Pain. dipl. snoc/i., X, col. 433 à
COU. Les Russes de l'Ouest désormais uniates, c'est-àdire catholiques du rite grec, n'étaient plus de la même religion que le tsar; aux yeux de ceux qui convoitaient toujours ces provinces, la disparité des cultes créait un nouvel obstacle aux revendications politiques. Rien d'étonnant, si l'envoyé du pape dut se ressentir de cette mauvaise humeur.
A part ces quelques détails , l'histoire n'a pas conservé d'autres traces du séjour de Komulovic à Moscou en 1597, si ce n'est que les deux messages de Fedor à Clément YIll nous renseignent sur l'issue finale de la mission '. Le tsar est inébranlable dans son désir de voir les ambassadeurs des puissances étrangères se réunir à Moscou, les distances n'entrent pas en ligne de compte, les bonnes raisons ne lui manquent guère : il a détourné les Tatars de la Hongrie, il lancera les Perses contre les Turcs, le schah se fera représenter au Kremlin . les subsides accordés à Rodolphe ont compromis l'amitié avec le sultan , le tsar n'en sera pas moins également généreux à l'avenir, pourvu que l'empereur consente à la réunion des ambassadeurs. Envers la Suède, on se montrait aussi belliqueux qu'envers les Turcs : « Elle n'observe pas les clauses du traité, écrit Fedor, nos villes et nos forteresses ne nous sont pas rendues, la guerre est inévitable, le sang coulera, les parjures en seront responsables. » Des réponses à peu près identiques furent données au burgrave Abraham, avec des reproches amers à l'adresse de Rodolphe, plus disposé à recevoir l'argent et les fourrures de Fedor
1. Bibliotlièque des Pères franciscains de Raguse, n" 218, p. 82 à 90. Ce manuscrit provient probablement du collège des jésuites de la même ville. La ressemblance frappante des deux lettres avec les réponses données à Abraham de Dohna (Paru. dipl. snoch., II, col. 583 à GOl, 618 à 652) est une preuve d'autlienticité.
ItKUNIKRES MISSIONS
qu'à organiser des congrès dij)lomati(|ues au Kremlin. En dernière analyse, sauf l'allocation autrichienne, ce n'étaient encore que de belles paroles et des promesses, les projets de ligue se maintenaient dans les régions idéales. Le cardinal Caétani n'avait guère plus de succès en Pologne, et, quelque peu découragé, il annonçait, le .5 avril 1597, son prochain retour en Italie '.
Vers la fin de la même année, Komulovic avait déjà regagné Varsovie, ordre lui fut donné d'y rester pour la diète de 1598, le nonce Malaspina trouvait en lui un utile auxiliaire. L'abbé fut admis à l'audience du roi et lui donna, paraît-il, de bons conseils. Le second voyage de ^Moscou avait dissipé les dernières illusions du diplomate slave, qui rêvait naguère encore ralliance des Russes avec les Polonais. Il lui tardait de revoir la Ville éternelle. Un double deuil l'y attendait, son frère et son neveu moururent l'un après l'autre , à bref intervalle; ils furent enterrés à Saint-Jérôme et leur épitaphe, d'abord simple souvenir de famille, est devenue un monument historique. En 1599, Komulovic prit une grave résolution personnelle : à l'âge de cinquante et un ans, après de longs voyages et de nombreux travaux, il s'en alla frapper à la porte du noviciat de Saint-André du Quirinal, déjà illustré par les Kostka et les Skarga. Les mauvaises langues attribuèrent cette démarche au chagrin, à l'ambition déçue de la pourpre romaine ~. Toute la vie ultérieure de Komulo\ ic est une muette mais éloquente réfutation de ce reproche hasardé par un diplomate : l'ardent apôtre de la ligue contre les Turcs se donna tout entier, dans la Compagnie de Jésus, à l'apostolat parmi les Slaves; Raguse fut témoin de son zèle, c'est là qu'il acheva sa laborieuse carrière dans les pre-