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ET LE DERNIER PROJET DE MISSION A MOSCOU

I. Grégoire XIII élu pape à l'unanimité. — Son portrait par les ambassadeurs de Venise. — Le cardinal de Corne. — Côté faible de l'administration pontificale. — Eft'orts concentrés sur l'éducation. — Université grégorienne. — Collège grec. — Candidats slaves. — La question d'Orient. — Dépèches du nonce Laureo. — ÎNIaximilien II et Ivan lY. — L'arcliiduc Ernest et le partage de la Pologne. — Ambassade de Cobentzl à Moscou. — Optimisme de son mémoire.

— Revirement dans la politique du Saint-Siège. — Causes de rapprochement avec Moscou. — Instructions du cardinal Morone. — Ses rapports avec les envoyés moscovites à Ratisbonne. — Dépêches pressantes du cardinal de Côme. — Détails biographiques sur Rodolphe Clenke. — Il accepte la mission de Moscou. — Instructions de Morone à Clenke. — Tergiversations de l'empereur. — Il s'oppose à la mission moscovite. — Vrai motif de cette opposition. — Mort de Clenke.

II. Une erreur historique. — Décadence de l'empire turc. — Projet de Grégoire XIII. — L'homme providentiel. — Stéphane Bathory, sa jeunesse, ses succès. — Elu prince de Transylvanie, ensuite roi de Pologne. — Ses titres au trône. — Dépèches de Laureo : simplicité de Bathory, cuisine royale, lune de miel, désillusions. — Bathory reconnu roi par le Saint-Siège. — Ligue anti-ottomane. — Pacta conventa. — Nécessité de réconcilier la Pologne avec Moscou. —

— Dépèche romaine à Caligari. — Position difficile de celui-ci. — Projets militaires de Bathory. — La guerre déclarée à Moscou. — Prise de Polotsk et de Sokol. — Premières ouvertures du nonce à Bathory et à Zamojski. — Réponses dilatoires. — Politique du Saint-Siège. — La toque et le glaive envoyés à Bathory. — Aveux plus sincères. — Incidents défavorables : projet de divorce surpris par le nonce. — Ou lui insinue d'abandonner l'affaire mosc<ivite. -- Dernières tentatives. — Bathory reste fidèle aux traditions de Sigismond II. — Nouvelle occasion de reprendre les anciens projets.

Sous le pontificat de Grégoire XIII, les rapports de Rome avec Moscou atteignent, au seizième siècle, leur

point culminant. Naguère professeur de droit canon à Bologne, Ugo Boncompagni réunissait autour de sa chaire des Reginald Pôle, des Carlo Borromeo, des Farnèse, des Truchsess. A Trente, il étonna les Pères du concile par ses connaissances juridiques et sa yaste érudition. La revision du fameux procès de l'archevêque de Tolède, accusé d'hérésie, lui donna encore plus de prestige. A la mort de Pie ^^ la brillante réputation de légiste consommé et de cardinal intègre lui valut les suffrages du conclave. L'élection se fit sans scrutin, ou, pour nous servir du terme consacré, par adoration. Boncompagni prit le nom de Grégoire XIIL

Les ambassadeurs de Venise ont fait et refait son portrait. Extérieur grave, taille élevée, maigre, robuste, petits yeux et vue perçante, nez aquilin qui révèle, d'après Soriano , « une àme généreuse et faite pour régner », haut en couleurs, couronné de cheveux blancs, marcheur infatigable , ne craignant pas le grand air, mangeant peu et buvant encore moins, se couchant tôt et se levant de bonne heure, tel était le nouveau pape. Ses qualités et ses défauts ont été ainsi esquissés par Paolo Tiepolo : « juste, intelligent, amateur et défenseur de l'Eglise romaine, mais peu versé dans la politique et nullement enclin à ce genre d'afl'aires. » Les relations avec les souverains relevaient entièrement de Ptolomeo Galli, mieux connu sous le nom de cardinal de Côme, secrétaire des brefs ad principes, esprit plutôt médiocre que puissant, mais d'un caractère aimable et souple, d'un commerce sûr, d'une fidélité éprouvée. Au gré des fins diplomates de Venise, cette partie de l'administration pontificale laissait beaucoup à désirer : pas de profondeur dans les plans, pas de suite dans les idées; on traînait en longueur les questions épineuses, sans

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égard pour les princes, avec trop de scrupules juridiques •.

Que si l'homme de loi absorbait souvent l'homme d'État, le pontife ne se démentait jamais. Les intérêts de l'Eglise étaient souverainement chers à Grégoire; la propagation de la foi et l'abolition des abus se poursuivaient avec un visible succès. Les réformes inaugurées par le concile de Trente poussaient ainsi de profondes racines dans le sol et s'assuraient de l'avenir. La pensée dominante du pontife fut toujours l'instruction de la jeunesse et la formation du clergé. Le concile avait tracé de nouvelles règles pour l'érection des séminaires ; par les soins du pape, vingt-deux collèges environ furent fondés dans différents pays, et pour couronner l'œuvre restauratrice, un vaste centre d'études fut établi à Rome et confié à la direction des jésuites. De tous les points du globe, une élite studieuse affluait vers l'Université grégorienne. On s'y retrempait dans les bonnes doctrines, dans les traditions d'attachement au Saint-Siège. Après quoi, rentrés dans leurs foyers, les jeunes docteurs propageaient au loin les idées romaines.

L'année 1577 vit surgir, sur les bords du Tibre, le collège grec de Saint- Athanase , destiné spécialement aux Hellènes , sans toutefois que les Slaves du rite oriental en fussent exclus. Dès l'origine de la fondation, le cardinal de Corne chargeait le nonce de Pologne, Vincent Laureo, de se mettre en quête d'une douzaine déjeunes Russes, intelligents, honnêtes, désireux de s'instruire, profondément attachés à leur patrie ; prémices des Slaves au collège, ils eussent été ensuite parmi leurs compatriotes les apôtres de Rome. On calculait que les provinces russes de la Pologne fourni-

1. AnuÈKi, X, p. 16;5 à 290. Relations do Paolo Tiepolo, Soriano, Antonio Tiepolo, ("orrer.

raient facilement six candidats ; les six autres devaient être de vrais Moscovites, séduits par des promesses ou livrés aux Polonais par les hasards de la guerre. La commission n'était pas facile à exécuter. A peine, au lieu de douze candidats, le nonce put-il en trouver trois, dont un seul d'origine moscovite'. Bientôt le collège grec rendra des services signalés à la cause de l'union, en donnant aux Hellènes un Arcudio, un Allacci , et aux Slaves un Rutski, un Korsak, un Kolenda.

Préoccupé de l'avenir, le pape ne pouvait se soustraire à la tâche présente qui s'imposait de vive force. Lorsque le baile vénitien, Barbaro, se présenta à SokoUi au lendemain de la guerre de Chypre et de la journée de Lépante, le grand-vizir lui parla en ces termes : « Tu viens voir sans doute où en est notre courage après le dernier accident qui nous est arrivé ; mais il y a une grande dilTérence entre votre perte et la nôtre. En vous arrachant un royaume, c'est un bras que nous vous avons coupé, et vous, en battant notre flotte, vous n'avez fait que nous raser la barbe. Un bras coupé ne saurait croître de nouveau, tandis que la barbe rasée se reproduit avec plus de force qu'auparavant^». Le mot n'était vrai qu'à demi ; les aigles polonaises , guidées par l'héroïque Sobieski, n'auront plus qu'à s'élancer sur les Ottomans campés devant les murs de Vienne, et la Turquie deviendra ce grand malade, dont les héritiers, trop jaloux l'un de l'autre, prolongent seuls l'existence. Après la victoire des chrétiens, le prestige des Turcs sera perdu à jamais. Pour le moment, ce qui frappait les esprits, c'était plutôt la rapidité inouïe avec laquelle Sokolli avaitréparé les pertes de Lépante. En 1572, l'escadre ottomane ne comptait pas moins de deux cent cin-

1. RoDOTA, III, p. 146 à 220; ^\'IER^Bo^vbKI, Olnochcnia, p. 238.

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