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Makouchev, p. Il

fervescence des esprits exigeait le mystère ; la diète allait se réunir, le 2 février, et siéger jusqu'au 15. Le plus strict incognito fut donc observé, le délégué pontifical n'eut que deux audiences rigoureusement secrètes. Sigismond lui révéla ses desseins : simuler l'amitié avec le sultan, réunir au printemps une nombreuse armée, en confier le commandement à Balthasar Bathorv, et, s'appuyant sur l'alliance de l'empereur, attaquer hardiment les Turcs. L'abbé Alexandre prêchait donc à un converti, lorsqu'il exposait au voïévode la théorie romaine sur les traités arrachés par la violence, nuls par conséquent et non avenus ; ou lorsqu'il lui conseillait d'éluder les ordres du padischah, de gagner ainsi du temps et d'entrer secrètement dans la ligue. La perspective d'un mariage avec une archiduchesse donnait encore plus de poids aux discours de l'abbé, et laissait entrevoir une alliance durable avec les Habsbourg d'Autriche et d'Espagne. Les mêmes questions s'agitaient sous une autre forme à la diète, avec des réticences discrètes, de manière à ne pas effaroucher les turcophobes et les hérétiques. Le 16 février, à un dernier conseil, on adopta une ligne de conduite conforme aux vues du Saint-Siège, et, le 23 du même mois, le P. Garillo, à peine rentré d'Italie, partit pour Prague avec la minute du traité à conclure. Gracieux jusqu'au bout, Sigismond s'excusa auprès de Komulovic de n'avoir pu l'entretenir plus souvent. La jubilation de celui-ci n'en était pas moins grande : il voit déjà l'armée chrétienne sur le chemin de Byzance, l'archiduc Ferdinand est à la tête des impériaux, du fond de la Moscovie arrivent des renforts. Cosaques et Circassiens marchent sous le même drapeau, la Pologne ne faillira pas au champ d'honneur, reste Venise à gagner; Komulovic supplie le cardinal San-Giorgio, neveu du

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pape, d'agir vigoureusement auprès d'elle ; qu'une (j-rande bataille soit livrée au plus tôt. que l'année 1594 voie disparaître les Turcs de l'Europe. Tout entier à loptiniisme. l'abbé laisse aussi la diète de Carlsbourg se dissoudre dans les meilleures dispositions. Apparente ou réelle, la satisfaction ne fut pas de longue durée ; trop redoutable paraissait encore la lutte contre l'Islam ; des rumeurs alarmantes se répandirent, une vive opposition se manifesta ; les deux cousins du voïévode, Balthasar et Stéphane, se mirent à la tête des mécontents; le mot d'abdication servit de mot d'ordre. Sio-ismond, sans se laisser intimider, nova la révolte dans le sang : Balthasar et les principaux meneurs furent éfforo-és ; d'autres, moins coupables, envovés en exil ; les biens des victimes passèrent au trésor de l'État. Vers la tin de l'année, le calme ayant été rétabli, la diète se montra docile, et l'alliance avec l'Autriche fut approuvée. Le bruit des sanglantes exécutions qui avaient précédé ce dénouement parvint jusqu'à Rome ; on s'émut de la férocité du jeune voiévode, il n'avait alors que vingt-deux ans, mais sa demande d'avoir auprès de lui un représentant du Saint-Siège, comme guide et conseiller, n'en fut pas moins agréée. Alfonso Visconti, évéque de Cervia et plus tard cardinal, vint à Carlsbourg excercer ces fonctions , fournir des subsides pécuniaires, et réconcilier Sigismond avec ses cousins Stéphane et le cardinal André '.

L'abbé Alexandre avait quitté la Transylvanie assez à temps pour ne pas voir le sol rougir sous ses pas. Sur le déclin de mars, il passait la frontière moldave, évitant avec soin la Valachie. .Sur cette dernière province, ses instructions le laissaient dans l'incertitude ;

1. Fessler, IY, p. 25 à 28; Hirmu/aki. III, ii, p. 52, 70, 391 à :i97.

le franciscain Jérôme Arsengo n'y avait recueilli, en 1581, que de vagues renseignements^; par suite de la surveillance jalouse des Turcs, Bucarest passait pouiun repaire d'espions. C'est qu'en effet, la capitale valaque servait de foyer à la revanche, l'indomptable Scanderbeg ressuscitait dans Michel le Brave. Une obscurité légendaire enveloppe les origines de cet homme ; son héroïsme est un fait éclatant dans l'histoire.

Le voiévode ^lichel s'inspirait d'une noble et grande idée : l'ancienne Dacie lui semblait digne de revivre, il voulut réunir ses épaves dispersées, refaire l'unité nationale, et rendre à eux-mêmes les futurs Roumains. Projet grandiose, qui supposait avant tout l'affranchissement du joug des Turcs, aussi Michel sera-t-il leur plus constant adversaire ; luttant de bravoure contre le nombre, il remportera le plus souvent de brillantes victoires sur les pachas, tant que les guerres intestines ne diviseront pas ses forces, tant qu'il sera épargné par le poignard autrichien. En mars 1594, le soulèvement n'avait pas encore éclaté que la finesse orientale des Turcs flairait déjà le danger. Komulovic échappa à tous les pièges en se rendant directement à Jassy où il passa deux jours, du 22 au 23 mars, en secrètes audiences avec le voïévode de Moldavie. Aaron, ainsi s'appelait ce dignitaire, s'était rendu en pèlerinage à Rome, du temps de Sixte-Quint, le bruit d'une abjuration avait couru et subsistait encore ; le bief pontifical présenté par Komulovic produisit un effet magique; partagé entre l'espérance et la crainte, le voïévode n'hésita pas à se mettre aux ordres du pape, ])roinit d'entrer dans la ligue et donna des lettres pour les Cosa-

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