Cyi'kiams, p
;4 l'ItOJETS DK MISSIONS PONTIFICALES A MOSCOU
Florence, son emprisonnement, sa fuite et sa condamnation, prouvent assez l'hostilité envers les Latins des Russes du seizième siècle, leur violente antipathie contre Rome. La théologie du Kremlin restait stationnaire : ni le mariage d'Ivan 111 avec Zoé Paléologue, par l'entremise du cardinal Bessarion, ni les ambassades mutuelles entre les papes et Vasili 111, n'avaient modifié les dispositions des Moscovites; l'esprit byzantin, d'opposition et de haine, régnait toujours parmi eux; le métropolite Macaire en était lui-même animé, ses livres et ses procédés ne l'attestent que trop. Le concile de Trente se serait donc, dans tous les cas, heurté à Moscou contre les mômes obstacles que le concile de Florence. A la sombre époque qui s'ouvre ici, toute proposition de ce genre devait être rejetée avec plus d'indignation que jamais. Ivan n'est plus, en effet, ce souverain jaloux du bonheur de son peuple, rachetant les errements du passé par des actions d'éclat; une profonde et funeste transformation Fa tout à coup rendu méconnaissable. A la suite d'un procès intérieur qui échappe à l'analyse, les plus coupables instincts de sa jeunesse se réveillent de nouveau dans le tsar, pleurant la mort prématurée d'Anastasie, déçu cruellement sur la fidélité des boïars, obsédé par la crainte de se laisser dominer. En proie à la méfiance, il éloigne ses meilleurs conseillers, le pope Sylvestre et Alexis Adachev. Peu à peu, tous leurs partisans sont également proscrits, des séides et d'indignes favoris les remplacent : un Basmanov, avec son jeune lils Fedor, sur lequel planent les plus sinistres soupçons, un Bielski, un Viazemski, un ^\^sili Griaznoï, un ^laliouta-Skouratov. Tel est l'ignoble entourage d'Ivan depuis qu'il s'est livré tout entier à la débauche, aux. orgies, aux massacres. Le Kremlin change d'aspect, on n'y voit plus,
CA.NOBIO, (ilRALDI, POHTICO 75
au grand scandale des vieux Moscovites, que des festins bruyants, des mascarades, des danses lubriques. En inéme temps, une inconcevable l'ureur de destruction s'empare du cynique libertin, c'est comme un déchaînement de passions sanguinaires longuement comprimées, qui ne seront jamais plus assouvies; succombant aux remords, Ivan pratiquera des rites expiatoires, mais sa main reprendra sans cesse la hache pour frapper des victimes. Désormais la frénésie du sang, doublée d'un brutal mysticisme, sera le trait distinctif et saillant de cette terrible physionomie. Les premières exécutions qui remplirent Moscou d'épouvante se rapportent à l'année 1561, c'est-à-dire à l'époque où, ne se doutant de rien, Canobio faisait tous ses efforts pour pénétrer dans le pays.
S'il ne fallait pas s'attendre à de faciles succès auprès d'Ivan IV, il eût été également téméraire d'en espérer à la cour de Pologne. Ferdinand V favorisait, il est vrai, l'entreprise de tout son pouvoir, et Canobio semble avoir gagné sa confiance et mérité ses bonnes grâces. Déjà en allant à Vienne, l'envoyé pontifical s'était arrêté à Innsbruck, pour voir les cinq Pilles de l'empereur qui vivaient dans cette ville plutôt en religieuses qu'en princesses '. Il fut mis ensuite au courant des affaires délicates de Camille qui se traitaient avec la Pologne, et resta avec Ferdinand en correspondance directe. Mais la protection impériale, à moins d'en user avec une extrême réserve, loin d'aplanir les difficultés, aurait plutôt éveillé les soupçons de l'ombrageux Sigismond. Les relations, souvent tendues entre les deux cours, l'étaient en ce moment plus que d'ordinaire : au vif déplaisir de l'empereur, un neveu de Sigismond aspirait à