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Karamzine, X, p. 166 à

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1591 avec la Pologne. Des desseins ambitieux fermentaient dans la tète du Tatar qui jouissait, moins le titre, de tous les attributs du pouvoir. 11 fallait s'attendre à de grands événements. L'antique maison de Riourik n'était plus représentée que par Fedor et son jeune frère Dmitri. Celui-ci, relégué avec sa mère à Ouglitch dans une espèce d'exil, périt, en 1591, d'une manière étrange : dans un accès de haut mal, il se serait donné la mort en tombant sur la pointe d'un couteau. Le peuple n'acceptait pas cette version et cherchait le coupable. La santé de Fedor allait s'affaiblissant de jour en jour, sa fille unique ne fit que passer du berceau à la tombe ; désormais plus de doute : la dynastie était à la veille de s'éteindre. Sur les marches du trône veillait Godounov ; les moins perspicaces devaient le soupçonner daspirer à une couronne qu'il couvait assidûment du regard.

Quel pouvait être, dans ces conditions, le résultat des pourparlers avec un envoyé pontifical? Les relations personnelles semblent avoir été plutôt bonnes : on accorda des faveurs aux marchands qui, selon l'usage , accompagnaient Komulovic ; les zibelines de rigueur, à offrir au pape, ne furent pas oubliées non plus; ces gracieusetés n'engageaient à rien. Les questions religieuses, si toutefois elles furent traitées, ne provoquèrent aucun revirement : au moment où Godounov avait besoin du patriarche pour se faire bientôt acclamer tsar, où le patriarche lui-même se voyait à la tête d'une nouvelle hiérarchie organisée par Jérémie, l'union avec Rome eût rencontré plus d'obstacles et soulevé une plus forte opposition qu'à toute autre époque. En fait de politique, il n'y eut (pi'un simple échange (^l'idées : Godounov manifesta le désir traditionnel de voir les ambassadeurs d'Occident se réunir à Moscou pour débattre les conditions de la ligue ; il donna, au

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sujet de la Suède, des assurances très vagues, qui ne l'empêchèrent pas de conclure la paix à sa manière. Warkotch , représentant de Rodolphe , eut plus do succès : il obtint des subsides pour son maître; des fourrures précieuses , dont la vente produirait une somme considérable, furent envoyées à Prague. On se rappelle que Komulovic devait appuyer cette demande. Quelle qu'ait été sa part en ceci, il quitta le sol moscovite, d'après les sources et le calendrier russes, le 22 mai 1595, et se dirigea immédiatement sur Yilna K

Dans la capitale de la Lithuanie, il avait une mission d'un autre genre, mais non dénuée d'importance, à remplir. Au lieu de visiter lui-même ce vaste diocèse, depuis cinq ans sans pasteur, le nonce Malaspina s'était déchargé de cette rude besocjne sur Komulovic. A Yilna, où s'agitaient surtout les questions d'administration, l'habileté, la prudence et le tact pouvaient suffire. Ce qu'il y avait de plus désolant, c'était l'état des populations dans certaines parties du diocèse au-delà de la Vilia : ignorance, abrutissement, oubli du baptême pour les enfants, paroisses sans curés ou avec des curés ignorant la langue du pays. Komulovic se mit courageusement à l'œuvre , ses premiers soins furent consacrés à l'éducation du clergé ; une somme de dix mille florins y fut affectée ; la fondation Protasiewicz, érigée dans le même but, fut sagement réorganisée. Des fonds considérables furent ensuite assignés pour restaurer la cathédrale qui menaçait de tomber en ruine, et pour rehausser la splendeur du culte divin. En général, Komulovic laissa à Yilna des souvenirs de zèle, d'activité et de désintéressement. Les rapports qu'il a envoyés à Rome et qui eussent fourni des détails inté-

l. Pain. dipl. snoch., X. col. 393 à 432.

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ressauts n'ont pas été retrouvés; il n'en reste qu'une simple mention dans les correspondances de l'époque ^ Le séjour en Lithuanie ne fut pas de longue durée. La question d'Orient restait à l'ordre du jour. Aux efforts du nonce Malaspina, le cardinal-légat Caétani vint, en juin 1595, joindre les siens. Il déploya lui-même une grande activité à Cracovie et à A'arsovie, et envoya, à deux reprises, son secrétaire Vanozzi auprès du toutpuissant Zamojski. en juillet et décembre 1596. Le diplomate italien fut ébloui par les merveilles qui se présentèrent à ses yeux. Zamosc, fondation récente du chancelier, prenait déjà l'aspect d'une ville élégante et fortifiée : une somptueuse église dédiée à saint Thomas, une académie, des écoles, une bibliothèque remplie de manuscrits et de livres rares, un château avec de vastes écuries, tout autour des remparts et des ravins. Le chancelier lui-même faisait une impression favorable : d'une belle stature , plein de dignité, parlant facilement le latin, très respectueux à l'endroit du pape et du roi. Vanozzi put jouir à son aise de l'hospitalité polonaise, les festins ne duraient pas moins de quatre heures ; au son de la musique, on. servait des mets délicats et des vins de choix, la vaisselle étincelait d'or et d'argent. Les audiences ne le cédèrent pas en longueur aux repas, mais le résultat fut à peu près nul. (( La Pologne, disait Zamojski, ne peut pas se mesurer seule contre les Turcs, et, pour organiser une ligue, il faudrait reprendre les projets de Sixte-Quint. » Or, le nouveau projet de ligue avait pour point de départ l'alliance avec l'Autriche, le chancelier ne s'y liait pas ^.

1. Przyalgowski, II, p. 2'J à ol ; Balinski, j). 92, 439 à 445; Archives de la cathédrale de Vilna, Acta veiicrahilis rapituli Vilnc/isis, 1585-1601.

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