Ces mémoires supplémentaires ne se sont pas retrouvés
'6. Museo civico de Venise, Raccolta Coricr, Miscell., XX\l, 1762, Possevino à Donato, 15 juillet 160(5.
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le texte des messages. Trois pièces furent rédigées : une lettre tout embaumée de piété à Grégoire XIII on réponse à son bref, une dépêche à l'ambassadeur de Venise à Rome, enfin un mémoire dont lecture serait faite au collège en présence de Possevino. Ce dernier document résume les deux autres : le pape y est comblé d'éloges pour avoir conçu le dessein de réconcilier Ivan avec Bathorv, la seigneurie ne doute pas des heureuses conséquences qui en résulteront; en môme temps, elle se déclare disposée à établir le commerce avec Moscou. Un trait négatif, mais singulièrement caractéristique, est commun aux trois pièces : c'est le plus complet silence à l'endroit de la ligue anti-ottomane. La république de Saint-Marc restait fidèle à sa politique : pas de guerre contre les Turcs, pas d'alliance avec les princes chrétiens; à d'autres l'honneur, gros de périls, d'humilier le croissant. Une majorité de vingt voix, sur vingthuit votants, approuva la rédaction projetée; la minorité, sans être contraire, se déclara flottante.
Dès le lendemain, Possevino et Chévriguine furent mandés par-devant le collège : on remit à l'envoyé russe une lettre munie d'un sceau d'or, mais parfaitement anodine, à l'adresse dTvan. Pour sa part personnelle, il reçut une chaîne d'or avec une médaille à l'effigie de saint Marc de la valeur de cinq cents écus ; Popler dut se contenter d'un présent de cent écus. Nicolo da Ponte exprima ensuite sa haute satisfaction au sujet de la mission pontificale, et le secrétaire Gerardi donna lecture d'une par-tie des dépêches rédigées la veille. Encore peu initié aux jalouses précautions de Venise, Possevino hasarda le désir d'avoir la copie de ces pièces et n'obtint naturellement qu'un refus aussi net que courtois. Note en fut prise, à son heure la revanche ne manquera pas.
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Les négociations avec la seigneurie n'absorbaient pas l'envoyé pontifical au point qu'il négligeât l'avenir. Son premier soin fut d'expédier un double de ses papiers officiels au collège des jésuites de Braunsberg, où on les garderait jusqu'à nouvel ordre. Ainsi, dussent les Polonais empocher le départ pour Moscou, au moins les correspondances parviendraient aux destinataires. Giraldi, diplomate émérite, vint très à propos conter ses aventures et prouver la sagesse de cette mesure.
Se prémunir contre Chévriguine et les rapports fallacieux qu'il pourrait produire au Kremlin n'était pas non plus superflu, Possevino imagina de lui faire écrire, sous sa dictée, une lettre à Ivan, et d'en garder l'ampliation à son propre usage. Le style de l'étrange missive en trahit la source, tant il y a d'éloges pour le pape et la Compagnie de Jésus. Le point insidieux, c'est l'affirmation que le message du tsar a été remis aux Vénitiens, message apocryphe dont il a été question plus haut. Chévriguine livrait ainsi une pièce accvisatrice contre lui-même; obsédé d'inquiétudes, il fit, après coup, de vaines instances à Prague pour la modifier ou la détruire. Elle semble cependant n'avoir pas été présentée au tsar, toujours est-il qu'elle ne donna lieu à aucun incident. Quelque blessantes que fussent ces précautions, le caractère et les mœurs des trois diplomates ne les justifiaient que trop. Chévriguine et Popler surtout ne se montraient guère sous un jour favorable. Absorbés par l'amour du lucre, ils payaient les bienfaits par des outrages et se livraient sans cesse à des préoccupations mercantiles d'un goût douteux; les chaînes d'or, reçues à Rome et à Venise, furent soigneusement pesées et risquèrent de tomber dans le commerce. Le jésuite fut révolté de tous ces procédés; ils trahissaienl.
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selon lui, une ingratitude barbare envers le pape et une bassesse d'àme tout à fait singulière.
Dès qu'il s'agissait de trafic, Popler s'associait volontiers à Chévriguine, mais non sans le contrôler scrupuleusement. Dans la crainte d'être volé par son chef, il voulut même confier à Possevino les emplettes destinées à une vente lucrative à Moscou. Cette proposition fut déclinée, les demandes réitérées d'emprunter de l'argent eurent le même sort. Malgré cette raideur, le nonce n'en sut pas moins arracher à Popler d'importants aveux : triste était l'état de la Moscovie, au dire du diplomate indiscret. En 1571, Devlet-Ghireï, khan de Grimée, avait lancé ses Tatars dans le pays ; montés sur leurs rapides coursiers, ils portèrent au loin la plus cruelle dévastation, de sanglantes traînées marquèrent leur route ; peu s'en fallut que la capitale, à moitié conquise, ne tombât entièrement dans leurs mains. Le Kremlin fut seul épargné, du haut de ses murs on put voir l'incendie des faubourgs et du Kitaïgorod, riiorrible pillage des environs, les ruines fumantes, les monceaux de cadavres et, à l'horizon, la silhouette des Tatars galopant dans la plaine comme les cavaliers d'une légende infernale. La Moscovie n'échappa à de plus affreux désastres qu'au prix d'une paix humiliante. A partir de cette époque, le spectre des Tatars hantait le tsar Ivan; la crainte d'une nouvelle invasion l'empêchait de réunir ses forces contre la Pologne; abandonné de ses boiars, trahi par la fortune, effrayé des succès de Bathoiy, il s'abaissait jusqu'à envoyer des ambassadeurs à son rival, jusqu'à demander, chose inouïe ! rintervcnlion du pape pour obtenir la paix : Popler y voyait un jugement de Dieu et un châtiment du fol ors^ueil d'Ivan.
Ces révélations intimes en disaient j)lus que les
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pièces officielles. Le i'utiir négociateur ne s'y trompait pas, mais lors(|ue la matière fut épuisée, il n'éprouva aucune peine à se séparer de ses fastidieux compagnons. On se quitta à Villach, en Carinthie, avec Fintention de se réunir de nouveau soit à Vienne, soit à Prague. Chévriguine eût volontiers emporté dans son portefeuille une lettre pour l'archiduc Ernest, gouverneur d'Autriche, mais l'étiquette pouvant servir à la cupidité, il dut se contenter de bonnes paroles et d'une recommandation au recteur des jésuites de Vienne.
Les Moscovites prirent le chemin direct, Possevino se rendit à Gratz où il arriva le 26 avril. En dehors des ordres pontificaux, un attrait particulier l'attirait vers la capitale pittoresque de la Styrie. C'estlà que résidait l'archiduc Charles, marié depuis 1570 à la princesse Marie de Bavière ; l'harmonie des goûts, l'égalité d'ardeur dans la foi, l'amour du foyer, rendaient cette union heureuse. Leurs enfants grandissaient dans l'attachement traditionnel à l'Eglise; sous les traits du petit Ferdinand, un voyant eût reconnu le futur vainqueur de Prague, le frère d'armes de Wallenstein et de Tilly. Malgré le bon vouloir qu'il y mettait, une récente mesure de Charles avait déplu à Rome, on le trouvait trop conciliant envers les novateurs. Le jésuite devait s'expliquer avec lui sur ce point et, au besoin, stimuler son zèle. Le succès ne paraissant pas douteux, il était chargé d'offrir à l'archiduchesse la rose d'or bénie par le pape. Une affaire de famille s'ajoutait aux autres. Le roi de Suède désirait pour son fils Sigismond une alliance avec les Habsbourg, la cour de Rome y voyait une garantie contre l'invasion des princesses protestantes dans la maison des Vasa, on avait jeté le dévolu sur une fille de Charles, et l'ancien nonce de Stockholm
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obtint qu'on envoyât a Jean III le portrait de la jeuneprincesse : ce jour-là, les premières lignes d'une longue page d'histoire furent tracées. On s'entretint aussi de la mission de Moscou. L'archiduc donna une lettre pour le tsar*. L'ancien ambassadeur Cobentzl, avidement questionné, renvoya PosscAino. à sa grande déception, au mémoire sur Moscou adressé naguère au cardinal Gommendone , en y ajoutant quelques nouveaux détails sur la cruauté d'Ivan. L'ne preuve de l'ascendanl exercé par Possevino nous vient de Malaspina, nonce du pape auprès de l'archiduc. Quelques affaires avai(;nl été traitées en commun à Gratz, et, peu de jours après, le prélat italien écrivait au jésuite pour demander sa direction et se mettre complètement entre ses mains^.
Le 4 mai, notre vojageur parvenait à Menne. Deux jours auparavant, Chévriguine avait traversé en toute hâte la capitale de l'Autriche, sans même se présenter à l'archiduc Ernest. Cet empressement avait sa raison d'être dans une fort triste histoire. La voici, d'après la version de Popler, conforme, sauf quelques détails, à celle que produisit Chévriguine à Moscou en présence d'Ivan. A peine délivrés, à Yillach, de l'incommode surveillance de leur mentor, les Moscovites se mirent à mener joyeuse vie. Par hasard, dit la chronique, une femme voyageait avec eux dans la même voiture ; bientôt, les fumées de l'amour se mêlant à celles du vin. il y eut au sujet de la belle Autrichienne une vive altercation. L'épée à la main, Pallavicino s'élance sur Chévriguine : Popler prend sa défense et blesse grièvement l'agresseur. On se remet en route; mais après un jour et demi