MISSION DE CHÉYRIGUINE A ROME
d'amener la conclusion de la paix entre le tsar et le roi de Pologne, en faisant ressortir la grande part qu'y prenait le Saint-Siège. Diplomatie et commerce doivent converger vers une fin supérieure : croisade contre les Turcs et réunion des Eglises. En vue de ces événements, quelques motifs capables de frapper l'esprit du tsar sont suggérés : la honte d'obéir à un patriarche simoniaque, esclave du grand-seigneur, la gloire de s'unir à l'Europe entière contre le croissant, la perspective des biens éternels, celle même des faveurs pontificales. Les difficultés ne restent pas en dehors des prévisions ; loin de poser la question religieuse en préliminaire inévitable, on veut bien se contenter du moindre avantage obtenu. Lors même que l'érection d'une église et Fins tallation d'un jésuite à demeure fixe seraient refusées, et que tout se réduisît à des rapports plus suivis avec jNIoscou, ce serait déjà de bonaugure pour l'avenir. Le cardinal de Côme ne doute pas des bonnes dispositions de Bathory ; tout ce qui peut intéresser « sa vraie grandeur » et lui donner a pleine satisfaction » doit être cher à l'envoyé pontifical. Les affaires de Suède sont trop mollement recommandées pour ne pas trahir la fâcheuse impression produite à Rome par les lenteurs de Jean 111. Possevino se voyait, en outre, chargé de quelques communications pour l'archiduc Charles à Gratz, et à Prague pour l'empereur Rodolphe, circonstance à remarquer, car elle faillit avoir des suites funestes. Les notes de voyage et les observations sur l'Eo-lise russe devaient être transmises à Rome : telle est l'origine des deux commentaires sur INIoscou, qui autrefois ont fait beaucoup de bruit et n'ont jusqu'à présent rien perdu de leur valeur.
Tous ces préparatifs exigeaient du temps ; des lenteurs préméditées les retardèrent encore. On désirait
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retenir Ghévriguine jusqu'après la semaine sainte et les fêtes de Pâques, pendant lesquelles les ressources de l'art s'épuisent à Rome dans les solennités religieuses. Le consistoire du 18 mars était encore un spectacle à offrir à l'envoyé moscovite : ce jour-là, Gomez de Sylva faisait, au nom de Philippe II, son maître, acte d'hommage au pape pour le royaume de Portugal, que le sort des armes livrait à la monarchie espagnole. Rien ne prouvait mieux le rôle auguste du pontife au seizième siècle, qu'une cérémonie de ce genre. Ghévriguine semble cependant n'avoir ni bien saisi l'importance du consistoire, ni goûté les beautés artistiques des fêtes pascales : dans son rapport au tsar, c'est à peine s'il mentionne en deux mots la prestation d'hommage ; quant à la musique de Palestrina et aux chants de la chapelle Sixtine, on peut, sans lui faire tort, supposer que son oreille barbare ne pouvait guère en apprécier les délicieuses harmonies. Ses observations sur la Rome brillante des Raphaël et des Michel-Ange se réduisent à une sèche nomenclature d'églises, de reliques, de cérémonies religieuses, de pays qui professent la foi catholique et de princes représentés auprès du Saint- Siège*; et cependant il avait vu Saint-Jean de Latran, la première et la plus vénérable des églises iirbis et orhis, la basilique Ostienne,où l'histoire de l'art au cinquième siècle se déroulait dans toute sa grandeur; enfin Saint- Pierre avec son antique façade éclatante d'or et de mosaïques, avec sa galerie aérienne encore dépourvue de coupole, mais proclamant déjà la renaissance des arts au service de la renaissance de la foi. Personnellement, il y avait un détail matériel qui l'intéressait plus que toute auhe chose, c'étaient les présents (juil rece-