CA>OBIO, GIRALDI, PORTICO
nais, et du polonais en latin. En même temps parut une réfutation de la profession de foi protestante rédigée à Sandomir, que des malveillants faisaient passer auprès d'Ivan pour un symbole catholique. Les préoccupations religieuses et littéraires n'absorbaient pas tellement le nonce qu'il n'eût des loisirs pour les soins matériels : les voitures de voyage, les litières et autres accessoires ne furent pas oubliés'.
Ces frais de préparatifs manifestaient au grand jour la promptitude du serviteur à obéir à son maître; le diplomate ne se montrait pas moins empressé de renseigner dûment sa cour. Une bonne fortune rendit ce dernier rôle plus facile que l'autre. Pendant que le nonce cherchait des nouvelles sur Ivan, un soldat d'origine poméranienne, nommé Albert Schlichting, prisonnier à ^Moscou depuis sept ans, trouva le moyen de s'échapper et s'en vint en Pologne où ses premiers moments de liberté furent consacrés à fixer ses souvenirs sur le papier. Attaché au service du médecin italien d'Ivan, Arnoldo, il avait beaucoup vu par lui-même, beaucoup entendu et il ne se sentait pas en veine de réticences. Son prolixe mémoire de soixante-cinq grandes pages, dédié à Sigismond-Auguste, donne une idée singulièrement défavorable du tsar; il y raconte avec des détails plus ou moins exacts l'organisation de l'opritchnina, le sac de Novgorod, les massacres périodiques de Moscou. Le tableau est si sombre que le lecteur en reste accablé. Quant à Portico, cette relation d'un témoin oculaire lui tombait entre les mains tout juste à point nommé; aussi s'emprcssa-t-il de l'envoyer à Rome pour en édifier le pape et son conseil. C'est encore par la même voie pro-
1. Regenvolscils, p. 91 ; Tsvétaiev, LU. boiha, p. 30 à 56; Theinek, Vct. mon. PoL, II, p. 774.
baljlement que j)arvinrent au Vatican les rapports des ambassadeurs polonais à Moscou en 1570. Les outrages qu'ils avaient subis en route, l'accueil glacial du tsar, n'étaient pas de nature à faire rechercher les relations diplomatiques avec Ivan. Pour ne pas se laisser prendre au dépourvu, le nonce gardait auprès de lui le double des pièces qu'il envoyait à Rome, il en fit part, en 1.581, à Possevino : c'est ce que nous avons appelé plus haut le dossier de Portico *.
Cependant, grâce aux révélations du nonce, la vérité commençait à se faire jour à Rome. Le caractère d'Ivan inspirait au pape une vive répugnance, il se résigna au sacrifice de ses projets. « Nous renonçons complètement, écrivait-il au roi de Pologne, le 31 novembre 1571, à l'affaire moscovite, à cause des informations que nous avons reçues sur la vie du tsar ^. » Un peu auparavant, la même résolution avait été notifiée à Portico en ces termes : « Nous avons vu ce que vous nous communiquez au sujet du Moscovite. Ne pensez plus à vous rendre dans ces contrées, lors même que le roi de Pologne louerait et favoriserait votre voyage, car nous ne voulons pas nous mettre en rapports avec une nation si cruelle et si barbare ^. » Le nonce n'eut pas de peine à se conformer au désir de son maître. L'entreprise semblait si importante et si difficile à qui la voyait de près, que Portico se faisait un mérite de n'avoir pas reculé devant elle. In magnis voluisse sat est^ disait-il avec le poète, comme pour se consoler de n'avoir pas mieux réussi *.
Pie V trouvait, de son côté, des motifs de satisfaction