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LES DEUX MISSIO>S DE KOMl LOYIC 471
Vers la même époque, on crut devoir interpeller de nouveau le tsar. Komulovic fut encore chargé de cette besogne. Le 27 mai 1596, Malaspina lui envoya à Vilna un passeport, mille florins pour frais de voyage, une lettre de Sigismond III à Fedor, et des conseils diplomatiques qu'il réduisait lui-même aux quatre points suivants : obtenir du tsar qu'il arrête les incursions des Tatars et le convaincre de ne pas se fier à leur parole ; s'assurer si le tsar a l'intention, oui ou non, d'entrer dans la ligue anti-ottomane : s'il ne l'a pas, étudier les conditions de sécurité pour la Pologne et la Suède, du côté de Moscou, en cas de guerre contre les Turcs; s'il l'a réellement, lui représenter que la réunion des ambassadeurs ne saurait, à cause des distances, se faire au Kremlin ; rappeler les promesses au sujet de la Suède, et, le traité de paix n'étant pas encore ratifié, engager le tsar à rompre, si les Suédois se révoltent contre Sigismond III; enfin, mentionner la réunion des Russes avec le Saint-Siège au concile de Brest.
Komulovic devait, comme la fois précédente, agir de concert avec l'Autriche, et même faire route avec l'ambassadeur de Rodolphe, Abraham, burgrave de Dohna. Le voyage, fort heureusement, ne se fit pas en commun , l'abbé échappa ainsi aux tracasseries qui attendaient à Dorpat l'envoyé autrichien. Le bruit s'était répandu que celui-ci portait à Fedor les insignes royaux, il y eut des interrogatoires et des perquisitions, le passage en pays moscovite fut accordé à grand'peine. Vers le mois d'août 1597, nouvelle alarme : le chancelier de Lithuanie annonce qu'Abraham a déjà présenté la couronne à Fedor, et que le nouveau roi avait interdit le commerce avec la Pologne. Ces i-enscigneincnts étaient faux, mais le nonce de Varsovie dut se (h)nner bien du mal pour calmer la tempête soulevée; elle ne s'apaisa
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complètement qu'au retour d'Abraham : force fut de céder à l'évidence ^
Du reste, les tribulations ne manquèrent pas non plus à Komulovic. qui se fit accompagner, cette fois, par le chanoine de Vilna, Bulpato. Un fâcheux incident se produisit à Orcha, où nos voyageurs arrivèrent vers la fin de mars 1597. L'abbé Alexandre venait de Lithuanie et se disait mandataire pontifical; les Russes n'admettaient pas qu'un ambassadeur de Rome eût Yilna pour point de départ , les soupçons se traduisirent par un manque de procédés et d'égards ; malgré les ordres positifs de Moscou, on laissait mourir de faim le pauvre diplomate. Il dut s'en plaindre à Fedor lui-même dans une lettre datée de Smolensk et destinée à préparer d'avance le terrain pour les négociations : « La maladie, écrit-il, m'a retenu à Vilna, mais j'ai été en correspondance suivie avec le pape ; j'apporte un message de Clément VIII avec un « titre complet ». tel que Possevino n'avait pu l'obtenir de Grégoire XIII ; si les Polonais et les Lithuaniens l'eussent soupçonné, ils ne m'auraient pas laissé passer^. » Ces petites ruses n'eurent pas de succès.
L'accueil au Kremlin fut, paraît-il, glacial. Non seulement Komulovic fut gardé, selon l'usage, dans un parfait isolement, mais on se montra encore bien plus réservé que la première fois. Les Polonais attribuèrent ce revirement à l'union de Brest, dont l'abbé Alexandre passait pour être un des plus ardents promoteurs. Ce fait essentiellement religieux avait des conséquences d'un autre ordre qui déplaisaient souverainement à Mos-
1. Bibl. de la Minerve, X. vi, 14, Caétani à San-Giorgio, 23 mars 1597; Archives Borglièse, 111, 91, Malaspiua à San-Giorgio, 23 mai, 9 et 20 août, 3 et 5 octobre 1597.