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4o4 DERNIERES MISSIONS

qiies, le cliancelier de Pologne et le tsar de Moscou. La plume, qui se servait de la même encre pour écrire à des personnages si divers, devait être étrangement taillée ! Du reste, l'empressement dissimulait un calcul : Aaron désirait des secours contre les Tatars, un médiateur venait à point. Quelques semaines après l'entrevue , Komulovic s'aperçut par sa correspondance qu'il ne fallait pas compter sur le voïévode : versatile, chancelant, toujours prêt à lâcher ses alliés, incapable d'une forte résolution, il fut remplacé au pouvoir, en 1595, par Stéphane Razvan, qui se déclara ouvertement contre les Turcs.

Tandis que l'abbé Alexandre poursuivait sa route vers la Pologne, les résultats de ses efforts paraissaient au grand jour. Un complet accord s'établit, au mois de novembre, entre Sigismond Bathory et les voïévodes de Moldavie et de Valachie; les trois principautés se soulevèrent contre l'odieux suzerain du Bosphore. Au divan, cette nouvelle éclata comme un coup de foudre. La situation devenait critique : l'armée ottomane, concentrée en Honofrie, exigeait bruvamment la solde arriérée et faisait craindre une sédition ; pour ranimer l'esprit des troupes, Murad se décide à répandre de l'or et fait déployer le drapeau du Prophète ; on le porte en triomphe de Damas à Constantinople, une escorte de mille janissaires l'accompagne en Hongrie ; à sa vue, l'enthousiasme se réveille dans le camp des Osmanlis. Les proportions grandissantes de la lutte rendaient le danger imminent; sous l'impression de la terreur, Rodolphe et Sigismond se rapprochèrent l'un de l'autre. Le 25 janvier 1595, un traité fut conclu à Prague, dont voici les conditions principales : alliance militaire contre les Turcs, extension du traité à la Moldavie et à la Valachie, la possession de la Transylvanie assurée

aux Bathory ; à défaut d'héritiers mâles, la province passe à la Hongrie ; Sigismond reçoit la dignité de prince de l'empire , le titre de sérénissime , et sera fiancé à l'une des filles du défunt archiduc Charles de Styrie ; des clauses spéciales réglaient le partage des conquêtes que l'on ferait sur l'ennemi. Le pacte fut scellé immédiatement par un mariage. Sigismond n'eut pas les embarras du choix. « Que le bon prince prenne ce qu'on lui donne, » écrivait la veuve de Charles, l'archiduchesse Marie, et elle donna Marie-Christine au voïévode. L'arbitraire maternel se préparait de cruelles déceptions : le mariage célébré à Carlsbourg, le 6 août 1595, fut des plus mal assortis K

Au moment où la lutte s'organisait en Occident, l'Orient voyait descendre dans la tombe le sultan Murad. Son fils aîné, Mohammed, lui succédait sur un trône ruisselant de sang : par sinistre prudence, il faisait égorger ses dix-neuf frères ; au harem, sept esclaves enceintes subissaient le même sort. Le changement de règne n'arrêta pas la guerre ; l'Autriche et ses alliés ne déposèrent plus les armes. A travers des péripéties émouvantes, des défaillances, des rancunes, des spoliations mutuelles, de cruelles épreuves, Rodolphe parvint, en 1606, à signer le traité de Sitvatorok, dont on a dit avec raison que, préludant à celui de Carlovitz, il annonça à r Europe la décadence de la Porte. Les fiers musulmans, arrêtés dans leur marche en avant, ne verront plus les envoyés de l'empereur se prosterner à leurs pieds; plus de tribut, plus de vasselage, égalité parfaite dans les relations diplomatiques; la Transylvanie, relevée de ses ruines, recouvrera sa liberté; la Hongrie ellemême, sans échapper entièrement aux serres otto-

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