et la Pologne : car tel était le rayon assigné à son zèle.
L'année 1593 approche de son déclin, les dernières mesures sont déjà prises, un profond mystère préside à l'expédition diplomatique, même les compagnons de Komulovic ne sauront le but du voyage qu'après avoir passé la frontière d'Italie i. Précaution inutile : le 2 octobre, l'ambassadeur de Venise, Paolo Paruta, avait déjà éventé le secret dans tous ses détails. Il annonce au doge que l'archiprêtre de Saint-Jérome ambitionne la mission de Moscou et que probablement il l'obtiendra. Le tsar lui-même, dit-il, n'a pas « la raison assez saine » pour traiter cette affaire, mais on espère que « les barons et les seigneurs « du pays s'y intéresseront, car ils sont censés animés d'ardeur belliqueuse pour avoir passé de longues années dans les loisirs de la paix ^. L'abbé Alexandre se mit en route dans le courant de novembre, sans se douter des dépêches indiscrètes qui l'avaient précédé à Venise. Il devait s'y arrêter, non pour traite iavec la seigneurie, mais pour s'aboucher secrètemeni avec des Albanais. L'ombre de l'immortel Scanderbeg planait au-dessus des montagnes qu'il avait héroïquement défendues , l'esprit d'indépendance animait ses compatriotes; désireux de sauver leur vie nationale, en brisant le joug islamique, ils s'adressaient tour à tour au doge de Venise, au roi d'Espagne , à l'empereur et
1. Voir les instructions romaines du 21 novembre 1593 {Noi'i izvori, p. 12 à 23, n" I), rc'imprimécs par M. Hukmlzaki (III, n, p. 36 à iO, n» LIV).