RODOLPHE CLE>KE
qu'on lui suggère travance le canevas d'une lettre à Ivan. Quant à l'heureux résultat de l'entreprise, Rome n'en doutait presque pas, on s'attendait plutôt à voir arriver, du fond de la Moscovie, une ambassade solennelle.
A Ratisbonne, le légat n'était guère mieux informé que le cardinal du A'atican; ne puisaient-ils pas tous les deux aux mêmes sources autrichiennes ? Sans faire d'observation à sa cour, sans se laisser décourager par Sougorski, Morone ne songea qu'à exécuter les ordres reçus. L'empereur donna verbalement son approbation; le titulaire de la mission était trouvé d'avance, Rodolphe Clenke s'en chargeait volontiers^ Savant, érudit, d'une constitution robuste, d'un genre de vie austère, presque Spartiate, ce prêtre distingué consacrait ses loisirs aux études et cultivait les sciences sacrées, le droit civil et les langues orientales. Son humeur enjouée et quelque peu batailleuse le faisait tour à tour admirer par les uns, craindre par les autres, et parfois gronder |)ar son évêque, à cause de ses mordantes saillies. Jusque-là sa carrière n'avait été rien moins que monotone. Sa jeunesse s'était écoulée en grande partie aux universités protestantes de Wittemberg, Meissen, Rostock. Vers 1550, Clenke se trouve à l'université catholique de Cracovie, et c'est à cette époque que se rapporte son voyage de Moscou en compagnie de Stanislas Jedrowski, envoyé auprès du tsar par Sigismond- Auguste. Cette lointaine et fatigante excursion laissa à l'intrépide touriste des souvenirs ineffaçables et le mit en veine d'existence nomade. Au retour, à peine a-t-il liasse ([uelque temps auprès de Gebhard de AValdbourg, le futur archevêque si tristement célèbre de Cologne,
1. Medeker, IT, p. 45 à 51; Sittner, p. 27; Theuwelils, passim.
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(jii'il est de nouveau sur les grands chemins : la France et l'Italie l'attirent sans le captiver; le voici, en 1557, à l'université d'Ingolstadt; bientôt après il se fait recevoir licencié en droit à Louvain, et se consacre à l'étude de la théologie. Dès qu'il eut obtenu le bonnet de docteur, il lut nommé recteur du séminaire nouvellement érigé d'Eichstaetl, professeur de théologie, prédicateur de la cathédrale et chanoine. Ce rapide avancement, ce cumul de fonctions, sont une preuve des mérites et des capacités de Glenke. Le duc de Bavière qui lui servait des pensions n'y resta pas indifférent et, faisant valoir ses droits sur le savant ecclésiastique, lui confia, en 1570, la direction du Georgianum d'Ingolstadt. Au mois d'août 1576, Morone eut l'occasion de voir Glenke à Ratisbonne, et, le trouvant plein de science et de zèle, habile dans la controverse, lui proposa la mission de Moscou. L'offre fut acceptée avec empressement. Ne prévoyant plus d'obstacles, le légat rédigea une longue feuille d'instructions qui reflète fidèlement les illusions romaines : l'union avec l'Eglise et la guerre contre les Turcs en forment l'objet; Glenke est chargé de provoquer une ambassade russe à Rome, et autorisé à promettre des théologiens et des prêtres, si le tsar, nouveau David, prêt à lutter contre l'Islam, veut se faire instruire plus à fond. La lettre du légat à Ivan est écrite dans le même style ^. On ne se doutait pas des contrastes : lo despote de Moscou à l'école d'un prêtre latin, les opritchniki soumis docilement au pape; — n'était-ce pas réver l'impossible '.'
En organisant la mission sous les auspices impériales, en espérant le concours de l'Autriche, ni Grégoire XIII ni Moroiu' n'avaient compté avec la versatilité