MISSION DE CHEVRIGUINE A HOME
blait plus désirable que jamais : dans la guerre contre les Perses, Murad III avait eu d'abord des succès, la Géorgie devenait une province ottomane, mais lorsque Mustapha-pacha, trompé dans ses rêves ambitieux, se fut empoisonné, les séditions des janissaires entravèrent les opérations militaires, et la victoire parut pencher du côté des Perses. Pour mettre l'empire de Mahomet entre deux feux, il n'y avait plus qu'à organiser une croisade en Occident, le concours de Moscou dans cette entreprise eût été précieux. Peut-être se souvenait-on aussi à la cour pontificale du mémoire de Gobentzl et des renseignements favorables qui avaient naguère déterminé la mission de Clenke.
Une commission cardinalice fut nommée à cet effet. Elle comptait parmi ses membres le cardinal de Côme, que ses fonctions y appelaient de droit; Alexandre Farnèse, protecteur de Pologne ; Commendone, ancien nonce et légat auprès de Sigismond II ; enfin Madrucci, protecteur d'Allemagne, l'homme de confiance des Habsbourg; Ton ne songeait pas que ce dernier choix froisserait nécessairement Bathory, toujours en garde contre Piodolphe. La lettre du tsar, présentée à Grégoire XIII par Chévriguine', devait servir de base aux travaux de la commission. Rien de plus prolixe et de plus retors que ce message aux allures orientales. Ivan se réclame des bonnes relations de son père Vasili avec Rome, des siennes avec le Saint-Empire, des avances du cardinal ^Morone au prince Sougorski ; il n'y aurait qu'à se tendre la main et qu'un effort généreux à faire pour abattre l'Islam. Un seul obstacle doit être écarté auparavant : le prince de Transylvanie s'est emparé du trône de Pologne et a conclu une double