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Theiner, Vct. mon. PoL, II, n° DCCXL, p

78 PROJETS DE MISSIONS l'ONTIFICVT.ES \ MOSCOl"

sant par lui-même. En effet, les Polonais ne voyaient pas de bon œil Moscou sortir de son isolement et se rapprocher de l'Occident; l'immixtion de Rome paraissait redoutable aux Lithuaniens protestants; le roi, on l'a vu à l'occasion de Steinberg, se montrait personnellement hostile aux entreprises de ce genre ; à en croire le nonce, Canobio aurait été aussi pour quelque chose dans la fâcheuse issue de l'affaire. A peine arrivé à Vilna. dans les premiers jours de juillet, au lieu de se renfermer dans une réserve diplomatique, il se prodigua à l'ambassade d'Autriche et se tint à distance de Radziwill. En outre, il ne cachait pas ses sympathies pour la reine Catherine, c'était piquer au A'if le frivole vieillard, au risque de se faire passer pour un agent de l'empereur. Radziwill sut admirablement tirer parti des circonstances, ses espions le tenaient au courant des démarches de Canobio ; à son tour, délateur scrupuleux, il en informait le roi qui s'alarmait, tergiversait et ne savait plus que répondre. Un seul homme luttait avec succès contre le palatin de Vilna, c'était le vice-chancelier Padniewski, récemment promu à l'évéché de Cracovie, et partisan déclaré du projet romain. Radziwill comprit que, pour ébranler le roi, un coup de théâtre était nécessaire. Aussitôt il dépêche un courrier à Vienne où les amis complaisants ne lui manquaient pas, les nouvelles qu'on lui rapporte sont des plus compromettantes : Canobio aurait conféré longuement avec Ferdinand et reçu des instructions de sa part, il fallait s'attendre à un piège de l'empereur et se mettre en garde. Padniewski eut alors une audience orageuse à subir. Soupçonnant déjà une secrète entente entre Vienne et Rome, Sigismond accable de reproches le vice-chancelier. Celui-ci, sans se troubler, révoque en doute les renseignements puisés par des adversaires, à des sources suspectes, avec

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un parti pris d'avance; il plaide si bien la cause qu'un nouveau courrier est expédié à Vienne, pour y prendre langue non plus auprès des amis protestants de Radziwill. mais auprès de Martin Kromer, représentant officiel du roi : la réponse fut naturellement rassurante.

Là-dessus de nouvelles discussions s'eneraofèrent à

Vilna. Radziwill tenait bon : les souvenirs de Siffis-

mond 1", les anciennes difficultés diplomatiques, la position même de la Lithuanie, exposée au premier choc de ^Moscou, lui fournissaient de solides arguments. Padniewski insistait sur la nécessité de ne pas se brouiller avec Rome ; la rupture aurait une fâcheuse influence non seulement sur la cause pendante de Bari et Rossano^, mais aussi sur le sort de la religion en Pologne violemment attaquée par les hérétiques. En présence de ces avis contradictoires, l'embarras du roi allait croissant, de même que ses incertitudes : il n'eût voulu ni favoriser les Moscovites ou les Autrichiens, ni rompre ouvertement avec le Saint-Siège. Cependant une décision quelconque s'imposait de force : fatigué par un mois et demi d'attente au milieu d'une cour étrangère où l'inaction le menaçait d'ennui, Canobio désirait savoir à quoi s'en tenir. Le parti d'une prudence peut-être excessive l'emporta dans l'esprit du roi. Après avoir de nouveau consulté son entourage, il déclara formellement à Canobio. tout en protestant de son dévouement au Saint-Siège, ne pas pouvoir consentir au départ pour ^Moscou : jamais.

1. Bari, dans la Pouille, et Rossano, dans la Calabrc, avaient éli>^ légués par Bona Sforza, non à son fils, mais au roi d'Espagne. Les réclamations du roi de Pologne aboutirent à un arbitrage de l'empereur Ferdinand, qui adjugea les duchés à Philippe II et une compensation pécuniaire à Sigismond.

en temps de guerre, les ambassadeurs étrangers ne traversent la Lithuanie, l'usage a acquis force de loi, les sénateurs en réclament énergiquement le maintien, ce n'est pas au roi de transiger. Le prétexte était spécieux, Canobio s'épuisa à le combattre, Sigismond resta in- (lexible. Si le passage est accordé à l'envoyé pontifical, disait-il à bout de bonnes raisons, on ne pourra guère le refuser au député des princes protestants, qui veulent aussi se mettre en rapports avec Moscou; et pareille concession déplairait au roi autant qu'au pape. Cette réponse rendait la discussion inutile.

Jaloux de prévenir à Rome le fâcheux eil'et de sa décision, Sigismond écrivit, le 10 septembre, au cardinal Farnèse, protecteur de Pologne, et, deux jours après, au pape lui-même pour les renseigner sur les motifs de sa conduite'. Tout en appuyant sur les coutumes du pays, il ne dissimule pas sa conviction personnelle que l'on n'aurait rien obtenu d'Ivan, que le tsar dont il connaît, disait-il, la rudesse, la barbarie, la haine contre les Latins, n'eût jamais envoyé d'ambassadeur à Trente. L'événement justifiait donc les appréhensions que le nonce avait manifestées dès le début. Aussi bien, chargé de tenir le cardinal Morone au courant des affaires du concile, il s'empresse d'excuser le roi et de faire valoir en sa faveur les circonstances atténuantes '.

Canobio ne se montrait pas si conciliant. Il attribuait son échec, d'une part, à la funeste influence des protestants, en majorité au sénat de Lithuanie; d'autre part, à la timidité des défenseurs naturels d'un envoyé pontifical. Ces mots énigmatiques ne viseraient-ils pas Bongiovanni ? Le fait est d'autant plus probable qu'entre

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