‹ Papes et tsarsChapitre 54 sur 135 · Pain. dij)/. s/ioch., X, col. 6 à · texte numérisé non relu

Pain. dij)/. s/ioch., X, col. 6 à

162 l'arbitrage pontifical

alliance avec le sultan ^lurad et le khan de Crimée ; fier de ses nouveaux alliés, parjure à ses serments, il a pris Polotsk d'assaut et répand à flots le sang moscovite. En conséquence, le pape estmis en demeure « d'ordonner au roi Stéphane qu'il renonce à l'alliance des musulmans et à la guerre contre les chrétiens ». La lettre se termine par la demande d'un envoyé, qui viendrait à Moscou avec Chévriguine renseigner le tsar sur les préparatifs militaires contre les Turcs. On ne saurait le nier, à force de finesse Ivan donnait dans la naïveté. Se faire passer pour un ardent champion de la cause chrétienne et vouloir rendre Bathory suspect au pontife, c'était là un piège trop grossier; au moins eùt-il fallu donner des preuves à l'appui, mais Ivan n'avait jamai.s tiré l'épée contre les Turcs, et, en fait de promesses, Bathory ne se laissait pas surpasser facilement. Aussi malgré les précautions oratoires et l'insistance sur la croisade, comprit-on sans peine que le tsar songeait plutôt à obtenir la paix avec la Pologne ; les soupçons manifestés à Venise et à Prague reparaissaient à Rome. En outre, le silence complet sur la question religieuse parut surprenant et fit une impression pénible. Le cardinal de Côme s'exprime ainsi dans sa dépêche du 4 mars L581 au nonce de Pologne Caligari : « Le style de la lettre (d'Ivan IV) est assez spécieux, mais ceux qui savent, comme nous le savons tous, que cela ne provient pas de ses bonnes intentions, mais des bonnes défaites [haone hattiture) infligées par le susmentionné roi sérénissime (Bathory) et qui l'ont excessivemenl humilié, ceux-là ne sauraient se promettre quelque chose de bon de cette ambassade, d'autant plus que, quant à la religion, neverbiim quideniK « Les influences

1. CiAMi'i, I, p. 237; Archives du Vatican, Lctttrc cl iiuin. lu^m. de P. Possevino, II, p. 42.

MISSIO^' DE CnÉVRIGUI>E A ROME 163

polonaises se trahissent ici, elles contre-balancent avec succès les renseignements optimistes qui viennent d'ailleurs. Cependant ni le pape ni ses conseillers ne crurent, à cause de cela, devoir reculer. Ils envisageaient la question à un point de vue plus élevé : une arène nouvelle s'ouvrait à l'apostolat, il y avait un empire à conquérir pour l'Eglise, la politique et les intérêts temporels ne serviraient qu'à aplanir la voie. Les détails sur les travaux de la commission sont restés inconnus, sauf les dernières conclusions, que nous tenons de la bouche même du pape : le 6 mars, Grégoire XIII annonça aux cardinaux en consistoire que la lettre d'Ivan avait été traduite et examinée, il en donna le résumé, en ajoutant qu'un mandataire pontifical serait envoyé à Moscou avec mission de traiter tout d'abord les questions religieuses; après quoi, si l'entente s'établit, on abordera la politique i. Cette décision, motivée par le silence du tsar à l'endroit de l'Eglise, ne laisse pas que de surprendre l'historien. C'est une contrepartie si parfaite des propositions du Kremlin que l'on se demande si elle n'a pas été prise uniquement pour la forme et en vue des Polonais, qui n'admettaient d'autre rapprochement entre Rome et Moscou que celui de l'unité religieuse. Quoi qu'il en soit, lors même que ce projet eût jamais été sérieusement adopté, il est certain — on le verra tout à l'heure — qu'il a été ensuite abandonné. Restait à nommer le mandataire : Antoine Fosse vino réunit promptement tous les suffrages.

Simple religieux de la Compagnie de Jésus, au point de vue de l'étiquette, il ne compromettait pas l'avenir et, ce qui est plus important, les conditions requises pour une mission de ce genre ne lui manquaient pas :

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