Scriplores ver. pot., I, p. 63 à
3. Fille de Giovanni-Galeazzo Sforza, duc de Milan, et d'Isabelle d'Aragon, mariée eu 1518 à Sigismond I'', roi de Pologne.
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irrésistible, Bona avait appris des humanistes à mépriser les mesquines ambitions, elle rêvait l'empire sur les hommes, et l'énergie ne lui faisait pas plus défaut que l'amour des intrigues. Loin de lui ressembler, Sigismond, élevé trop longtemps au milieu des femmes, ne sut pas donner de trempe à son caractère faible et mou ; impressionnable à l'excès, il conserva pour la vie ce trait de nature féminine. D'ailleurs les circonstances semJjlaient inventées exprès pour évoquer les soupçons. Une rivalité séculaire séparait les deux peuples slaves placés aux avant-postes de deux mondes différents : la Pologne, jetée dans le moule occidental, était devenue complètement latine, tandis que Moscou reflétait ^yzance dans ses traditions, dans ses mœurs, dans ses croyances. Des provinces russes, anciens apanages de la maison de Vladimir, possédées ou convoitées par la Pologne , rendaient permanent l'état d'hostilité armée. En dehors de ces motifs d'ordre général, il y avait, à ce moment, des coïncidences absolument fâcheuses. Le titre fastueux de tsar qu'Ivan s'arrogeait était un point des plus àprement contestés par Sigismond et une source intarissable de conflits entre les deux cours. La moindre lacune dans les formules, exigées par le Kremlin, faisait refuser les messages et avorter les négociations ; un expédient tranchait les disputes sans préjuger la solution finale : la fierté moscovite restait inébranlable. On avait décidé, dans le secret du conseil, de ne pas traiter par écrit cette matière épineuse, mais Ivan prenait sa revanche de vive voix, il en appelait à la conquête de Kazan, remontait à saint Vladimir et à Vladimir Monomaque, parfois même à César-Auguste. Rebelle à ces preuves et s'appuyanl sur l'étiquette, Sigismond finira par déclarer que le titre royal suppose l'assentiment de Tempercur et du
pape, à quoi les boïars répondront triomphalement que l'un et l'autre l'ont donné depuis longtemps'. Au plus fort de ces controverses, et tandis que le roi de Pologne se retire derrière l'autorité de Charles-Quint et de Jules III, voici qu'on lui révèle officiellement les démarches de Steinberg à Rome : le tsar orthodoxe en passe de se convertir, demandant au pape la couronne royale, appuyé dans sa demande par l'empereur; autant de renseignements, l'un plus incroyable que l'autre, et difficiles à expliquer : serait-ce un piège de la maison d'Autriche ? serait-ce, de la part d'Ivan, un raffinement d'hypocrisie? Ces différentes hypothèses se pressent dans la tète de Sigismond, et, ne sachant à quoi se résoudre, il demande un sursis au cardinal Maflfei pour consulter les sénateurs et s'entourer de lumières.
Radziwill le Noir et Albert, duc de Prusse, furent initiés les premiers au secret. Le roi les interpelle sur la politique à suivre, après avoir exposé sa propre manière de voir : les velléités catholiques d'Ivan l'inquiètent moins que l'intervention de Charles-Quint ; cependant, rival implacable de Moscou, tout en protestant de son zèle pour la foi. il juge opportun de mettre à l'épreuve l'hypocrisie d'Ivan, et de lui faire proposer par le pape des conditions si dures qu'il ne puisse les accepter sans compromettre la sécurité de ses Etats. Mais, si Rome et Moscou parvenaient à s'entendre à l'insu de la Pologne, il faudrait recourir à la violence, se concerter avec les Danois et les Livoniens, et
1. SoLoviEv, YI, p. 155 à 1G2. .Maxiinilicn I"^"" avait, en effet, doiiiio le litre de Aayser à ^'asili III dans un document du 4 août 1514, dont Pierre I"^' saura tirer parti. La couronne royale avait été conférée par Innocent IV à Daniel de Galitcli vers 1253; quelques princes russes, au treizième siècle, sont nommés rois.
arrêter à la frontière le messager porteur de la couronne ^
Nous n'avons pas sous les yeux la réponse de Radziwill ; on verra d'ailleurs bientôt qulil était en tous points d'accord avec son maître. Quant à celle d'Albert, elle est curieuse à plus d'un titre.
Nasfuère encore en bonnes relations avec Rome et le tsar, le duc se disait prêt à faire la guerre contre les Turcs, à laisser couronner Vasili III par le pape. Les événements avaient modifié ces dispositions : parjure à ses serments, traître à sa foi, dernier grand-maître de l'Ordre teutonique, premier duc héréditaire de Prusse, vassal de la Pologne qu'il avait vigoureusement combattue, Albert tient un langage qui accuse plus d'indifférence envers Moscou, plus dé haine contre l'empereur et le pape, que de scrupules dans le choix des moyens. Les soupçons contre l'Autriche sont habilement exploités et les projets « monstrueux » des Habsbourg dénoncés comme un danger permanent. Viennent aussitôt les indications pratiques : le duc conseille d'envoyer simultanément deux ambassades , Tune au pape, l'autre à l'empereur, pour protester avec la dernière énergie contre l'érection d'un royaume à Moscou. Le cas échéant, au moins faudrait-il, avant la collation du titre, contraindre Ivan à rendre aux Polonais les provinces usurpées, et assurer ainsi pour l'avenir une paix durable. Mais bientôt le conseiller politique cède la plume à l'apostat, Albert voudrait creuser des abîmes entre le pape et les Russes. Il propose, à cet effet, d'envoyer secrètement à Moscou des Polonais ou des Lithuaniens avec mission de « défigurer le Siège apostolique » et de « rendre odieuse l'autorité pontificale »,
1. Scriptores rer. pol., I, p. 66, 67; Lachowicz, p. 35 à 37, 43.
en lui prêtant les plus sombres couleurs. A défaut d'insinuations plus malveillantes, pourquoi ne pas menacer les Russes d'un joug intolérable ? Car, dès qu'ils auront prêté serment de fidélité, le pape exigera de lourds tributs sous les peines les plus sévères. « On peut y ajouter, poursuit froidement le duc, des accusations plus odieuses encore selon les circonstances des personnes et du temps. « Des bruits de cette espèce, habilement répandus, ôteraient à Ivan l'envie de traiter avec Rome et rendraient, dans tous les cas, les négociations plus difficiles. Pour empêcher le passage des messagers romains par le Danemark et la Livonie, Albert suggère également des moyens détournés et sournois. Tel est le message de l'ancien grand-maître, les chevaliers de la belle époque l'eussent désavoué avec indignation ^
Cependant, moins les calomnies, auxquelles on n'eut jamais recours, les autres conseils d'Albert avaient été en partie prévenus par le roi, et, de fait, ils furent tous exactement suivis. \ers la fin de janvier 1553, la diète polonaise, réunie à Cracovie et mise au courant de l'affaire, résolut d'en saisir à la fois la cour impériale et celle de Rome.
Nicolas Radziwill le Noir, chancelier et grand-maréchal de Lithuanie, fut désigné pour traiter avec la maison d'Autriche. Ce choix avait sa raison d'être. Hostile aux Moscovites, Radziwill était aussi peu favorable au pape que dévoué aux idées protestantes ; protecteur des sectaires, il guettait le moment de se déclarer ouvertement calviniste. Son nom, sa position, ses talents, son caractère énergique, en faisaient un des premiers personnages de cette belliqueuse Lithuanie dont il rêvait
1. Sciiptorcs rcr. pal., I, p. 67; Yoigt, IX, p. .535 à 538 ; Sbornih imp. roussk. ist. obch., LUI, p. 82 à 103, n° 10. Albert était, par sa mère, cousin germain de Sigismond II.
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l'indépendance, et que l'union de Lublin devait, après sa mort, souder fortement à la Pologne. Un lien d'une autre nature l'unissait personnellement au roi : veuf de sa première femme, Sigismond s'était épris d'une cousine de Nicolas, Barbe, condamnée, elle aussi, à un veuvage prématuré par la mort de son mari, le castellan Gasztold. La noble famille des Radzivvill s'en émut : accompagné d'un frère de la jeune et belle veuve, le maréchal vint dire fièrement au roi que leur parente ne serait jamais la maîtresse de personne, fût-ce même (l'un souverain. La passion de Sigismond était trop ardente pour s'éteindre : il préféra se marier secrètement à la femme de son choix et, à peine monté sur le trône, partagea avec elle sa couronne, malgré les plus vives réclamations de la noblesse et du clergé. Devenu, grâce à ces circonstances, le meilleur ami et le conseil de Sigismond, Xicolas sut garder son influence prépondérante, son crédit à la cour, même après la mort de sa royale cousine.
Avant de se rendre auprès de Charles-Quint, il devait s'assurer le concours de Ferdinand P"", roi des Romains, dans des conditions de succès tout à fait exceptionnelles : l'affaire moscovite se compliquait d'un mariage. Barbe Radziwill avait, en mourant, supplié le roi de se remarier, dès qu'il serait libre, afin que le sceptre de Pologne restât entre les mains des Jagellons, car l'héritier présomptif était encore à naître. Fidèle à sa parole, Sigismond songeait, en 1553, à un nouvel hyménée avec l'archiduchesse Catherine, veuve du duc de Mantoue et fille de Ferdinand. On savait d'avance qu'une proposition de ce genre serait gracieusement accueillie par les Habsbourg d'Autriche, il n'y aurait plus qu'à profiter de leurs bonnes dispositions pour faire intervenir le roi des Romains auprès de l'empereur son frère. Chargé
de la double négociation, Radziwill se présenta, le 17 mars 1553, à la cour de Ferdinand.
Quelle ne fut pas la surprise de ce dernier, lorsqu'il eut connaissance des griefs de Sigismond, résumés avec vigueur et franchise dans une longue note diplomatique! L'ambassadeur de Pologne le prenait de haut : l'appui prêté par Charles-Quint aux Moscovites était représenté comme absolument contraire aux rapports mutuels d'amitié, voire aux traités d'alliance conclus entre la Pologne et la maison d'Autriche. Tout en admettant de bonne grâce l'hypothèse d'une distraction impériale, Radziwill n'en réfutait pas moins, et très sérieusement, les motifs qui avaient séduit Charles-Quint : « L'union avec llome, disait-il, n'est qu'un prétexte pour obtenir la couronne royale, il ne faut pas se laisser prendre par cette promesse trompeuse; encore moins peut-on compter sur le secours des Moscovites contre les Turcs ; l'énorme distance, les préjugés contre FOccident, la haine des Latins, seront toujours autant de causes d'inaction forcée ou volontaire, w Quelques souvenirs du passé confirmaient ces opinions et le mémoire se terminait par une prière hautaine d'obtenir que l'empereur non seulement se désistât de sa protection, mais qu'il exprimât encore au pape le désir formel de voir les Moscovites déboutés de leur demande.
Ce langage impressionna Ferdinand, désireux de bien mériter d'un souverain en quête d'une fiancée. Dans l'histoire des Habsbourg les alliances matrimoniales jouent un grand rôle, les liens conjugaux ont valu plus de provinces à l'Autriche que les armes. Fortement imbu de l'esprit de famille, le beau-frère de Louis II s'intéressait beaucoup plus au mariage de sa fille Catherine qu'aux affaires fastidieuses de Moscou. Le mémoire de Radzi\vill fut en toute hâte transmis à
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Charles-Quint et accompagné d'une lettre empreinte d'une parfaite ])onhomie. Les conclusions, on le devine, étaient en tous points favorables à Sigismond- Auguste.
Quelques jours plus tard, arrivait la réponse datée du 11 avril. Charles-Quint se trouvait alors à Bruxelles. L'étoile du grand monarque commençait à pâlir ; de sourds grondements retentissaient dans l'Allemagne, ébranlée par la voix de Luther ; la trêve de Passau n'avait ni calmé l'agitation ni rassuré les esprits ; les armes impériales subissaient un échec humiliant sous les murs imprenables de Metz ; dégoûté du pouvoir dont le faix l'accable, épris d'un nouvel idéal, l'empereur n'aspirait plus qu'à pacifier ses Etats, en conservant de bonnes relations avec les souverains amis. D'ailleurs, dans l'affaire moscovite, l'extension de la foi l'intéressait plus encore que la politique ; à peine averti des appréhensions polonaises, il promet à son frère de révoquer les démarches antérieures auprès du Saint- Siège et de prêter main-forte à l'envoyé de Sigismond.
Grâce à cet empressement, Radziwill pouvait s'épargner la peine d'aller lui-même trouver Charles-Quint, ce qu'il était, au besoin, autorisé à faire. Bientôt on eut la certitude du succès. Le 27 mai, en réponse aux dernières lettres de Ferdinand, Jules III lui fit savoir qu'il s'estimait heureux de pouvoir, du même coup, rendre service à deux souverains : sur les instances du roi de Pologne, on avait déjà rejeté les propositions moscovites. Le même bref annonçait la concession des dispenses pour le mariage de l'archiduchesse Catherine, sœur de la première épouse de Sigismond K
Le triomphe était donc complet. En cour de Rome, le roi de Pologne l'avait obtenu en déployant une éner-
1. Scnptorcs ter. pol., I, p. 75; Fiedler, p. 105 à 108, 114 à 123.
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gie digne d'une meilleure cause. Sa pensée tout entière se résume dans les instructions d'Albert Kryski, envoyé à Rome pour l'affaire des annates et chargé aussi de la négociation moscovite. C'est, sans contredit, la pièce la plus importante du débat où se trouvent réunies en un seul faisceau les données dispersées dans les autres. Sigismond y considère la royauté moscovite au triple point de vue des intérêts de la Pologne, des avantages de la chrétienté, de la dignité du Saint-Siège. Pour en saisir l'idée dominante, une digression géographique est nécessaire. L'immense plaine qui s'étend depuis les derniers contreforts des Carpathes jusqu'à l'Oural a été, on le sait, en partie habitée depuis des temps reculés, en partie colonisée à partir du neuvième siècle, par un peuple slave que l'histoire désigne du nom générique de Russes. Leurs domaines embrassaient principalement les vastes provinces de la Grande et de la Petite- Russie, de la Russie-Blanche et de la Russie-Rouge. La Grande-Russie ou Moscovie n'était pas contestée aux descendants de Vladimir et de Riourik ; on voulait bien les laisser dans la tranquille possession d'une capitale perdue au milieu des forêts, mais les belles et fertiles provinces des trois autres Russies, le bassin du Dnièpre avec la cité antique de Kiev, qui avaient changé de maîtres pendant l'invasion tatare, sont censés appartenir de plein droit à la Pologne ; si les vainqueurs de la Horde d'or en ont usurpé quelques lambeaux, c'est à Sigismond de faire bonne justice, il s'y est engagé par serment. Or la guerre contre un roi de Moscou, couronné par le pape, ne serait pas sans inconvénient ; car, en dépit des plus subtiles distinctions, les Russes ou Ruthènes appartiennent à la même race que les Moscovites ; ils leur sont unis, de l'aveu de Sigismond, par de vives sympathies dont la source
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remonte à l'identité des rites et de la loi. Le joui- où Ivan ceindra son lV(nit du diadème royal, il faudra s'attendre à des défections politiques, l'espoir de revendiquer les provinces limitrophes s'éloignera de plus en plus. C'est là l'hypothèse qui épouvante Sigismond, qu'il ne consent pas à admettre, d'autant plus que les Moldaves et les Valaques, alliés si désirables contre les Turcs, sont dans une situation analogue à celle des Russes : éblouis par les splendeurs d'une couronne, peut-être passeront-ils dans le camp du nouveau roi.
La cause générale de la chrétienté est identifiée dans les instructions royales à la cause polonaise. Entre les princes catholiques et Ivan, disent-elles, il n'y a aucune solidarité ; au contraire, si jamais les Polonais déclarent la guerre aux Turcs, c'est lui probablement qui suscitera les plus sérieux obstacles. En mettant les choses au mieux, les Moscovites dans une campagne anti-ottomane ne seront que des auxiliaires embarrassants et tardifs : séparés de l'ennemi par de vastes provinces étrangères, ils feraient en route tant de vols et de rapines qu'ils deviendraient le fléau de leurs alliés, ou bien n'arriveraient pas en temps utile. L'unique moven d'éviter ces inconvénients serait de s'en tenir à la voie fluviale, mais l'art de naviguer étant inconnu à Moscou, Sigismond n'est pas d'avis qu'il faille l'enseigner à de futurs pirates et livrer la mer Xoire à des corsaires.
Enfin , au-dessus des questions d'intérêt planent celles de l'honneur : la dignité du Saint-Siège ne serailelle pas compromise, si l'on se laissait jouer par le prince de Moscou, et séduire par ses fallacieuses promesses ? Car sur l'hypocrisie d'Ivan, Sigismond n'admet pas l'ombre d'un doute, il est convaincu qu'il ne sera plus question de réunir les Eglises, dès que le titre royal aura été accordé. Daniel de Galitch en a agi ainsi
avec le pape Innocent IV, Vasili II a failli égorger le métropolitain Isidore pour avoir signé le pacte de Florence ; les Moscovites sont encore tout aussi perfides, leur haine n'a fait que grandir; aussi Alexandre VI et Léon X ont-ils refusé à ^'asili III la couronne que ses ambassadeurs étaient venus demander à Rome. Sigismond espère que le pape ne déviera pas de cette ligne de conduite. Pour l'emporter de haute lutte, il conclut cette partie de ses instructions par un dilemme menaçant, Jules III n'a plus qu'à choisir entre ces deux extrêmes : ou bien donner satisfaction « à un peuple barbare, féroce, étranger à toute culture, inconstant dans la religion, dans la foi, dans les mœurs )), ou bien ménager les Polonais « qui, après avoir reconnu et embrassé la doctrine du Christ, n'ont jamais souffert qu'on les séparât du Saint-Siège apostolique ».
Cependant toute vigoureuse qu'elle fût, cette première argumentation n'épuisait pas complètement la matière. Si les esprits restaient encore flottants, le représentant polonais devait faire observer au pape qu'on admettrait en pure perte de nouvelles brebis au bercail, à moins de savoir les y conserver. Or les conditions de Steinberg sont loin de correspondre à ce but. Pour s'assurer de la constance des Moscovites dans la foi, il est urgent de leur en imposer d'autres plus efficaces et mieux combinées. Le roi les éiuimère avec une certaine complaisance : serment de fidélité à l'Eglise et au pape à prêter par le prince et les boiars, sacrement de confirmation à recevoir publiquement d'un évéque de l'Eglise romaine, évéques russes à réunir en concile avec les évoques catholiques, construction d'églises, formation du clergé, dotation de diocèses, privilèges politiques des évéques, charges importantes à réserver aux catholiques, exclusion du rite grec en présence du
roi, etc. Toutes ces conditions doivent être sanctionnées par un serment et mises en pratique avant l'envoi de la couronne. Encore le titre accordé à Ivan ne serat-il que celui de roi de ^loscou; la Russie n'y sera jamais mentionnée, car elle est destinée à devenir partie intégrante de la Pologne. Enfin, dernière précaution, Kryski agira de manière à réserver au roi sa pleine et parfaite liberté d'action'.
A la teneur des instructions royales correspondent les lettres officielles des sénateurs polonais au pape et au collège des cardinaux. Sans entrer dans les mêmes détails, elles contiennent une menace beaucoup moins dissimulée, si ce n'est de schisme, au moins de profonde aliénation : la terreur du roi s'était communiquée à son conseil ^.
Ainsi s'incarnait dans les faits le programme énoncé dès le début : après les plus chaleureuses assurances de zèle pour la propagation de la foi, le pape était sommé d'offrir à Ivan des conditions presque fantasques que l'on savait pertinemment devoir être rejetées à Moscou. Rassuré de ce côté, Sigismond était tourmenté par un autre scrupule : trouverait-il à Rome toute la condescendance voulue, et le chef de l'Eglise accepterait-il un rôle si odieux ? L'éventualité d'un échec semblait trop facile à prévoir pour qu'on n'y remédiât pas d'avance. Les instructions analysées plus haut avaient été envoyées à Kryski, le 18 février, par un courrier qui devait rentrer immédiatement en Pologne, sitôt qu'on aurait obtenu une réponse quelconque. Trois jours après,
1. Instructions sans date : la première partie dans Fif.dler, p. 108 à 113; la seconde dans Sciiptores rcr. poL, I, p. 69: Sigismond II à Kryski, 18 févr. 1553, ibidem, p. 71. Il n'existe aucune preuve que Vasili III ait demandé à Rome la couronne royale.