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à ses affaires de famille. Vers la même époque, il inaiiail son second fils Fedor à Irène Godounov, et convolait lui-même, en dépit des canons de l'Eglise d'Orient, aux septièmes noces avec Marie Nagaïa. Les solennités d'usage eurent lieu à la Sloboda. Ivan se doutait-il que parmi les courtisans, tous également empressés autour des fiancés, se cachaient deux traîtres, Soltykov et Bielski, et deux tsars futurs de Moscou, Godounov et Chouïski ?
Dès le 6 septembre, par suite du conseil tenu à la Sloboda, une ambassade partait pour Prague et pour Rome. Les diplomates russes de l'époque se divisent en trois catégories. Au premier rang figurent les grands ambassadeurs { velikïé posly); l'éclat dont ils s'entourent, leur suite nombreuse, les précieuses fourrures qu'ils distribuent, donnent à l'étranger une haute idée de leur monarque, mais ce genre dispendieux de représentation est réservé pour les pays limitrophes. Viennent ensuite les ambassadeurs [poslaniiiki] qui étalent à l'extérieur beaucoup moins de magnificence, quoiqu'ils soient aussi initiés aux affaires et autorisés à négocier au nom du tsar. Le dernier échelon de la hiérarchie est occupé par le courrier [gojiiets)^ chargé de présenter des messages, de rapporter les réponses et, le plus souvent, tenu luimême à l'écart de la politique. Tous ces diplomates reçoivent au départ des instructions inakaz) où la fierté moscovite se donne libre cours : l'envoyé du tsar revendiquera partout la place d'honneur; en cas de refus, il brillera par l'absence; s'il est apostrophé par des déserteurs, il leur crachera dans les yeux sans mot dire, car c'est ainsi que se traduisait à Moscou \e guarda e passa de Dante; chemin faisant, les renseignements les plus variés seront recueillis, et l'on suggère d'avance des réponses tantôt naïves, tantôt perfides, aux questions (|ui
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jouiraient être posées. Les saul-conduits, les lettres de créance, les messages [gramaty) ne sont jamais oubliés, et, rentré à Moscou, le mandataire rend compte de sa mission dans un rapport désigné communément sous le nom d'ailleurs générique de stateiiiy spisok. La plupart des pièces russes relatives à l'ambassade qui nous occupe ont été conservées, de même cjue les documents correspondants des puissances étrangères; la politique d'Ivan peut être ainsi suivie de près et jugée en connaissance de cause.
En tête du personnel en partance se trouvait Léonli Istoma Chévriguine*, vrai type d'employé ou diak de l'ancien régime, souple et rude, âpre au gain, passé maître en astuce, pourvu d'une dose suffisante de gros bon sens pour exécuter servilement les ordres du maître et saisir dans les affaires leur côté pratique. Simple courrier, rivé à la lettre de son nakaz, il semble cependant avoir possédé la confiance tsarienne à un plus haut degré que ses collègues. Son dévouement n'allait pas jusqu'à Toubli de soi-même : une de ses grandes préoccupations pendant tout le voyage fut de le rendre aussi lucratif que faire se pouvait. En bon Moscovite, ne sachant que le russe, il était doublé d'un interprète allemand, Guillaume Popler, d'origine livonienne, né catholique, puis gagné au luthéranisme, enfin rebaptisé orthodoxe sous le nom de Frédéric, en l'honneur, disent les documents étrangers, du fils du tsar^. A Liibeck, Ghévriguine s'adjoignit un second inter-
1. Nommé le plus souvent, en pays étrangers, Thomas Severîngen. par suite d'une analogie plionétique purement accidentelle entre le nom slave Istoma et Thomas.
2. Le second fils du tsar s'appelait Fedor ; Popler portait, à Moscou. le nom de Fedor Filipov (Pam. dipl. snoch., X, col. 29, 334). Il y a confusion évidente entre Fedor et Frédéric.