Lerpigny, p
230 l'arbitrage pontifical
pliques et les contre-répliques, arrive à formuler une conclusion d'ordinaire évasive ou dilatoire. Les secrets desseins du tsar ne hâtaient pas non plus le dénouement : il voulait obtenir beaucoup, céder le moins possible, et môme garder sa liberté d'action dans le cas d'un échec de Bathory devant Pskov. Pour un Occidental, et surtout pour un homme de la trempe de Possevino, dévoré d'activité, avec du sang méridional dans les veines, ces lenteurs étaient plus qu'une épreuve, elles le mettaient au supplice. Les discussions de vive voix alternaient avec des échanges de mémoires. Ceux du jésuite se distinguent par la lucidité et la concision, malgré la langue détestable de ses interprètes. Les Moscovites répondaient longuement, fournissaient des copies d'anciennes chartes, de récentes correspondances, et se montraient en général très entendus dans la partie des écritures; Ivan lui-même faisait grand cas de ses archives, que Possevino se vante d'avoir vues et admirées. Plusieurs boiars et diaks furent employés dans ces négociations, la part principale semble avoir été réservée à Nikita Romanovitch, dont le petit-fils sera le fondateur d'une nouvelle dynastie, et à Bogdan Bielski, qui jouera un grand rôle dans le temps des troubles. Enfin, il y eut môme une tentative de péculat. Plus aimable et plus causant qu'à l'ordinaire, après avoir épuisé ses marques de sympathie, Bielski souffla, un jour, à l'oreille de Possevino qu'il pourrait s'attendre à des présents splendides, s'il favorisait les prétentions du tsar. Ces paroles firent bondir le représentant pontifical; fort de son impartialité, de son mépris des richesses, il rejeta l'offre insidieuse de manière à ôter toute envie de la renouveler'. L'idée aujourd'hui si