Kaptérev, p. 34 à GO
l'empereur et du pape, de l'Espagne, de la Pologne et de la Perse, qui ont juré la destruction du croissant. Finesse pour finesse, les Turcs répondaient sur le même ton, envoyaient des chiaoux à Moscou, et demandaient des preuves plus convaincantes que les bonnes paroles. Quant aux Tatars, Godounov en eut vite raison : « Une guerre formidable , leur écrivait-il , est sur le point d'éclater, les armées réunies d'Occident vont marcher sur Constantinople, la Crimée m'est offerte pour ma part de butin, j'y renonce d'avance et je préfère rester avec vous en bonne amitié. » Grâce à ces ruses , une trêve fut conclue, en 1593; les Tatars, occupés ailleurs, donnèrent à Moscou quelques années de répit. Telle était la politique officielle ; sous main , Godounov donnait de l'argent et des fourrures précieuses à Rodolphe et l'encourageait à la guerre contre l'Islam K
Avec les adversaires des dernières années, la Suède et la Pologne, on désirait aussi rester en paix. Au fond, les Suédois, livrés aux discordes intestines, partageaient les mêmes sentiments pacifiques ; les deux armées se trouvaient en présence, mais ne se hâtaient pas de dégainer; de part et d'autre, ce n'était qu'une démonstration pour activer les négociations et obtenir des conditions meilleures. Le 18 mai 1595. la paix fut conclue sur la base des concessions mutuelles; une clause spéciale assurait aux ^loscoviles la liberté de communication avec l'Occident ; ce privilège s'étendait non seulement aux diplomates, mais encore aux marchands, aux militaires, aux médecins, aux artistes et aux ouvriers '-.
Rassuré du côté des frontières Scandinaves, Godounov n'en restait pas moins fidèle à la trêve conclue en
1. Karamzine, X, p. 59 à 69, 173 ;i ]7('i: Soloviev, VII, p. 369.