‹ Papes et tsarsChapitre 73 sur 135 · Archives du Vatican, Polonia, XVIII, p · texte numérisé non relu

Archives du Vatican, Polonia, XVIII, p

de meurtrières et surmonté de treize tours; à l'Est, s'appuyant sur la Vélikaïa, s'élevait la forteresse à double étage avec une seconde enceinte fortifiée, flanquée également de tours. L'ensemble produisait un effet si imposant qu'un Polonais *, frappé de stupeur, poussa, en arrivant, ce cri d'alarme : « Grand Dieu, c'est formidable, Pskov semble un autre Paris. » La garnison, plus intrépide que nombreuse, était commandée par une pléiade de héros, avec les deux boïars princes Ivan et Vasili Ghouïski à leur tète; ils avaient tous juré, sous les yeux du tsar et devant l'image de la Vierge, de mourir plutôt que de se rendre. Mieux que tout autre au courant des détails, le transfuge David Bielski conseillait de ne rien hasarder ni contre Pskov ni contre Novgorod, et d'attaquer de préférence Smolensk; mais Balhory tenait à son plan de campagne, il ne voulut pas le modifier. Après avoir quitté Polotsk et s'être emparé d'Ostrov, il vint camper sous les murs de la fière cité. Les habitants s'étaient préparés d'avance à la lutte et avaient porté en procession, autour des remparts, les images miraculeuses et les reliques des saints. Le 22 août, à la sinistre lueur des faubourgs incendiés par les Russes qui se retiraient dans la ville, le tocsin sonna à toutes volées et les masses compactes de Tennemi parurent à l'horizon. Les premiers engagements furent très chauds, mais le succès resta incertain. Les Polonais ne tardèrent pas à se convaincre que des travaux préliminaires étaient indispensables pour s'emparer d'une ville défendue par de vastes marais, des cours d'eau, de gros murs, des ravins, et surtout par une garnison héroïque. On creusa donc des tranchées,

1. PioTRowsKi, l'auteur du Diicvnik souvent cité, p. 61. Pour le siège de. Pskov, voir Poviesl o prikhoginii, passim, et Istoriia Kniag. pshovskago, I, p. 198 à 2i5.

on éleva des tours, de nombreuses batteries se dressèrent. Le 7 septembre, un feu bien nourri s'ouvrit de tous côtés, le lendemain eut lieu l'assaut général. Ce jour restera mémorable dans l'histoire nationale : sous une grêle de balles et de bombes, les Polonais, marchant sur des cadavres, parviennent jusqu'aux murs, pénètrent dans la brèche, s'emparent d'une tour, puis d'une seconde, déjà la bannière royale flotte sur les remparts de Pskov; les Russes faiblissent et commencent à fléchir; dans ce moment décisif, Ivan Chouïski, couvert de poussière et de sang, descend de son cheval blessé sous lui, arrête les fuyards, ranime le courage des combattants, montre de loin le clergé qui s'avance en procession; tout à coup, un bruit épouvantable fait écho à ses paroles, une épaisse fumée monte vers le ciel, les fossés se remplissent de décombres et de cadavres : c'est une des tours, tombée entre les mains des Polonais, et minée adroitement par les Russes, qui vient de sauter; alors un suprême effort est tenté; l'espoir du triomphe, l'amour du foyer, le sentiment religieux, exaltent la bravoure des assiégés, la mêlée recommence avec une fureur nouvelle ; les milices hongroises opposent la plus vive résistance; délogées de la tour par le fer et le feu, elles se retirent en bon ordre et continuent le combat dans la plaine, le sang coule à flots des deux côtés, la nuit seule met fin au carnage, les Russes rentrent triomphants dans la ville, Pskov reste entre leurs mains. Trop habitué à vaincre pour reculer après un premier échec, Bathory fait reprendre les travaux, activer le bombardement et veut, à tout prix, s'emparer de la forteresse. Cependant on avait à lutter avec de graves et toujours croissantes diflicultés ; le manque de munitions et de vivres se faisait sentir, l'hiver approchait avec ses rigueurs ; mal vêtus, mal

242 l'arbitrage pontifical

nourris et mal payés, les nombreux volontaires de l'armée polonaise menaçaient de déserter, s'ils n'obtenaient pas leur solde. Bathory en était déjà réduit aux expédients. Il espérait toutefois que la diète, trop souvent inexorable, lui voterait de nouveaux subsides, à défaut desquels il promettait de livrer à la soldatesque soit ses biens personnels, soit des starosties sans titulaires. Le bras de fer de Zamojski maintenait tant bien que mal la discipline dans le camp, en dépit de la jeune noblesse et des rivalités nationales, mais rien ne pouvait empêcher les signes de lassitude de se produire.

Dans ces circonstances, n'eût-on pas supposé que le rôle de médiateur serait, jusqu'à un certain point, assez facile ? De part et d'autre, on désirait tacitement la paix, malgré l'acharnement qu'on mettait à se battre sous les yeux mêmes des Suédois qui, paraissant tout à coup sur les bords de la Baltique, tendaient la main vers l'enjeu de la guerre, au détriment des deux rivaux. Il en fut bien autrement, grâce aux prétentions exagérées des parties intéressées, à l'ardeur qu'elles mirent à les soutenir, voire aux accès de méfiance envers le négociateur pontifical. Celui-ci revenait de Staritsa satisfait de l'accueil et des confidences d'Ivan. L'abondance des renseignements ressemblait à un premier succès; grâce à l'expansion du tsar, le jésuite se trouvait même avoir de l'avance sur les diplomates, ce qu'il ne manquera pas de relever malicieusement. Les lettres au pape, les sauf-conduits, l'hospitalité accordée au P. Drenocki, la promesse — car c'est ainsi que Possevino interprétait les discours d'Ivan* — d'être le premier à se battre contre les Turcs, étaient autant de concessions nouvelles qui inspiraient de l'espoir pour l'avenir. La paix à con-

Page 1