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vie chrétienne provoquait, en se renouvelant, d'imposantes manifestations. Si le pape Jules III n'était pas lui-même d'une nature très ascétique, il n'en secondait guère moins le réveil religieux avec une sage énergie. Sous son égide, Ignace de Loyola déployait à Rome sa féconde activité, elle se fera bientôt sentir non seulement en Espagne et en Portugal, en France et en Allemagne, mais encore au nouveau monde et jusque dans l'extrême Orient : François Xavier étonnera la vieille Europe par ses merveilleuses conquêtes aux Indes et au Japon, où des milliers d'infidèles se convertiront à sa voix. Ainsi se formait peu à peu la conviction, et les écrits contemporains la reproduisent souvent, que l'Eglise devait se refaire ailleurs des pertes causées par la Réforme en pays catholiques. Au point de vue des idées, des aspirations sociales, le terrain était donc admirablement préparé pour des propositions comme celles de Steinberg; présentées au nom de Charles- Quint, elles n'en avaient que plus de chances d'être bien accueillies. L'empereur jouissait à cette époque d'une influence considérable auprès du Saint-Siège, la politique pontificale se ralliait volontiers à la sienne. Pour comble de bonne fortune, Steinberg retrouvait à Rome son ancien protecteur de Vienne, Pierre Bertano, déjà revêtu de la pourpre cardinalice, et toujours animé du même zèle. L'activité du chancelier moscovite se manifeste au début par de prolixes mémoires qu'il ne se lasse pas de présenter en haut lieu. Le contenu en est invariablement le même, il convient de les résumer rapidement'.
Le plus souvent Steinberg prend pour point de départ les projets d'union avec Rome de Vasili 111. que des
1. FiEDLER, p. 87 à 102. Une erreur à noter dans les dates : le mémoire du 3 avril 1552 est postérieur à celui du 23 mai.
circonstances malheureuses auraient seules fait avorter. Déjà Charles-Quint avait tenu le même langage dans les pleins pouvoirs délivrés à Schlitte et dans la lettre à Jules III ; cette opinion se retrouve chez quelques auteurs contemporains, elle semble avoir joui d'un certain crédit surtout pendant le pontificat de Clément VIL Quelle pouvait en être la source? Vasili III était personnellement hostile à la papauté, Guérasimov et Trousov ne prirent le chemin de la Ville éternelle que pour correspondre aux avances du Saint-Siège, établir des relations commerciales, provoquer l'envoi d'artistes italiens. Cependant, chaque fois que les ambassadeurs russes paraissaient à Rome, des bruits mystérieux étaient mis en circulation, on parlait d'instructions secrètes de la plus haute importance, et les soupçons se portaient facilement sur la réunion des Eglises. Schlitte s'exprimait à peu près de la môme manière, transformant les conjectures en affirmations catégoriques, auxquelles son caractère d'ambassadeur donnait encore plus de prestige et de poids. Victimes de son éloquence, Charles-Quint et Steinberg ont reproduit ses discours, évidemment sans les avoir contrôlés.
Mal renseigné sur le passé, le prétendu chancelier du tsar était-il, au moins, mieux au courant des circonstances présentes ? Ses projets trahissent d'étranges illusions. Steinberg demandait au pape la couronne royale pour Ivan, et l'érection d'un siège primatial dans le nouveau royaume. Liés d'avance par un serment, le roi et le primat eussent travaillé à réunir les Eglises, des ambassades russes seraient venues de temps en temps à Rome, tandis que le pape, rétablissant la paix dans le Xord, eût facilité la croisade contre les Turcs et les Tatars et inauguré un système nouveau d'équilibre et d'alliances.
48 l'HOJETS I>E MISSIONS PONTIFICALES A MOSCOU
A la Jurande politique se rattache une question personnelle : toujours prêt à rendre service, Steinberg stipule expressément qu'il sera chargé de se rendre lui- )néine à Moscou, en compagnie du comte Eberstein, pour y mener l'afFaire à bonne fin. Au point de vue diplomatique, cette dernière clause ne laisse pas que d'être surprenante : chancelier, de par Schlitte, du tsar Ivan, Steinberg aspirait aux fonctions d'ambassadeur pontifical auprès de son propre maître pour faire ratifier à Moscou les conditions acceptées à Rome. Si ces prétentions singulières n'excitaient pas la méfiance, c'est qu'assurément on était ébloui par la grandeur des projets attribués à Ivan lY, et peut-être plus encore par les graves recommandations de Charles-Quint. Quoi qu'il en soit, l'affaire fut, dès le début, traitée comme une affaire d'Etat; les premières pièces qui en fassent mention sont les deux mémoires présentés par Steinberg au pape et au cardinal Bertano. Une commission spéciale, composée des cardinaux Cervini', Pacieco, du Puv, Maffei et Pio-hini, semble en avoir été saisie. On pouvait presque se flatter d'aboutir, lorsqu'un nouvel incident vint tout compromettre.
Jusque-là on s'était entouré de mystère; s'il y avait eu des lenteurs, il faut les attribuer aux procédés traditionnels de la curie romaine, et sans doute aussi aux difficultés intrinsèques de l'affaire. En vain voudrait-on en rendre responsable l'intervention étrangère, car ce n'est qu'au mois de novembre 1552 que le prétendu secret moscovite fut officiellement livré aux Polonais : sur Tordre du pape, le cardinal Malfoi. vice-protecteuide Pologne, en l'absence du protecteur Alexandre Earnèse, remit secrètement à Konarski, avec les copies de
l. Du titre de la Sainte-Croix de Jérusalem, mais non de la famille Santa-Croce, comme d'aucuns semblent le croire.
la lettre de Charles-Quint et des projets de Steinberg, un message adressé directement au roi, où le double but de la politique pontificale en cette occurrence se résumait ainsi : gagner un nouveau membre à l'Eglise romaine et doter la Pologne d'un voisin pacifique; du reste, ajoutait le cardinal, aucune décision ne serait prise sans Favis préalable du roi, qu'il approfondisse l'affaire et qu'il s'explique sincèrement. Konarski représentait Sigismond II à Rome et ne sympathisait guère avec Moscou. Un jour, invité à dîner chez le cardinal Médicis et interpellé sur ce sujet, il s'était empressé, en guise de réponse, de faire lire quelques pages de Herberstein. Les fines et piquantes observations du diplomate autrichien intéressaient vivement les convives, lorsqu'on l'entendit déclarer tout à coup que le grand-kniaz Vasili III avait été plus hostile envers le pape qu'envers tout autre homme du monde ' ; aussitôt l'amphitryon scandalisé ordonna d'interrompre la lecture, le coup avait porté. Les communications de Maflfei parurent à Konarski d'une extrême importance, d'autant plus qu'on disait la couronne royale impatiemment attendue à Moscou. Les pièces révélatrices furent expédiées en toute hâte, Sigismond-Auguste ne les reçut toutefois qu'assez tard, dans le courant de janvier 1553 -.
On se fait à peine une idée du trouble qu'en ressentit le fils efféminé d'une mère au tempérament viril. Dans les veines de Bona Sforza ^ coulait le sang des fiers condottieri qui avaient conquis le trône de Milan à la pointe de leur épée. Intelligente et gracieuse, d'un esprit cultivé, exerçant sur son royal époux un ascendant