‹ Papes et tsarsChapitre 67 sur 135 · Possevino, Ann. sec. decas, ms., § VIII; Dncvnih. p · texte numérisé non relu

Possevino, Ann. sec. decas, ms., § VIII; Dncvnih. p

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ment justifia le proverbe. L'accueil du tsar fut des plus gracieux, Tedaldi put sortir librement du pays et y rentrer à plusieurs reprises, aussi est-il à peu près le seul contemporain qui fasse l'éloge d'Ivan. Il y avait toutefois des ombres au tableau. Interrogé par le tsar sur l'opinion des « chrétiens » à son égard, Padroil Florentin répondit qu'il passait pour un grand souverain; pressé de plus près, il avoua qu'on lui reprochait la cruauté : « Je suis cruel, dit le tsar, envers les méchants, mais non pas envers les bons. » Telle était, en effet, sa réponse habituelle à cette accusation. Même subtilité au sujet des étrangers, traités à Moscou comme des prisonniers : « Si je les laisse sortir, mon cher frère Sigismond (c'était vers 1551) ne les laissera plus rentrer. )) Peu à peu, dans sa confiance envers Tedaldi, Ivan en arriva jusqu'à lui montrer les lettres de Clément VII à Vasili III, en ajoutant qu'il eût mis plus d'empressement que son père à recevoir les envoyés pontificaux. II y avait du vrai dans ces paroles : mieux que personne, Ivan comprenait les avantages des rapports avec l'Occident; il voulait en profiter, mais sans se laisser envahir.

La récente apparition du livre de Guagnini, originaire de Vérone et commandant de Vitebsk, porta naturellement la conversation sur son commentaire de Moscou. Tedaldi le trouve inexact dans les faits, exagéré dans les appréciations. Ces deux défauts reparaissent constamment, selon lui, dans les récits du môme genre; ainsi, tout le bruit qui se fait autour de la persécution des Juifs se réduit à une simple défense de faire le commerce, encore cette mesure a-t-elle été provoquée, dans des circonstances assez étranges, par le Polonais Adrien. Pour se débarrasser de la concurrence sémitique, cet avide commerçant avait imaginé

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d'introduire une momie dans les ballots de certains Juifs, et de prévenir les autorités qu'on faisait de la contrebande. Grande fut la stupeur générale à la découverte de cet étrange cadavre, le tsar lui-même se trouva embarrassé. A point nommé, l'auteur du piège vint révéler gravement qu'avec ces monstres on ensorcelle le monde; aussitôt fureur d'Ivan, qui veut faire pendre tous les Juifs. Adrien le persuade qu'il sufïit de confisquer leurs marchandises et de leur interdire le commerce, et il se félicite d'avoir, par cette ruse, compromis à jamais ses rivaux.

Quant à l'ambassade polonaise de 1570, dont les plaintes contre Ivan avaient eu un grand retentissement, Tedaldi la rendait en partie responsable de ses propres malheurs : l'arrogance de ces diplomates était intolérable, et le ministre sectaire qui les accompagnait, Piokita, avait indigné le tsar par la hardiesse de ses opinions. Un trait de sauvagerie d'Ivan devient dans la bouche de son apologiste un trait chevaleresque : un des ambassadeurs, ainsi raconte Tedaldi, avait offert un cheval au tsar dans l'espoir d'être dédommagé par des présents plus précieux; lorsqu'on lui envoya en retour de simples fourrures, il en fut si désappointé qu'il les foula aux pieds. L'ayant appris, le tsar fait amener le cheval, ordonne de le tuer sous ses yeux et de rembourser ensuite le Polonais. Par contre, les ambassadeurs attribuent ce massacre hippique à une lubie du despote.

En homme avisé, Possevino s'informa de différents petits détails, même de la couleur et de la coupe qu'il fallait adopter pour le costume. Tedaldi le rassura au sujet de la couleur noire, personne ne s'en scandaliserait, mais il insista sur la robe longue à l'orientale : un habit court, comme le portent encore les

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monsignori italiens, avec de beaux mollets resserrés dans des bas de soie, eût été du plus mauvais effet à la cour du pudibond Ivan. Un esprit moins rigide régnait parmi les étrangers établis à Moscou. Confinés dans un quartier spécial, Naleïki, ils n'avaient pas le droit de construire des églises catholiques; en revanche, on leur accordait des facilités plus grandes qu'aux nationaux pour la vente et l'usage du vin et de la bière K

A la même époque que l'entretien avec Tedaldi se rapporte aussi le mémoire rédigé pour l'évéque de Vilna. A peine âgé de vingt-six ans, appelé à ce poste important, Georges Radziwill défendait la vraie foi avec d'autant plus de zèle qu'il avait été lui-même élevé dans le calvinisme, et que plusieurs membres de sa famille passaient à juste titre pour d'ardents novateurs. Il prêta le serment d'usage et prit possession du siège sénatorial le jour même où Possevino prêcha devant la cour ; dès lors une étroite amitié s'établit entre l'évéque et le jésuite. Questionné sur la manière de gouverner le diocèse de Vilna, celui-ci conseilla immédiatement, avec une rare sûreté de coup d'œil, d'adopter la langue du pays pour l'enseignement religieux et la prédication, et de répandre largement des catéchismes russes, des évangiles, des vies de saints et des livres de controverse. Insistant sur cette idée, Possevino se flatte que la conquête de la Lithuanie amènerait peu à peu celle aussi de Moscou^.

Mais revenons à la politique et reprenons le fil de l'histoire.

1. Un nouer du pape en Moscovie. p. 1G9, n° VIII; Mali.nuwski, I, p. 95 à 10 1; SoLoviEv, VI, p. 159; Theinek, Vet. mon. Pul., p. 756 11° DCCCIII.

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