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du sénat et traduisant des messages russes K L'année suivante, il fait à Possevino le récit mentionné plus haut, après quoi son nom s'éclipse de l'histoire. L'idée d'un ra|)prochement avec Moscou ne disparaît pas avec lui ; une nouvelle tentative a lieu sous Pie V.
Les missions de Ganobio et de Giraldi se rattachent exclusivement au concile de Trente; on réservait toutes les autres questions pour ces grandes assises de la chrétienté. En 1570, nous rentrons dans l'ordre d'idées, pour ainsi dire, traditionnel à l'endroit de Moscou. Les projets de Léon X, d'Adrien YI, de Clément Vil reparaissent à nouveau et presque sous les mêmes formes.
Pie Y était l'homme providentiel qui devait, le premier, ébranler la puissance menaçante des Osmanlis. Elevé dans la suite à l'honneur des autels, il a été, durant sa vie, le type du moine couronné de la tiare pontificale. La jeunesse de Michel Ghislieri se passa dans la solitude du cloître, où l'austère discipline et de sérieuses études donnèrent à son caractère une trempe virile et à ses idées une teinte profonde d'ascétisme. Les ministères qu'il eut ensuite à exercer, soit comme religieux dominicain, soit comme cardinal, et qui le mettaient souvent en contact avec les hérétiques au tribunal de l'Inquisition, ne firent que développer les deux traits saillants de sa remarquable personnalité. La môme empreinte se retrouve encore chez le pontife. D'une piété angélique au pied des autels, il ne recule
1. Archives d'État de Venise, Cons. de' Dieci,Secr.,\lll.p. 12, 23 août 1564 ; Bathory et Possevino, p. 32. Les bruits d'enipoisonneraeiit qui coururent à cette occasion expliquent le dialogue, cité au début, entre Pie IV et Soran/.o.
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pas devant les rigueurs nécessaires au maintien de la discipline et à la sauvegarde de la foi ; aux progrès croissants de l'islamisme, il oppose une ardeur guerrière et presque juvénile, qui étonne dans un vieillard couronné de cheveux blancs, brisé par d'atroces souffrances.
Les flammes qui avaient consumé l'arsenal de Venise étaient à peine éteintes et la reine de l'Adriatique se remettait lentement de ce désastre; en Espagne, les Maures de Grenade exerçaient encore de sanglantes représailles contre leurs maîtres, lorsque des bruits de guerre et d'invasion se répandirent dans le monde chrétien qu'effrayait encore l'ombre de Suleyman. Ce fameux capitaine avait reculé les frontières de son empire à l'Est jusqu'à la forteresse de Van, à l'Ouest jusqu'à Belgrade et Gran; au Midi, il avait rattaché à la Porte les Etats barbaresques. Ses talents militaires lui survivaient encore dans la personne du grand-vizir Mohammed- Sokolli, originaire de Bosnie, qu'il avait légué à son fils. Le sultan Sélim II lui-même n'était pas si adonné aux plaisirs énervants du harem qu'il n'eût des éclairs de courage et des velléités de conquête. C'était surtout l'île de Chypre avec son ciel d'azur, sa luxuriante végétation, ses vins délicats, son huile et son miel, ses mines d'alun, de sel, de cuivre, ses pierres dures et précieuses, qui formait depuis longtemps l'objet de ses convoitises. Elles avaient été éveillées, paraît-il, par un Juif j)ortugais, Joseph Nassy, déjà élevé au rang de duc de Xaxos sans que sa folle ambition fût encore satisfaite. Il prodiguait au sultan les ducats de Venise et même, en dépit du Coran, les meilleurs vins de Chypre, avec dès paroles flatteuses, des projets séduisants, se promettant tout bas de se tailler un royaume dans la conquête ottomane. Sélim se laissa convaincre. 11 avait pacifié la Hongrie et
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comprimé la révolte clans rVémen. Lorsqu'il apprit que les flammes ravageaient ^'enise et que le sang coulait en Espagne, il crut le mf)ment opportun pour la guerre et fit valoir ses futiles réclamations au sujet de Chypre. La république de Saint-Marc, maîtresse de l'ile depuis 1489, n'eut pas de peine à en faire justice. Mais l'heure n'était plus aux pourparlers, les voies de fait succédèrent aux menaces : le 13 janvier 1570, le baile de Constantinople, Marc-Antoine Barbaro, est arrêté, les navires vénitiens, mouillés dans les ports turcs, sont mis en séquestre ; les fameux corsaires levantins paraissent dans la Méditerranée et les brigands sur les frontières de la Dalmatie. Désormais le doute n'était plus possible, les Turcs déclaraient la guerre à la seigneurie.
Cet événement jeta partout l'épouvante et l'efl'roi. Le siège de Malte, avec ses cruelles représailles, vivait encore dans tous les souvenirs, et voici que le croissant se montrait de nouveau à l'horizon. Le danger était commun et personne ne pouvait prévoir les conséquences d'une guerre malheureuse, ni fixer des limites aux conquêtes d'un ennemi qui avait juré la destruction du christianisme. 11 fallait donc organiser promptement la défense; l'initiative en revenait au chef suprême de la chrétienté, car ce n'était pas une simple lutte de nation à nation qui s'engageait : le croissant se dressait contre la croix, et Mahomet disputait à Jésus-Christ l'empire du monde. Pie V ne faillit pas à sa mission. La pensée d'une ligue universelle contre les Turcs le préoccupait depuis longtemps et, dès les premiers jours de son pontificat, il en avait fait le point de départ de ses combinaisons politiques. A l'approche du danger, il redoubla d'activité, cherchant des alliés, armant des galères à ses frais, faisant appel à tous les dévouements. Nous ne suivrons pas le pontife dans ses multiples négociations