MISSION DE CHÉVRIGIINE A ROME
(le vengeances imméritées, ou bien, affolés et indignés, prenaient, à l'exemple de Kourbski, le chemin de la Pologne, tandis que ceux qui entouraient Ivan et possédaient sa confiance n'étaient au fond que ses compagnons de débauche et les exécuteurs de ses hautes œuvres : en vain eùt-on cherché parmi eux un capitaine de valeur.
Dès lors il n'est pas étonnant si les avis pacifiques prévalurent au sein du conseil. Mais comment obtenir des conditions honorables d'un adversaire qui n'entendait pas renoncer au prix de ses victoires ? Bathory avait juré de ne pas déposer les armes avant d'avoir conquis la Livonie tout entière; Ivan s'obstinait à conserver ne fût-ce qu'un lambeau de cette province qui lui ouvrait le chemin de l'Occident. A bout de ressources et sous le coup de la frayeur, le tsar voulut, en dernier lieu, essayer d'une politique jusque-là inouïe au Kremlin : il allait avec éclat se déclarer l'ennemi juré des Turcs, et engager le pape et l'empereur à organiser dans toute l'Europe une croisade anti-ottomane ; naturellement, ce projet n'était pas réalisable tant que Bathory et Ivan n'auraient pas conclu la paix. Cette manière de tourner la difficulté ne manquait pas de finesse : placée en première ligne, la question d'Orient de l'époque dissimulait l'importance de l'affaire polonaise; on s'épargnail ainsi de pénibles aveux et l'on gagnait du même coup les sympathies de l'Autriche et de Rome. En effet, la Turquie possédait alors vingt-cinq sandjakas en Hongrie, tandis que les Habsbourg tendaient visiblement à enclaver dans leur empire tout le royaume de saint Etienne; entre ces deux concurrents il ne pouvait donc y avoir que des trêves, et l'Autriche ne demandait pas mieux que de susciter à la Turquie un ennemi de plus. Quant au Saint-Siège, c'était son programme séculaire
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f(in;le Isar reproduisait fidèlement : les papes iiavaienlils pas, poui- arrêter l'irruption musulmane, caressé de tout temps l'idée d'une alliance militaire entre les Etats clirétiens, et tourné, dans ce but, leur regard vers ^loscou ? Grégoire XIII lui-même aurait envoyé ses mandataires au Kremlin, si des souverains jaloux ne les eussent arrêtés en route. La politique étroite de l'Autriche et de la Pologne servit, dans le cas présent, à un dessein providentiel : en 1580, c'est le tsar, sous l'impression peut-être d'anciens souvenirs, qui vient audevant du pape.
Les secrets desseins d'Ivan commencent ici à se trahir : avant tout, ils'agitde gagner du temps etd'arrêter. si c'est possible, l'agression victorieuse de l'ennemi. Les agents russes en Pologne agissent dans ce sens : ordre formel leur est donné de répondre avec douceur aux « aboiements » des Polonais et. si l'on en vient aux voies de fait, de supporter patiemment les volées de iiois vert, pourvu que les négociations ne soient pas rompues. Changeant de style et de ton. le tsar lui-même écrit des lettres conciliantes au parvenu trionijîhant f[u'il appelle maintenant son frère, des conditions avantageuses de paix sont offertes, ce n'est rien moins que la cession de la Livonie tout entière, sauf quatre forteresses '. Cette dernière restriction réduisait à néant tout espoir pacifique. Le tsar s'en doutait bien et se contentait d'un délai : une campagne diplomatique s'engageait parallèlement à Prague, à Madrid et à Rome, peut-être changerait-elle la situation en mieux. Etait-ce aveugle confiance dans l'avenir, liberté étrange d'esprit ou plutôt abrutissement, mais au milieu des revers de son |)euple. le despote du Kiemlin songeait tranquillement