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Arcliives Borglièse, III, 117, C

76 PROJETS DE MISSIONS l'ONTI 1 ICALES A MOSCOU

la couronne de Hongrie; Sigismond lui-même, dédaignant son épouse maladive, blessait cruellement les sentiments paternels de Ferdinand. Si quelqu'un pouvait triompher des résistances en Pologne, c'était le cardinal Hosius. Polonais et représentant pontifical, aussi bon patriote que dévoué au Saint-Siège, le rôle d'intermédiaire entre le pape et le roi lui revenait naturellement. Plein d'ardeur pour la réussite du projet moscovite, l'évéque de \'armie prit d'avance ses mesures : Canobio l'ut mis en rapport avec Martin Kromer. intime ami du cardinal, ambassadeur de Sigismond à Vienne, déjà interpellé par son maître sur l'incident diplomatique, que l'on croyait avoir pour objet la couronne rovale d'Ivan. Après avoir jnis connaissance des pièces relatives à la mission, Kromer fit au roi un rapport favorable et munit Canobio d'une lettre flatteuse de recommandation, où il lait Téloge de sa prudence et de ses talents'.

Vers la fin du mois de mai, Canobio arrivait à Cracovie, tandis que Sigismond activant les préparatifs de guerre se trouvait déjà à Vilna. De là une nouvelle complication : lorsque le roi de Pologne résidait dans la capitale de la Lithuanie, les diplomates étrangers ne pouvaient se rendre auprès de lui qu'avec une autorisation spéciale; à moins d'enfreindre l'étiquette, un retard de quelques jours semblait inévitable. Berardo Bongiovanni , évéque de Camerino et nonce du j)ape, devait résoudre le cas. Auparavant il avait opiné pour l'arrêt de rioueur et écrit dans ce sens à Vilna; mais une entrevue avec le chancelier Osiecki lui lit changei- de langage, et bientôt la réponse de Mina vint trancher la question. Après force invectives contreMoscou. on pro-

1. Zakkzewski, Sfosii/i/ci. p. 4o, Voir .iiissi I'ogiam, II, p. '117), 2.')8,

CA.NOMIO. (liRALDI. l'OimCO 77

mettait à l'envoyé romain le meilleur accueil; les outrages semblaient dissimuler une satisfaction réelle, lin fait de conseils diplomatiques, le nonce insistait sur le silence à garder au sujet de l'approbation impériale, mesure fort sage que les dépêches de Kromer rendaient malheureusement inutile. Prévoyant en outre d'où viendraient les principales difficultés, Bongiovanni pourvut Canobio d'une lettre pour l'adversaire implacable de Moscou, Radziwill le Noir, dont l'influence allait croissant aux approches de la guerre et que l'on désirait ramener à la foi de ses ancêtres. Muni de ces instructions, l'envoyé romain partit pour \ ilna, le 16 juin 1561. Un religieux dominicain l'accompagnait, les plus hardies espérances leur servaient de soutien et de guide. Le cardinal Hosius ne partageait pas ces illusions. En léponse à sa lettre sur la mission moscovite, Sigismond l'avait prévenu que la soldatesque encombrait les routes et que la guerre empêcherait peut-être les communications. Ce langao-e s'écartait sinoulièrement de celui d'Osiecki, les réticences calculées du roi et le déploiement des forces militaires inspiraient à Hosius l'appréliension que Canobio ne vit jamais les blanches murailles du Kremlin'.

Toutefois on put un moment taxer ce scepticisme d'exagération. Si bienveillant, si cordial fut l'accueil du roi îà Yilna que Canobio ne douta plus de son prochain <lé|)ait pour Moscou'. Mais avant de se prononcer définitivement, Sigismond denuinda un sursis de quelques jours, afin de consulter les sénateurs de Pologne et de Lithuanie. Ce délai devait être fatal, l'opposition y puisait de nouvelles forces contre un projet assez déplai-

1. Arcliives du Vatican, I.ilt. princ, 1555-1565, p. 128, Hosius à Comincndoiie, 17 juin 1561.

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