‹ Papes et tsarsChapitre 26 sur 135 · ElCHHORN, II, p · texte numérisé non relu

ElCHHORN, II, p

2. Archives du Vatican, Litt. priiic, 1555-65, p. 116, BoiToiueo à Commendone, 21 mai 1561.

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rable; le pape lui-même certifia au roi que la mission de Canobio se bornait à l'invitation d'Ivan IV au concile de Trente et qu'elle n'aurait eu, pour la Pologne, que les plus heureuses conséquences. Tel n'était pas l'avis de Sigismond. Il se félicitait que Canobio n'eût pas entrepris ce voyage et déclarait n'avoir jamais eu de soupçons contre Rome, ni douté de la bienveillance pontificale, tout au plus l'Autriche lui avait donné de l'ombrage K

Si le roi de Pologne restait fidèle à sa politique, Rome n'n])diquait pas non plus ses vues sur Moscou. Au commencement de l'année 15(30, parut devant Pie l\ le nouveau représentant de Venise, Marc-Antoine da Mula. Ancien disciple de l'école de Padoue, initié aux secrets de la politique, il avait brillé à la cour de Charles-Quint et de Philippe II avant d'être nommé ambassadeur auprès du pape. L'habile diplomate eut bientôt conquis l'admiration générale, comme une rare et flatteuse distinction vint le prouver. Simple laïque, âgé déjà de cinquante-cinq ans, il est, à l'insu de la seigneurie, promu par le pontife à l'évèché de Vérone. L'infraction à la loi était formelle, la défense de recevoir des bénéfices ou des dons de la part des souverains étrangers ne souffrant pas à Venise d'exception. Après de longs pourparlers. Pie IV consentit à retirer sa nomination, mais il ne battit en retraite que pour revenir à la charge, et, le 26 février 1561, Mula fut créé cardinal. Là-dessus, grand émoi dans le palais ducaL la fière seigneurie ne laissait personne disposer de ses sujets, fût-ce même pour les élever au-

1. Theinek, Vet. mou. PoL, II, n° DCCXf., p. 671, 678, 697; h" DCC.VXV, p. 649: n» DCCXLIX, p. 713; Pogiam. II. p. :!50 : Bibl. (lu N'alican, fonds OUdboni. 2iI7, p. Il'i.

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dessus du vulgaire. Cette fois, les négociations échouèrent; en guise de représailles, on défendit aux A'énitiens de fêter le nouveau pourpré, l'ambassade de Rome passa à un autre titulaire, avec défense de fréquenter Mula. Malgré tous les efforts du pape pour faire oublier le passé et convaincre la seigneurie qu'il avait agi sj)ontanément, celle-ci garda constamment rancune au transfuere. (( 11 est un homme faux et connu comme tel ù Venise, disait hardiment Giacomo Soranzo à Pie IV^ puisse-t-il ne pas trahir A'olre Sainteté comme il a trahi sa patrie. » Souhait énigmatique ! « Quelle trahison, fit le pape, voudrait-il par hasard m'empoisonner ? » L'ambassadeur se retrancha dans de vagues affirmations sur la prudence de ses maîtres et leur dévouement au Saint- Siège, en laissant planer au-dessus du cardinal les plus graves soupçons. Ces artifices diplomatiques n'ébranlèrent pas la situation de Mula, le pape lui demandait des conseils et le comblait d'honneurs. Evêque de Rieti dès 1562, préposé trois ans après à la bibliothèque du Vatican, il s'occupait spécialement des aft'aires concernant le concile de Trente et la ligue anti-ottomane'. Or la place de Moscou était marquée au concile, l'armée du tsar eût été un puissant auxiliaire contre les Turcs, quoi d'étonnant si le cardinal vénitien porta ses regards de ce côté? Sur ses instances, ou au moins, grâce à ses soins, une nouvelle mission fut décrétée.

C'était vers le mois de septembre 15Gi. L'échec de Canobio obligeait le Saint-Siège à compter avec les répugnances de la Pologne ; on se renferma donc prudemment dans un profond secret. Une entente préalable avec la seigneurie n'est guère admissible, Mula venant de tomber en disgrâce ; ses dépêches, d'ailleurs,

I. CicoGNA, VI, p. 611 à 629, 742, 7'i3; ALBÈp.r, IX, p. 156 à 160. ]),\ Mula ou MuUa est aussi nommé Araulio ou Araulius.

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ne renferment aucune allusion à ce sujet'. La cour de Rome hasardait l'entreprise à ses risques et périls ; un Vénitien la dirigeait, mais au nom du pape et sous ses auspices.

Dans ces conditions , l'envoyé pontifical devait être surtout un homme adroit et fertile en ressources. Le choix du cardinal se porta sur un de ses compatriotes attaché à son service, Giovanni Giraldi. Chose rare au seizième siècle, cet Italien savait le polonais et l'allemand ; son habileté linguistique semble avoir été la cause de son élévation. Le but principal de la mission était analogue à celui de la précédente. Giraldi devait présenter à Ivan la bulle de convocation au concile de Trente avec un bref de Pie IV qui n'est pas parvenu jusqu'à nous. Par contre, les instructions pontificales nous révèlent de curieux détails. L'empereur Ferdinand et le roi de Pologne sont tenus cette fois à l'écart; on ne sollicite plus ni l'approbation de Tun ni Tappui de l'autre; Giraldi, rendu secrètement à Moscou, mettra le tsar au courant de la situation. Des obstacles insurmontables ont arrêté en route un premier ambassadeur; le pape s'est vu obligé d'expédier à la dérobée une personne de confiance, sans caractère officiel, sans présents à offrir. Les motifs légitimes d'invitation au concile ne manquent pas : importance de l'entreprise, bonnes dispositions présumées d'Ivan, nécessité de l'union vis-àvis des Turcs. L'auteur des instructions ne doute pas du succès à la cour de Moscou, c'est la Pologne qui le préoccupe ; il suggère aux Russes de se déguiser et de se rendre par mer jusqu'en Hollande, d'où ils arriveraient facilement à Trente. Giraldi est autorisé, si sa présence est nécessaire, à rester dans le pays. L'avenir

1. Les registres de Mula conservés à Paris (Bibl. nat., fonds italien, 1345) sont également muets sur la mission moscovite.

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plus éloigné est également prévu ; l'habile Vénitien recrutera quelques jeunes gens, qui viendront à Rome apprendre le latin et les rites de l'Église, après quoi le pape les renverra à Moscou pour y mettre leurs talents et leur science au service de la patrie.

Mais ce qui distingue spécialement ces instructions, ce sont les formules d'étiquette : Ivan est nommé roi, roi sérénissime, majesté. Ce détail ne manque pas d'importance. Aux yeux de Rome, le titre royal passait pour un puissant moyen de rendre le grand-kniaz docile au Saint-Siège; aussi est-on surpris de voir ces honneurs prodigués tout à coup, sans motif, sans concessions réciproques. L'anomalie est d'autant plus étrange, que les anciens formulaires reparaissent immédiatement dans les pièces suivantes. Les instructions de Giraldi sont donc, à ce point de vue, une exception unique dans leur genre. Est-ce à dire qu'elles ne sont pas authentiques ? Les dossiers officiels qui les renferment n'admettent pas cette hypothèse, mais n'expliquent guère les singularités de la rédaction K

Quel a été le succès de cette mission? Plus fortuné ({ue Canobio, Giraldi a-t-il pu pénétrer jusqu'à Moscou? Lui-même a conté ses aventures à Possevino. lorsque celui-ci, envoyé par Grégoire XIII auprès d'Ivan IV, s'arrêta pour quelques jours à Venise. Laissons la parole au célèbre jésuite : « Ainsi encore, écrit-il au cardinal de Côme, un certain Giovanni Geraldi [sic], surnommé Marinella, qui, tout Vénitien qu'il est. sait les langues allemande et polonaise, est venu me trouver et me raconter que du temps de Pie IV il a été envoyé à

1. TouRGUÉNEv, I, p. 181, n° CXT.I ; Archives du Vatican, Polit., CXXIX, p. 232; Archives de la Propagande, Scritt. orig... 170.5. — • D'aucuns font passer Giraldi pour un prêtre : ils ont faussement interprété l'ahréviation «le mcsscr dans le sens de monsigiior.

S(y l'ROJKTS DE MISSIONS l'ONÏIFICXLES A MOSCOU

Moscou par le cardinal da Mula, sur l'ordre de Sa Sainteté ; mais (jue ni les Polonais ni le roi Sigismond ne voulurent d'aucune manière lui accorder le passage, de crainte peut-être que le Siège apostolique ne mît ainsi quelque frein à la Pologne. Il revint alors sur ses pas pour prendre le chemin de la Livonie, mais ne pouvant pénétrer plus avant à cause de dillérents obstacles, il fut obligé de rentrer en Italie, ainsi qu'il en était arrivé au sieur Alessandro [sic au lieu de Giovanni Canobio qui, dans le même but, avait été envoyé autrefois dans ces régions ^. »

Telle est en résumé l'histoire de la mission de Giraldi. Quant aux détails, la correspondance diplomatique de l'époque n'en a conservé que des lambeaux. Bien que ses instructions remontent à l'année 1561, le nom de Giraldi ne se retrouve qu'en 1564 sous la plume du nonce de Pologne, Commendone. A sa grande surprise, il apprend un jour qu'on a intercepté un pli avec des dépêches chiffrées, et un bref du pape à Ivan IV. Giraldi, porteur de ces messages, emprisonné d'abord, puis relâché, prétend que toute la correspondance est entre les mains du roi, et refuse de s'expliquer ultérieurement. Sigismond paraît profondément blessé; les partisans des nouvelles idées exploitent l'incident; Commendone lui-même est mystifié, et, dans sa dépêche du 3 janvier 1564, il insinue au cardinal Borromeo le désir d'être mis au courant de l'affaire. La réponse qui devait contenir de précieuses révélations ne nous est pas parvenue. Trois mois après, le 5 avril, le nonce revient sur le même sujet pour confirmer les renseignements déjà donnés. C'est à l'archevêque de Gnesen, Uchanski, que le roi fait ses confidences. Commendone se sert du

1. lial/iorv et Posscviiio, p. fiS. Giraldi portait le surnom de .Marinella ou Marendella.

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même intermédiaire pour affirmer de nouveau la sincérité du pape, et il ajoute dans sa dépêche : « Quant à moi, je ne vois pas grand mal à ce que le roi se persuade que le Siège apostolique pourrait un jour entrer en négociations avec Moscou, et peut-être cette affaire ne serait-elle pas à négliger complètement '. » Le nonce avait des raisons pour tenir ce langage; le scandale du divorce royal était à craindre; les plus dangereux sectaires se multipliaient impunément : afin de réagir efficacement, un point d'appui hors de la Pologne n'eût pas été inopportun.

A partir de cette époque, la correspondance de Couimendone est muette sur le projet de mission moscovite, ce qui permet de supposer qu'il n'y eut pas de consé- ([uences fâcheuses. Du reste, avec la dissolution, en 1563, du concile de Trente, l'objet principal des négociations avait disparu de lui-même. Quant à Giraldi, la malchance le poursuit. La même année 1564, après avoir échappé aux prisons de Pologne, il se laisse encore prendre à Venise. Dans l'intervalle entre ces deux aventures, il semble avoir été à Rome et reçu de nouvelles instructions de Mula. Cette seule circonstance le rendait suspect à la seigneurie ; les soupçons s'accrurent lorsqu'on le trouva muni d'un bref pontifical et d'une note rédigée par le cardinal vénitien. Les sénateurs remirent au nonce la pièce romaine, en protestant d'avoir respecté le sceau du secret, mais la note devint entre leurs mains un terrible grief. Une enquête fut ordonnée; on parla de poison cl de poignards, d'une conjuration ourdie par Mula. Malgré ces bruits sinistres, Giraldi sortit sain et sauf des mains de la justice. Nous le retrouvons à Venise, en L580. honoré de la conlianc-c

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