Scriptoics ver. pol., I, p
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Aux yeux de Rome, les rivalités nationales et les questions de frontières n'avaient qu'une importance secondaire. L'objectif des papes dans leurs rapports avec Moscou appartenait à un ordre d'idées supérieur, il s'agissait avant tout de s'entendre sur les questions ecclésiastiques, la réunion des Eglises aurait servi de base aux alliances militaires. Pour triompher des obstacles, volontiers on eût comblé Ivan de titres et d'honneurs, sauf à régler ensuite les conditions d'une paix équitable avec la Pologne qu'on voulait aussi ménager. A l'époque qui nous occupe, ce pays traversait une crise des ])lus dangereuses. Il servait de refuge aux novateurs et de foyer aux hérésies : Luther et Calvin y comptaient de nombreux disciples, les Hussites, les Frères bohèmes, les Zwingliens, les Sociniens y pénétraient de toutes parts. L'unité de croyance se voyait ainsi gravement compromise, et ce n'est pas sur Sigismond II, chancelant dans la foi, déréglé dans les moeurs, qu'on pouvait s'en remettre pour maintenir dans leur éclat les pieuses traditions des Jagellons. La prudence devenait donc plus nécessaire que jamais ; rien d'étonnant, si les réclamations officielles et pressantes du roi de Pologne l'emportèrent sur les propositions équivoques de Steinberg.
Les documents contemporains n'ont pas conservé le souvenir des démarches que Kryski aura dû faire à la suite des instructions menaçantes de son maître. La protestation éventuelle contre la royauté d'Ivan n'a certainement pas été produite, puisque la couronne royale ne prit jamais le chemin de Moscou. Loin d'en venir à des moyens extrêmes, on atteignit le but plus facilement que Sigismond ne l'aurait cru. Retiré dans sa villa superbe de la voie Flaminienne, Jules III, sur le déclin de sa carrière, ne formait plus de projets
grandioses ; peut-être aussi une légitime méfiance s'était-elle emparée de lui à l'endroit de Steinberg. Après un bref délai, Kryski reçut la déclaration explicite et formelle que toutes les propositions de l'envoyé moscovite avaient été rejetées, et ([u'ii l'avenir les affaires de ce genre ne seraient plus traitées à l'insu du roi et des évéques de Pologne'. Les mêmes assurances furent renouvelées, le 15 avril, dans une lettre adressée directement aux évoques ^. Cette promesse de confidences diplomatiques, provoquée sans doute par les appréhensions et les plaintes de Kryski, nous parait autrement grave que les fins de non-recevoir opposées à Steinberg. On ne saurait toutefois attribuer d'autre valeur à cette marque excessive de confiance, que celle d'un engagement personnel. Pour le moment l'incident était clos : les Polonais avaient remporté une victoire éclatante sur toute la ligne.
Mais que devenait Steinberg? Quelle était son attitude dans la crise? Toujours en lutte avec le cardinal Maffei et Albert Kryski, ne tarissant pas de plaintes contre eux, il semble avoir ignoré ou mal interprété les jjrefs pontificaux qui auraient dû lui ôter tout espoir. Ce n'est pas, du reste, qu'il en eût beaucoup, des accès de découragement s'emparaient parfois de lui. Ainsi, lorsque le cardinal Bertano eut quitté Rome en annonçant l'expédition de l'affaire dans trois jours, et que le délai fatal s'écoula sans amener de solution, Steinberg (Hit la velléité de plier bagage pour se rendre à la cour moscovite. Tandis qu'il méditait tristement la fuite, deux cardinaux influents, instruits de ses projets, lui conseillèrent de hasarder une nouvelle démarche qui ne fut pas plus heureuse que les précédentes, à cause de Topposi-