‹ Papes et tsarsChapitre 71 sur 135 · ToURGUÉNEV, Suppl., p. 6 à 7, 11°'* IV, V · texte numérisé non relu

ToURGUÉNEV, Suppl., p. 6 à 7, 11°'* IV, V

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nii ? Ivan se gardait bien de Tavouer, sa réponse s'inspirait d'une autre logique : « Bathorv a refusé, disait-il, les conditions de Vilna, j'ai le droit d'en poser de nouvelles, et puisqu'il est insatiable, plus il demande moins il faut offrir 1. »

Loin d'aboutir ainsi à l'entente, l'échange mutuel des idées ne fournissait au négociateur qu'un point d'appui assez problématique. La menace du tsar de ne plus envoyer d'ambassadeurs dans le camp polonais créait, en plus, un obstacle de point d'honneur. Possevino s'offrit d'aller lui-même trouver Bathory et de parlementer avec lui. La proposition fut acceptée avec joie, d'autant plus que la lettre du 2 août avec les livres de Guagnini et de Krause arriva sur ces entrefaites. Le style acéré du message révélait un adversaire indomptable; Ivan s'émut, il se souciait peu de se battre en duel avec Stéphane; une nouvelle victoire pouvait tout compromettre. Voyant que la mesure est comble et le danger pressant, le verbeux despote change d'allures et de style, il remet sa cause entre les mains de Dieu et renonce aux outrages. La réfutation, adressée à Possevino, du réquisitoire polonais se distingue parla dignité et le calme, si ce n'est que la nature railleuse du tsar prend parfois le dessus : prince héréditaire de Moscou, il consent à donner le nom de frère à Bathory, mais il ne sait pas qui est ce frère, d'où il vient, comment il est devenu tout à coup roi de Pologne ? Même dédain au sujet de la Transylvanie, petit pays introuvable^.

Le 12 septembre, eutlieu l'audience de congé. Jamais encore le tsar n'avait été aussi gracieux, aussi prévenant

1. Les nouvelles conditions d'Ivan se trouvent dans Pam. dipl. snoch., X, col. 175 et 203.

2. Possevino reçut cette réfutation {Pain. dipl. snoch., X, col. 206 à 235) lorsqu'il était déjà en route pour le camp de Pskov.

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qu'à cette occasion. D'un commun accord on avait arrêté les dispositions suivantes : Possevino devait se rendre au camp de Pskov et revenir ensuite à Moscou, Campani porterait des messages et des zibelines à Rome, Drenocki et Morieno resteraient sur les lieux, on conservait ainsi des intelligences dans la place, et Ivan se flattait d'avoir des otages entre les mains. Ces mesures, en partie provoquées par le tsar lui-même, furent, à l'audience, approuvées d'une manière plus solennelle en présence des boïars : «Tu iras, dit-il à Possevino, trouver le roi Stéphane, tu le salueras de notre part et, après avoir négocié la paix d'après les ordres du pape, tu reviendras auprès de nous, car ta présence nous est toujours agréable, à cause de celui qui t'envoie et de ta fidélité dans nos affaires. )) Des paroles également aimables furent adressées au P. Campani; quant au P. Drenocki, il le fit approcher du trône, et lui mettant la main sur la tête, il dit à Possevino : « Sois tranquille, il sera tout aussi bien traité pendant ton absence, que si tu étais présent. »

En rentrant chez eux, les jésuites trouvèrent leur table copieusement servie, par ordre du souverain. Vers la fin du repas, on leur apporta des provisions de bouche pour le voyage et un baril de vin, chose assez rare à Moscou. Dans la soirée, ils furent de nouveau mandés à la cour et comblés de présents : le tsar se chargeait des frais de route et leur offrait des fourrures et des vêtements. Refuser ces gracieusetés eût été blesser le donateur; Possevino en consacra une partie lu rachat des prisonniers, une autre fut distribuée aux pristavs, qui ne se gênaient pas de la réclamer à grands cris. Le départ fut fixé au 14 septembre. Le sauf-conduit des voyageurs portait la peine de mort contre quiconque leur susciterait le moindre obstacle. Dans la

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bouche d'Ivan ces paroles n'étaient pas une vaine menace.

Quelque cordiales que fussent ces scènes d'adieux, la médaille avait cependant son revers. Pour régler le voyage de Possevino, Ivan fit rédiger plusieurs lettres, dont l'une est adressée au pristav qui cumulait les fonctions de guide avec celles d'espion. Il devait inscrire scrupuleusement tout ce qui échapperait au jésuite en matière politique, et se bien garder de l'introduire à Novgorod. Cette ville, qui se trouvait sur la route, était exposée aux attaques des Polonais, Bathory avait déjà fait des allusions menaçantes, la prudence commandait de la soustraire à des regards observateurs. De son côté, Possevino laissait au P. Drenocki de longues instructions, d'un caractère surtout théologique, avec des réponses aux objections qui pourraient être faites ^ Il ne se doutait pas que son infortuné compagnon serait condamné à l'isolement et traité presque comme un prisonnier de guerre.

L'itinéraire à suivre avait été prescrit par Ivan luimême. On mit à peu près quinze jours pour parvenir jusqu'au lac d'Ilmen, espèce d'inondation permanente d'une surface de mille kilomètres carrés, formée par un grand nombre de rivières qui, se rejoignant au même endroit, ne trouvent pas un écoulement assez rapide. La traversée du lac ne dura pas moins de huit heures. Aux portes de Novgorod, une escorte de deux cents cavaliers vint offrir ses services aux voyageurs. Il y eut un arrêt forcé de quatre jours à Bor ^, non loin de Pskov. Bathory avait été prévenu de l'arrivée de Possevino ;

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