MISSION DE CIIKVHIGUINE \ HOME
tait guère satisfait des Russes, qui insistaient obstinément sur l'alliance anti-ottomane et sur le titre d'empereur oriental pour le tsar, exigence aussi singulière qu'ambitieuse dont, toutefois, les documents de Moscou ne portent pas de traces. L'Autriche avait d'autres préoccupations, et la réponse fut renvoyée jusqu'après la solution de l'incident livonien. Les affaires en restaient donc au môme point que lors de la première apparition de Chévriguine à la cour impériale. L'hommage d'une chaîne d'or de cent florins ne fut qu'une faible compensation de l'échec diplomatique. Pour ce qui est de Taudience de l'empereur, but principal du voyage de Prague, Possevino ne semble pas l'avoir obtenue, bien qu'il ait été invité à prêcher devant Sa Majesté; absorbé par la contemplation des astres, Rodolphe ne recherchait pas la société des hommes. En revanche, très fréquents et confidentiels entretiens avec l'ambassadeur de Venise, Badoer, ancien collègue et ami de Padoue. L'envoyé pontifical lui communiqua son désir que la seigneurie fût en bons rapports avec l'Autriche, l'Espagne, la Pologne; il se flattait d'avoir déjà obtenu quelques succès à Gratz et à Prague, et se promettait de réussir encore mieux en Pologne.
Bientôt il fallut songer au départ et fixer l'itinéraire, Chévriguine opta pour la voie de Liibeck et partit le 18 mai ; il évitait ainsi les provinces polonaises, et réalisait des économies, n'ayant à payer que la traversée, et laissant le reste à la charge de l'empereur. Quant à Possevino, il ne pouvait ni ne voulait prendre d'autre route que celle de la Pologne. Quatre jésuites l'accompagnaient : le Père Gampani, Italien, fixé en Bohème, homme de valeur, qui avait formé à l'héroïsme Edmond Gompian, futur martyr d'Elisabeth; le P. Drcnocki, d'origine polonaise, versé dans les langues slaves ;
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enfin les deux frères Modestini et Morieno. Le dépari eut lieu du 19 au 20 mai ; à Breslau, Possevino reçut les passe-ports envoyés de Pologne; le 28 mai, il était déjà en route pour N'ilna.
Vers la fin du mois précédent, tandis que les envoyés russes regagnaient leur patrie, l'ambassadeur de la seigneurie à Piome, Corraro, recevait la dépêche, mentionnée plus haut, du 18 avril. L'audience qu'il avait eu ordre de solliciter lui fut accordée dix jours après. A peine est-il entré dans le cabinet pontifical, que Grégoire XIII, déjà au fait du bon accueil des Moscovites à Venise, le prévint de ses remerciements. Une conversation des plus franches s'engage : « Possevino. dit le pape, est un homme actif et de grand jugement pour traiter les affaires; » s'il y a peu d'espoir de convertir d'emblée toute la Russie, au moins des efforts seront-ils tentés dans ce sens; avant tout, l'on songera à établir la paix entre Ivan et Bathory, afin de préparer les voies à des entreprises d'un intérêt plus général. Après une déclaration si précise et si nette, le doute n'est plus possible : évidemment, la décision prise au consistoire du 6 mars est rapportée, l'envoyé pontifical abordera la politique avant les questions religieuses. L'ambassadeur de ^'enise ne pouvait que s'en féliciter; son empressement à faire l'éloge du pape, de son zèle, de ses entreprises, fut d'autant plus sincère et plus vif. Il le confirma dans la bonne opinion sur Possevino : le sénat, dans sa dépêche, disait que c'était un homme dont la haute vertu égalait l'éloquence ^ Ce jugement ne manque pas de valeur : les sénateurs de Venise passaient pour les plus profonds et les plus habiles politiques de l'Europe ; ils avaient