‹ Papes et tsarsChapitre 58 sur 135 · MIS8[0>" DE CHÉYRIGUIKE A ROME · texte numérisé non relu

MIS8[0>" DE CHÉYRIGUIKE A ROME

vrait au départ : Grégoire XIII se flattait de répondre à son attente en lui donnant un magnifique Agnus Dei^ une chaîne d'or et une ])ourse avec six cents écus. L'ambassadeur de Venise, qui ne le perdait jamais de vue, annonça à la seigneurie que Ghévriguine partait de Rome, fort satisfait de la générosité pontificale *; mais dans la suite, on eut lieu de se convaincre qu'il était d'une rapacité insatiable. Le 27 mars 1581, l'ambassade russe, accompagnée de Possevino, se remit enfin en route pour Moscou, après avoir passé plus de trente jours à Rome^.

Le voyage d'un envoyé pontifical avec des diplomates russes était une excellente occasion d'avoir de première main des détails sur Moscou et de donner aux ^loscovites une haute idée de la puissance, des ressources, des forces militaires du pape. Des mesures furent prises en conséquence par les autorités, et Possevino sut à son heure provoquer habilement de précieuses confidences. Les frais de route restaient à la charge du trésor pontifical jusqu'aux frontières des Etats de l'Eglise^.

A l'époque qui nous occupe, le voyageur en Italie n'était rien moins qu'à l'abri des épreuves. Sixte-Quint, de légendaire mémoire, n'avait pas encore balayé les brigands qui infestaient le pays, et l'art de voyager commodément n'était pas inventé : on s'en allait le plus

1. Archives d'I'tat de Venise, Ruhr, di Boiiia, Sec, 1572-158'j, p. 266 V.

2. Ghévriguine et Possevino ne sont pas toujours d'accord sur les dates. C'est la chronologie de ce dernier (jue nous suivons ordinairement.

3. Sur le voyage de Ghévriguine jusqu'à Lùbeck, son séjour à Venise et à Prague, voir Balhonj et Posse\irio, p. '.i9 à 86, n<*^ V-XXI.

172 l'ahbitrage pontifical

souvent à cheval, sans sécurité sur les routes, sans confort dans les auberges, en butte aux mille tracasseries des douaniers qui rançonnaient les étrangers, et des officiers de santé toujours en garde contre les maladies contagieuses. Le pontificat de Grégoire XIII marque cependant un notable progrès : des ponts en pierre de taille, solides et élégants, paraissent en divers endroits; à travers les Apennins serpente une route carrossable, qui relie la capitale à Lorette et Ancône; de loin en loin, des plaques de marbre rappellent aux voyageurs qu'ils sont redevables de ce bienfait au pape Boncompagni. Les Moscovites suivirent cet itinéraire jusqu'à Lorette, où un spectacle émouvant vint frapper leurs regards. Fièrement assise sur une colline aplanie, l'antique cité domine tout autour de riches et riantes vallées; plus loin, vers le Nord, les contreforts des Apennins semblent monter la garde d'honneur devant le plus vénéré sanctuaire d'Italie ; à l'Ouest, l'horizon s'élève jusqu'aux sommets couverts déneige de la grande chaîne italienne, pour se confondre au levant avec les flots azurés de l'Adriatique. Au milieu de la ville, s'élève la cathédrale, flanquée d'un clocher et surmontée d'un dôme qui, aux rayons du soleil, se transforme en globe lumineux; sous les murs crénelés de l'édifice s'abrite la Santa Casa, blanche et gracieuse comme une fiancée dans sa robe de marbre brodée d'admirables bas-reliefs. Chaque jour, de pieux pèlerins accourent vers l'humble demeure de la Vierge. A l'arrivée de Possevino, l'octave de Pâques en amenait un nombre très considérable : de tous côtés paraissaient des processions, bannières en tête; sous le ciel diaphane du Midi, ces pèlerins aux traits expressifs, au teint bronzé, à la voix vibrante, vêtus de leurs costumes pittoresques, prosternés aux pieds de la Madone, charmaient les yeux du spectateur, ouvrant son

Page 1