‹ Papes et tsarsChapitre 52 sur 135 · MISSION DE CIIKVIUGI INE A 150.ME · texte numérisé non relu

MISSION DE CIIKVIUGI INE A 150.ME

année, de magnifiques présents aux Turcs, bien qu'ils les aient battus à Lépante avec le concours des Espagnols.

Le 24 février, l'envoyé russe faisait son entrée dans la capitale des papes i. Au seizième siècle, l'arrivée d'un diplomate étranger intéressait toute la ville, le monde officiel aussi bien que les bourgeois et le peuple, spectateurs empressés de toutes les solennités. Cette apparition inattendue ne manqua pas d'exciter la curiosité générale. La Moscovie était moins connue des Romains que la Chine et le Japon. Depuis longues années, aucun Moscovite n'avait franchi le seuil de la cité éternelle. Chévriguine fut reçu avec plus de pompe que n'en méritait un simple courrier. Tandis qu'il approchait par la voie Flaminienne, où le pont Milvius évoque les visions de Constantin et de Maxence, deux députations vinrent successivement à sa rencontre hors de la porte du Peuple. On le fit monter dans un carrosse pontifical et, entouré de son brillant cortège, il se dirigea vers le palais Colonna, situé sur la place des Douze-Apôtres, où des appartements lui avaient été préparés. C'était la résidence habituelle de Giacomo Boncompagni,duc de Sora, ofonfalonier de la sainte Egalise, c'est-à-dire commandant en chef des troupes et gouverneur du château Saint- Ange, chargé par le pape de faire aux Moscovites les honneurs de Rome. 11 s'acquitta parfaitement de celte mission. A en croire Chévriguine, le menu des repas était non seulement somptueux, mais presque formidable par la quantité de mets et de desserts servis ponctuellement deux fois par jour^. En même temps, les

1. ToLRGuÉNEv, I, p. 388, n° CCLI; Theixer. .iniiales, III, p. 284; Pam. dipl. snuc/i., X, col. 17; Diies'iiik, p. 7.

2. Dans les grands dîners, il y avait alors quatre services : le premier consistait en fruits confits, les autres en plats disparates et variés.

IGO l'arhiïrage pontifical

maîtres de cérémonies reçurent l'ordre de régler l'étiquette de l'audience.

Elle eut lieu, le 26 février, au Vatican. Pierre Wolski, évoque de Plock et représentant de la Pologne, avait fait des démarches pour qu'il y eùl le moins d'appareil possible. Soit qu'il y eût réussi, soit pour d'autres causes, l'on n'accorda à Chévriguine qu'une audience privée. Il apparut en costume national : double robe de soie écarlate descendant jusqu'aux talons, par-dessus une autre robe de drap également écarlate, mais plus courte et à manches flottantes, brodequins de cuir, bonnet de zibeline. Après avoir traversé la salle de Constantin, dont les fresques reproduisent les plus belles victoires de la foi, le cortège s'arrêta sur le seuil du cabinet pontifical. Le duc de Sora assista seul à l'audience. Le triomphe des maîtres de cérémonies fut, paraît-il, complet. Chévriguine baisa la mule du pape et fit son discours à genoux, deux écueils où d'ordinaire les prétentions romaines se brisaient contre la fierté des Russes. Dans son rapport final, Chévriguine ne fait guère mention de ces circonstances. Il se borne à dire qu'après avoir présenté au pape la lettre et les zibelines, il lui a demandé l'envoi d'un messager à Moscou. En effet, telle était la consigne du Kremlin : ne pas entrer dans les détails et s'en référer en tout et pour tout à la lettre officielle du tsar.

Le lendemain, 27 février, Grégoire XIII annonça en plein consistoire l'arrivée d'un envoyé russe, porteur d'un message déjà livré aux traducteurs. Fidèle aux ordres du maître, Chévriguine gardait en poche l'exemplaire allemand, et personne ne songeait à en faire la demande expresse. Bien que le fond de l'affaire ne fût pas encore connu, le pape n'en manifesta pas moins une vive satisfaction. Le rapprochement avec Moscou sem-

Page 1